SENEGAL-RECHERCHE-PATRIMOINE
Dakar, 23 juin (APS) – La sauvegarde du fonds documentaire de l’ethnologue Lilyan Kesteloot, figure majeure des littératures négro-africaines, représente tout à la fois un devoir scientifique et une urgence patrimoniale, a déclaré, mardi, Moustapha Sèye, au nom de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), un institut de recherche rattaché à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
”Le fonds Lilyan Kesteloot est un patrimoine scientifique d’une valeur exceptionnelle pour la connaissance des littératures et des civilisations africaines, mais aussi un patrimoine fragile menacé par l’usure de supports analogiques vieux de plusieurs décennies”, a souligné Moustapha Sèye, chef du département des sciences humaines de l’IFAN.
Intervenant lors d’une cérémonie marquant la clôture et la restitution du projet de numérisation du fonds documentaire Lilyan Kesteloot, en présence de diplomates, d’universitaires et d’anciens étudiants, le socio-anthropologue a estimé que “sauvegarder ce patrimoine était à la fois un devoir scientifique et une urgence patrimoniale”.
”Le projet rassemble plusieurs décennies d’enquêtes de terrain menées entre les années 1960 et 2000 dans de nombreux pays africains, notamment en wolof, sérère, peulh, soninké, mandingue, bambara, diola et dans bien d’autres langues encore”, a expliqué le docteur Sèye.
Sur le plan sonore, a-t-il poursuivi, “ce sont 1675 cassettes Poggio, 52 bandes magnétiques, 40 CD et 7 cassettes VHS, soit 1774 supports au total qui ont été inventoriés, contre 816 documents de format papier dont 335 sélectionnés et numérisés”.
Des contes, articles scientifiques, mémoires et thèses, ainsi que des mythes, enquêtes de terrain et des épopées, figurent parmi les documents numérisés, de même que des transcriptions de chants, de légendes, de récits, d’interviews, ainsi que des actes de colloques et romans de l’ethnologue d’origine belge décédée, à Paris, en 2018, à l’âge de 87 ans.
Au-delà des chiffres, “ce projet constitue un pan de la mémoire intellectuelle africaine désormais sauvegardée, accessible et transmissible aux générations futures de chercheurs, d’étudiants et du grand public”, a fait savoir le docteur Sèye.
La présidente du Réseau francophone numérique (RFN), Marie Grégoire, a présenté ce projet comme un ”hommage rendu à une remarquable et inspirante professeure qui a été une grande figure de la recherche sur les traditions orales et les lointaines culturelles de l’Afrique de l’Ouest”.
”Lilyan Kesteloot a profondément contribué à la transmission des savoirs, à la création des mémoires et à la reconnaissance de la richesse des cultures africaines”, a-t-elle témoigné.
Selon le délégué général de la Fédération Wallonie Bruxelles au Sénégal, Jean-François Pakula, l’œuvre de Lilyan Kesteloot reste ”un modèle d’abnégation scientifique et académique d’une dame dévouée à ce qu’elle aimait faire”.
Le grand public “va le voir, parce que c’était pour nous très important que ce soit disponible et que cela puisse être consultable et consulté à travers le site, qui sera largement consultable aux chercheurs et aux étudiants”, a-t-il poursuivi, insistant sur l’importance de la mise à disposition de ce patrimoine ”conservé et sauvé”.
Venu représenter le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop, Moussa Sagna, a fait savoir que ce projet démontre que “l’UCAD s’est conjuguée la sauvegarde de son patrimoine documentaire et scientifique avec les exigences de la recherche contemporaine”.
Ce fonds numérisé constitue désormais ”une ressource de premier plan […], un matériau de recherche inédit pour leurs thèses et un exemple vivant de ce que peut produire un dialogue scientifique exigeant entre plusieurs générations de chercheurs”, a-t-il relevé.
AMN/SMD/BK
