Le financement du développement dépend davantage de l’efficience que du volume des ressources, selon un expert
Le financement du développement dépend davantage de l’efficience que du volume des ressources, selon un expert

SENEGAL-ECONOMIE-STRATEGIE

Dakar, 25 juil (APS)- Le défi du financement du développement réside moins dans le volume des ressources disponibles que dans leur utilisation efficiente, a soutenu, samedi, à Dakar, l’ancien ministre du Budget, Ibrahima Sar, plaidant en faveur d’une relance de la planification et d’un modèle de développement conçu à partir des réalités sénégalaises.

“Le développement suppose des ressources importantes, mais nous n’en aurons jamais assez. La première chose sur laquelle nous nous sommes accordés, c’est qu’il faut d’abord utiliser efficacement les ressources dont nous disposons. C’est toute la problématique de l’efficience”, a-t-il déclaré.

Il intervenait lors d’une “palabre de recherche” organisée par l’École supérieure d’économie appliquée (ESEA) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, sur le thème “Financer le développement dans un monde en mutation: quels défis pour les États ? Quelles perspectives pour les jeunes diplômés?”

Cette rencontre de l’ESEA a réuni, en son sein, d’anciens responsables des finances publiques, mais aussi des experts et des étudiants.

Selon lui, toute stratégie de financement doit d’abord s’appuyer sur une bonne connaissance des caractéristiques socio-économiques et démographiques du pays.

Le Sénégal, a-t-il rappelé, est un pays à forte population jeune, marqué par des difficultés de développement des entreprises et par un poids important de l’État dans l’économie, autant de facteurs qui doivent orienter les politiques publiques.

Ibrahima Sar a également plaidé pour une réhabilitation de la fonction de planification, estimant qu’elle a progressivement perdu sa place dans la conduite des politiques publiques.

“Nous devons d’abord définir nous-mêmes le modèle de bien-être que nous voulons pour notre pays. Il faut savoir ce que les Sénégalais entendent par développement. Les autorités doivent écouter les populations, car ce qui leur est proposé ne correspond pas forcément à leurs aspirations”, a-t-il soutenu.

Pour l’ancien ministre du Budget, une telle démarche permettrait de bâtir une vision nationale cohérente, déclinée en programmes et projets adaptés aux besoins réels, tout en réduisant éventuellement les besoins de financement.

Le Sénégal ne peut plus, dans le contexte actuel, fonder sa stratégie de développement sur l’aide extérieure, a-t-il indiqué.

“Nous ne pouvons plus compter sur l’étranger. Le développement doit désormais être endogène, fondé sur la valorisation de nos ressources naturelles, de nos ressources humaines, mais aussi sur des investissements dans la santé, l’éducation et le capital humain”, a insisté M. Sar.

Il a par ailleurs défendu une approche interdisciplinaire du développement, considérant que cette question ne relève pas exclusivement des économistes.

“Le développement est une question interdisciplinaire. Les économistes, les sociologues, les anthropologues, les spécialistes de la santé et d’autres disciplines doivent travailler ensemble afin d’assurer une meilleure cohérence entre les financements mobilisés et les impacts recherchés”, a-t-il expliqué.

S’adressant aux étudiants, il les a invités à dépasser la seule perspective d’un emploi dans l’administration publique et à s’orienter davantage vers l’entrepreneuriat.

“Les diplômés ne doivent plus penser que leur seul débouché est l’État. Ils doivent apprendre, dès l’école, à concevoir des projets et à entreprendre. L’entrepreneuriat des jeunes doit être aligné sur les besoins des populations, car c’est de cette adéquation que naît la rentabilité des projets”, a-t-il indiqué.

Ibrahima Sar s’est félicité de la qualité des échanges, de la discipline observée au sein de l’Ecole supérieure d’économie appliquée ainsi que de la progression de la présence féminine dans cette grande école.

“Il y a vingt ou vingt-cinq ans, la situation était très différente. Aujourd’hui, il est remarquable de constater la forte présence des jeunes filles dans une école à vocation scientifique. C’est une évolution qu’il faut saluer”, a-t-il conclu.

AN/BK/SBS