Le paludisme reste endémique au Sénégal, selon un médecin
Le paludisme reste endémique au Sénégal, selon un médecin

SENEGAL-SANTE

Dakar, 25 avr (APS) – Le paludisme reste endémique au Sénégal, selon Dr Sidy Fall, médecin en poste au centre de santé de Mpal (Saint-Louis, Nord), soulignant que la pathologie ne touche pas le pays de manière uniforme.

‘’Au Sénégal, le paludisme reste endémique et toute la population est exposée”, a-t-il déclaré dans un entretien accordé à l’APS, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, célébrée ce samedi, sous le thème : ‘’Motivés pour mettre fin au paludisme : maintenant nous le pouvons, maintenant nous le devons’’.

Auteur de travaux de doctorat consacrés à cette pathologie, il a fait état d’une augmentation du nombre de cas de paludisme qui est passé de 59 à 66 pour 1 000 habitants à risque entre 2022 et 2023, soit une augmentation de 13 %.

Les décès ont également progressé de 38,2 %, passant de 0,12 à 0,17 pour 1 000 habitants à risque, a indiqué Dr Sidy Fall.

Le paludisme ne touche pas le Sénégal de manière uniforme, selon lui.

“Il existe des disparités au Sénégal entre deux zones”, a-t-il expliqué, précisant que “la zone sud et sud-est est à forte transmission, alors que le reste du pays est pratiquement dans une phase de pré-élimination”.

A l’en croire, les régions de Kolda, Tambacounda et Kédougou concentrent l’essentiel de la charge du paludisme. Bien qu’elles ne représentent qu’environ 11 % de la population, elles totalisent 81 % des cas confirmés, 88 % des cas chez les enfants de moins de cinq ans et 89 % chez les femmes enceintes.

Selon le médecin, les conditions climatiques influencent fortement la transmission du paludisme.

Les précipitations, l’humidité et les températures favorisent la prolifération des moustiques vecteurs, faisant de la saison des pluies, généralement comprise entre mai et octobre, une période propice à une recrudescence des cas.

Outre le climat, des facteurs écologiques et infrastructurels contribuent également à la persistance de la maladie dans certaines zones

D’importantes avancées ont néanmoins été enregistrées grâce à la mise en œuvre du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP). Les interventions recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont également  permis d’améliorer l’accès aux soins et la qualité de la prise en charge.

L’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide s’est accrue, de même que le recours au traitement préventif intermittent chez les femmes enceintes et à la chimio prévention du paludisme saisonnier chez les enfants âgés de 3 à 120 mois.

Malgré ces progrès, plusieurs défis persistent, notamment le renforcement des capacités du personnel de santé, la disponibilité continue des médicaments et des intrants, ainsi que l’amélioration de la communication.

Concernant la question de la résistance aux traitements, Dr Fall se veut rassurant. “Il existe des cas de résistance à l’artémisinine, mais ils restent très négligeables”, a-t-il dit, évoquant “de bonnes directives harmonisées de prévention et de prise en charge”.

Il estime par ailleurs que ”l’objectif de l’éradication du paludisme à l’horizon 2030 n’est pas réaliste”, notant toutefois que la zone nord est “pratiquement dans une phase de pré-élimination au regard des avancées enrégistrées”.

Évoquant des pistes pour progresser vers l’élimination, il a plaidé pour la production locale de médicaments antipaludiques, qui pourrait constituer un levier important en évitant les ruptures de stock.

À l’échelle mondiale, près de la moitié de la population était exposée au risque de paludisme en 2024, selon l’OMS. La région africaine concentre 94 % des cas, estimés à 246 millions, et 95 % des décès, soit environ 569 000. Les enfants de moins de cinq ans représentent 76 % des décès enregistrés sur le continent.

MYK/OID