Le secteur sénégalais de la cosmétique bio et naturelle confronté au défi de la professionnalisation (consultante)
Le secteur sénégalais de la cosmétique bio et naturelle confronté au défi de la professionnalisation (consultante)

SENEGAL-ESTHETIQUE- DIAGNOSTIC

Thiès, 9 sept (APS) – Le secteur sénégalais de la cosmétique bio et naturelle, en nette croissance, bien que toujours sous-exploitée, doit relever le défi de la professionnalisation, pour faire du ‘’Made in Senegal’’ une réalité, soutient Sophia Thiam, consultante en transformation stratégique et organisationnelle.

‘’La demande est là, mais l’offre reste artisanale. On a du mal à passer du bocal fait maison à une production standardisée, certifiée, qui peut voyager’’, a-t-elle dit dans un entretien accordé à l’APS, dans le cadre de la Journée internationale de la beauté, célébrée ce 9 septembre.

‘’C’est notre plus grand chantier : professionnaliser sans dénaturer’’, poursuit cette collaboratrice de Marie Dialo Laboratoire (MDL), une entreprise spécialisée dans la formulation de produits cosmétiques à base de matières premières africaines.

Pour Sophia Thiam, la cosmétique est un secteur rentable, ‘’à condition d’y mettre de la rigueur’’.

Elle a cité parmi les facteurs de rentabilité de ce business, le fait que ‘’la matière première est locale et abondante, la demande mondiale explose, et les marges sur les produits transformés sont bien meilleures que sur la matière brute’’.

‘’Le vrai défi, c’est de sortir de l’informel et de structurer la production pour tenir la cadence’’, estime l’experte, en faisant observer que le secteur des cosmétiques bio et naturels ‘’est encore jeune, mais en forte croissance au Sénégal’’.

Il fait vivre ‘’des milliers de femmes, notamment dans la filière karité, et le potentiel à l’export reste largement sous-exploité’’, insiste-t-elle.

‘’Le vrai chiffre, c’est surtout celui du potentiel : nous sommes assis sur une richesse que nous ne valorisons pas encore assez’’, ajoute consultante en transformation stratégique et organisationnelle.

Quand leurs compositions sont bien faites, les produits cosmétiques bio sont ‘’hygiéniques et bons pour la santé’’, fait-elle valoir, précisant toutefois que ‘’le naturel n’est pas automatiquement synonyme de qualité’’. Il nécessite ‘’du savoir-faire, de l’hygiène et un minimum de contrôle’’. ‘’C’est là que beaucoup pêchent encore, par manque de formation ou de moyens’’, poursuit-elle.

Sophie Thiam relève le ‘’vrai paradoxe’’ de la situation actuelle, où ‘’d’un côté, on valorise le naturel et l’authenticité, de l’autre, des complexes bien ancrés poussent vers des pratiques dangereuses’’, liées surtout à la dépigmentation.

La consultante estime que ‘’c’est un problème de société avant d’être un problème commercial’’, et préconise ‘’plus de sensibilisation sur les risques réels pour la santé’’, dans un monde qui a ‘’changé de regard’’, où les consommateurs ayant pris conscience des dangers de certains produits chimiques ‘’cherchent du sens, de la traçabilité et du naturel’’.

 Le beurre de Karité, l’or blanc

Dans ce contexte, l’Afrique et l’Asie présentent cet ‘’avantage’’ de disposer d’‘’ingrédients authentiques que l’industrie occidentale essaie justement d’imiter’’.

L’une des ressources les plus en vue de la cosmétique africaine est le beurre de karité, note-t-elle à ce sujet.

‘’Le karité, c’est notre or blanc. Il est efficace, polyvalent, ancré dans nos traditions, et il porte une histoire de femmes et de savoir-faire transmis de génération en génération, explique Sophia Thiam. Le mettre en avant, c’est valoriser un patrimoine autant qu’un produit’’.

Elle dit constater désormais ‘’une vraie prise de conscience, plus de consommateurs fiers d’acheter local, plus de marques qui émergent’’.

Toutefois, ‘’le combat n’est pas fini : il faut encore convaincre sur la qualité et la régularité pour que le ‘Made in Sénégal’ devienne une vraie référence, pas juste une fierté’’.

Pour accompagner ce secteur, poursuit Sophia Thiam, l’Etat doit faciliter l’accès au financement, simplifier les normes de certification et surtout investir dans la formation des productrices. 

Elle souligne par ailleurs la nécessité d’une ‘’vraie politique de valorisation à l’export, pour que nos produits ne sortent plus seulement en matière brute, mais transformés, avec toute la valeur ajoutée qui reste ici’’.

BT/ADI/FKS/BK