SENEGAL-ARCHIVES-PERSPECTIVES
Dakar, 26 oct (APS) – Il faut un véritable plan national de sauvegarde du patrimoine audiovisuel national pour mieux conserver et diffuser les archives audiovisuelles, préconise l’archiviste-paléographe Adama Aly Pam.
“Je proposerais un véritable Plan national de sauvegarde du patrimoine audiovisuel sénégalais”, a-t-il dit dans un entretien avec l’APS, en prélude à la célébration de la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel, le 27 octobre.
Le patrimoine audiovisuel sénégalais, d’une dimension “considérable”, se trouve dans une “situation préoccupante”, a-t-il noté, précisant que son état exact reste à établir par un inventaire national.
Même si la direction des Archives du Sénégal dispose “juridiquement et administrativement” d’une division des Archives orales et audiovisuelles, “ce qui montre que l’audiovisuel appartient bien au périmètre archivistique national”, M. Pam souligne qu’elle ne dispose pas cependant de la “logistique nécessaire”.
Le chef archiviste à l’Unesco évoque l’existence d’un “indicateur historique alarmant” concernant les archives cinématographiques, se référant à un projet conduit avec la direction de la Cinématographie.
Ce projet, selon Adama Aly Pam, indique qu’un inventaire réalisé en 2012 avait identifié “environ 6 000 bobines, dont seulement 500 auraient alors été en état d’être visionnées et sauvegardées, avec seulement 51 cataloguées précisément”.
Le spécialiste précise qu’il s’agit d’un état des lieux ancien qu’il serait, toutefois, “imprudent de présenter comme la situation de 2026”.
“La première urgence est donc moins de produire une estimation globale que de réaliser un recensement national des fonds audiovisuels”, a-t-il proposé.
Il a ajouté que pendant longtemps, le Sénégal a essayé de numériser ses archives avant de savoir exactement ce qu’il possède.
Au niveau national, il faut d’abord savoir qui possède quoi, où, sur quel support, en quelle quantité et dans quel état, a-t-il insisté.
“Des photographies sur nos anciens présidents sont la propriété des grandes agences”
Dans la cadre de ce plan d’urgence de sauvegarde, Adama Aly Pam estime que “le deuxième chantier serait de sauver les supports menacés qui intègre la mise en place d’une infrastructure logistique (Espaces de conservation physique) et infrastructure numérique et ensuite organiser la préservation numérique”.
M. Pam se dit convaincu que “numériser ne suffit pas”, car “une copie numérique stockée sur un disque dur n’est pas une politique de conservation”.
Il suggère de “prévoir [un] stockage redondant, [des] contrôles d’intégrité, [des] migrations de formats et [une] véritable infrastructure de préservation numérique”.
L’archiviste qui a dirigé le programme de modernisation des archives et de la documentation de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a relevé, dans un document collectif, “la complexité” de l’archivage des documents audiovisuels liée à “l’obsolescence rapide” des technologies de lecture des types de documents.
Il y fait état des “mauvaises conditions de conservation” qui “accélèrent de manière irrémédiable la dégradation de ce type de support”, ajoutant que “l’humidité, la chaleur et la lumière sont les principales sources de dégradation” des documents.
Adama Aly Pam a rappelé qu’une alerte avait fait état “de 14 millions de photographies conservées à la présidence de la République [qui seraient] en train de pourrir”, a-t-il révélé.
L’urgence de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine audiovisuel sénégalais est d’autant plus justifiée, d’après l’archiviste, que “la plupart des photographies disponibles sur nos anciens présidents sont la propriété des grandes agences comme AFP, Getty Images, etc.”
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