SENEGAL-PATRIMOINE-AUDIOVISUEL
Dakar, 26 oct (APS) – Le patrimoine audiovisuel du Sénégal se heurte, au vu de l’ampleur des besoins et la faiblesses des moyens disponibles, à des contraintes de stockage, de manque d’espace, des conditions de conservations qui le rendent fragile, a dit le directeur des Archives nationales, Moustapha Mbengue.
‘’La fragilité tient moins à la négligence qu’à l’écart entre l’ampleur des besoins et les ressources disponibles. Le fonds conservé à la direction des Archives du Sénégal illustre cette fragilité’’, a-t-il déclaré.
Il s’exprimait dans un entretien accordé à l’APS à la veille de la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel commémorée le 27 octobre de chaque année.
L’édition 2026 de cette commémoration, instituée en 2005 par l’UNESCO, porte sur ‘’Votre fenêtre sur le monde’’, un thème choisi pour ‘’mettre en avant le rôle essentiel du patrimoine audiovisuel dans le rapprochement et la compréhension mutuelle des cultures à travers le monde’’ et également ‘’mettre en lumière l’urgence de protéger les archives audiovisuelles menacées et de préserver notre mémoire commune’’.
Au Sénégal, les contraintes liées au stockage et au manque d’espace pour les documents audiovisuels, entes autres contraintes, font que que le fonds des documents audiovisuels conservé aux Archives nationales demeure modeste, selon son directeur.
‘’Il demeure modeste et l’atelier qui permettait de le traiter n’existe plus. Les appareils de lecture sont obsolètes et une bonne partie des supports s’est détériorée, faute de moyens de conservation et sous l’effet de l’usure du temps’’, a notamment regretté Moustapha Mbengue.
Relevant l’existence d’un fonds de documentation audiovisuel, il a néanmoins pointé son difficile accès pour en consulter le contenu, soulignant dans le même temps que le patrimoine audiovisuel sénégalais est ‘’précieux plutôt que volumineux’’
C’est pourquoi, a-t-il fait remarquer que la densité du patrimoine audiovisuel sénégalais ‘’s’apprécie moins par la masse conservée à la DAS [Direction des archives du Sénégal] qu’à l’ensemble que forment les fonds de la RTS, de l’IFAN, de la direction de la Cinématographie, de la SODAV et de certains médias privés, les ressources dispersées chez les producteurs, les institutions et les particuliers, voire à l’étranger, sans oublier ce qui n’a pas survécu’’.
Les Forces armées sénégalaises également, à travers la direction de l’Information et des Relations publiques des Armées (DIRPA), détiennent un fonds audiovisuel très important, a ajouté Moustapha Mbengue.
À la Direction des Archives du Sénégal, ce fonds audiovisuel est constitué de bandes magnétiques, de cassettes audios et de microfilms ; ‘’des supports qui renferment des informations essentielles’’, selon lui.
Les projets de création de la Maison des archives et de la Bibliothèque nationale, comme solution
Soulignant la ‘’vulnérabilité de la chaîne patrimoniale’’, le directeur des Archives nationales a plaidé pour sa conservation dans ‘’des conditions hygrométriques et thermiques strictes’’, non sans noter son ‘’obsolescence technologique qui rend la lecture des contenus de plus en plus précaire’’.
Le directeur des Archives nationales a par ailleurs rappelé l’importance des documents d’archives audiovisuels dans les travaux de recherche en Histoire et plus largement ceux touchant tous les aspects mémoriels de la nation : la vie politique, les institutions, les pratiques culturelles ou encore les acteurs de cette histoire.
Face à l’ampleur de la tâche de conservation des archives, l’enseignant-chercheur en Documentation à l’Ecole des bibliothécaires, archivistes et documentalistes (EBAD) de l’Université Cheikh Anta Diop voit dans le projet direction de la ‘’Maison des archives’’ comme une solution durable.
‘’La perspective la plus prometteuse réside dans le projet de création de la +Maison des archives+, annoncé par le Premier ministre et inscrit dans l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, ainsi que celui de création de la création de la +Bibliothèque nationale+’’, a indiqué Moustapha Mbengue.
Il a fait savoir que le site de cette infrastructure est ‘’d’ores et déjà identifié’’, ajoutant que sa réalisation pourrait régler ‘’une bonne part des difficultés de conservation auxquelles la direction des Archives du Sénégal est confrontée, singulièrement pour l’audiovisuel, en offrant l’espace et le matériel modernes de stockage qui font aujourd’hui défaut’’.
L’enjeu n’est plus seulement, selon lui, de conserver, mais de sauvegarder avant que le support ne s’éteigne.
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