A Khar Yalla, les ménages et les ateliers éprouvés par les coupures d’électricité
A Khar Yalla, les ménages et les ateliers éprouvés par les coupures d’électricité

SENEGAL-SOCIETE-ENERGIE-REPORTAGE

Dakar, 7 sept. (APS) – Ventilateurs à l’arrêt, terrasses investies, groupes électrogènes sollicités. C’est le décor à Khar Yalla où la coupure d’électricité survenue dans la nuit de dimanche à lundi a rendu la chaleur encore plus difficile à supporter. Entre foyers privés de sommeil et commerces contraints de bricoler des solutions de secours, le quartier est plongé dans des moments éprouvants. 

Lundi matin, Dakar s’est réveillée sous une chaleur pesante. Dans les rues de Khar Yalla, quartier populaire de la commune de Grand-Yoff, les autobus, taxis et motos-taxis poursuivent leurs rotations, les commerces ouvrent leurs portes et les passants vaquent à leurs occupations.

Mais derrière cette agitation ordinaire, la nuit précédente a laissé des traces. Dans plusieurs foyers et activités économiques, la coupure d’électricité s’est ajoutée à une chaleur difficilement supportable.

Cette nuit difficile intervient alors que la Société nationale d’électricité (SENELEC) a annoncé des perturbations dans l’alimentation électrique du lundi 7 au dimanche 13 septembre dans plusieurs secteurs de Dakar, Diamniadio et Rufisque, ainsi que dans plusieurs localités du pays.

À quelques mètres d’un arrêt du Bus Rapid Transit (BRT), la boulangerie Blé d’Or est déjà en activité. Face à une ruelle qui s’enfonce dans le quartier, des chariots à défourner sont alignés à l’entrée. Dans l’enceinte aux couleurs dorées, des ouvriers font des va-et-vient entre les différents espaces de travail.

À l’intérieur, Ibrahima Guindo, téléphone à la main, note quelques chiffres dans un cahier comptable. Cela fait plus de trois ans qu’il travaille dans cette boulangerie. La coupure de la nuit précédente, dit-il, a sérieusement perturbé l’activité.

‘’ La coupure d’hier n’a pas été bienvenue pour nous, d’autant plus que nous travaillons en grande partie avec l’électricité‘’, explique-t-il.

A Khar Yalla, les ménages et les ateliers éprouvés par les coupures d'électricité

Pour ne pas interrompre complètement la production, la boulangerie a dû faire fonctionner un groupe électrogène. ‘’On a acheté du gazole à hauteur de 30 000 francs CFA pour pouvoir travailler toute la nuit‘’, raconte le jeune gérant.

Mais le dispositif de secours n’a pas permis de retrouver le rythme habituel. Faute de puissance suffisante, les deux fours n’ont pas pu fonctionner simultanément.

‘’Avec le groupe électrogène, on n’a pas pu allumer les deux fours. On était obligés de travailler avec un seul four parce qu’il n’y avait pas suffisamment de kilowatts pour alimenter les deux ‘’, regrette Ibrahima Guindo.

Pour cette boulangerie, la coupure signifie donc à la fois une dépense supplémentaire et une baisse de la capacité de production.

Une situation d’autant plus contraignante pour une activité qui fonctionne largement à l’électricité. ‘’Il faut que l’État nous vienne en aide‘’; lance-t-il.

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À quelques pas de là, Abdourahmane Diallo cherche, lui, à échapper au soleil de l’après-midi. Assis sur une chaise en plastique bleue, à l’ombre d’un immeuble, l’agent administratif, actuellement en convalescence, transpire malgré la relative fraîcheur de l’endroit.

Pour lui, la coupure de la nuit précédente s’est surtout mesurée dans les heures de sommeil perdues.  ”Hier, moi et ma famille, on était obligés d’aller sur la terrasse jusqu’à 2 heures du matin. Malgré le retour de l’électricité, ça n’a pas duré. Du coup, on était obligés de rester dans la chambre malgré la chaleur‘’, témoigne-t-il.

”L’électricité n’est plus un luxe, mais une nécessité. On ne peut plus se passer d’un ventilateur, de charger son téléphone ou de boire de l’eau fraîche”, souligne Abdourahmane Diallo.

Dans son atelier, le tailleur Alpha Gueye, qui revendique vingt ans dans le métier, dit lui aussi subir les conséquences de ces interruptions.

”La coupure de l’électricité est très difficile surtout en cette période de forte chaleur. J’ai rarement connu une chaleur aussi ardente que celle de cette année”, témoigne-t-il.

Le tailleur dit néanmoins avoir été épargné par une période particulièrement chargée. À l’approche des événements, les commandes sont nombreuses et les retards liés aux coupures pourraient provoquer davantage de mécontentement chez les clients.

”Je n’ai pas d’autre alternative que d’attendre le retour de l’électricité”, déplore-t-il, ajoutant que les coupures peuvent entraîner des retards dans les commandes.

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Un peu plus loin, dans une ruelle, un pressing fait face à un espace ombragé qui sert de refuge à des motos-taxis Jakarta. À l’entrée, un jeune homme réticent à notre tentative d’entretien. Ibrahima Diallo travaille ici depuis six mois.

Pour parler de la situation, il nous donne le numéro de son patron. Joint par téléphone, Alpha Ba explique à son tour avoir vécu la même déception que beaucoup de Sénégalais. Selon lui, il n’a pas pu livrer les derniers vêtements de ses clients, qui devaient se rendre au travail ce lundi. Il déplore par ailleurs la cherté de l’électricité.

Au-delà des difficultés immédiates, les témoignages recueillis à Khar Yalla traduisent une préoccupation plus large face au coût de l’électricité et aux charges qui pèsent sur les petits travailleurs.

Dans un communiqué rendu public dimanche, la Société nationale d’électricité (SENELEC) explique que ces perturbations sont liées à des travaux ”d’entretien, de renforcement et d’amélioration de la qualité de service”.

Dans un autre communiqué publié le même jour, la SENELEC a également fait état de perturbations dans la fourniture d’électricité dans plusieurs localités du pays dans la nuit de dimanche à lundi.

Elle explique cette situation par ”une contrainte technique majeure ponctuelle”, ayant entraîné une réduction temporaire des capacités de production disponibles et des difficultés à couvrir intégralement la demande, notamment durant les heures de forte consommation du soir.

Selon la société, cette contrainte affecte la centrale WAE-West African Energy, présentée comme la plus grande centrale à cycle combiné au gaz du Sénégal, avec une puissance disponible d’environ 240 mégawatts.

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La SENELEC assure que ses équipes et celles de WAE sont mobilisées pour permettre un retour à la normale dans les meilleurs délais.

À Khar Yalla, ces explications techniques se traduisent pourtant par des réalités très concrètes. Dans les maisons, il faut supporter la chaleur sans ventilateur.

Dans les commerces, il faut parfois recourir à des groupes électrogènes coûteux. Dans les ateliers et les petites unités de production, il faut attendre le retour du courant pour reprendre le rythme normal du travail.

PBB/ID/ADL/MTN