+++Par Ousmane Gaye+++

Richard-Toll, 26 fév (APS) – La “Folie du Baron Roger”, château devant son nom à Jean-François Roger, ancien gouverneur du Sénégal (1822-1827), semble avoir perdu son lustre d’antan, plus de deux siècles après sa construction à Richard-Toll, dans le département de Dagana (nord). Des historiens traditionnalistes basés à Richard-Toll (nord) et le directeur d’une radio locale réclament la restauration urgente de cet édifice afin d’en faire un musée culturel et botanique dédié à l’histoire du Walo.

Ce vestige colonial a été construit il y a plus de 200 ans par l’ancien gouverneur du Sénégal (1822-1827), dans cette commune du département de Dagana, située à 100 km de Saint-Louis, l’ancienne capitale de la colonie du Sénégal et de l’Afrique occidentale française (AOF).

La “Folie du Baron Roger” est un édifice logé entre les quartiers de Gaya et Richard-Toll Escale, au milieu d’une petite forêt nichée au cœur de la ville de Richard-Toll, à moins de cent mètres de la route nationale numéro 2 (RN2).

Pour les visiteurs de Dagana, l’ancien palais se trouve juste avant le pont menant à la ville sucrière. Pour ceux arrivant de Saint-Louis, il est visible aux abords de la rivière du Tahouey.

L’ancien château a été construit à l’aide de bois et de pierres anciennes qu’on retrouve encore dans ses alentours.

Au loin, il laisse apparaitre sa couleur jaune défraichie, au cœur d’une petite forêt. Au fur et à mesure que l’on s’en approche, son niveau de délabrement devient de plus en plus net, avec des murs fissurés et menaçant ruine à cause de l’usure du temps et du manque d’entretien.

Des termites à l’appétit insatiable dévorent continuellement ses planches. La situation est telle qu’on en vient à penser que cette bâtisse coloniale bicentenaire risque de ne pas tenir longtemps face à ces attaques et au poids de l’âge.

Plafond, tableaux et panneaux d’indication menacent aujourd’hui de s’effondrer. Et la nature ayant horreur du vide, des animaux domestiques sont devenus les maîtres de ce joyau où l’ancien gouverneur du Sénégal venait passer ses week-ends en compagnie de sa femme sénégalaise, Yacine Yérim Diaw.

Dehors, des chiens et des ânes déambulent tranquillement, tandis qu’à l’intérieur, des chats divaguent allègrement tout en restant sur leurs gardes, comme s’ils défendaient un territoire conquis.

 La restauration, une “urgence” pour un futur un musée

“Nous sommes tous interpellés pour la préservation de ce premier jardin tropical de l’Afrique noire”, déclare Abdoulaye Ndoye, un historien traditionnaliste basé à Richard-Toll.

Le secrétaire permanent du Groupement d’intérêt communautaire des collectivités (GIC) de Dagana dit souhaiter la réfection de ce palais situé entre les quartiers de Gaya et Richard-Toll Escale.

Il compte porter le combat au niveau des grandes instances de décision, avec des acteurs soucieux de la préservation de ce patrimoine, pour que, dans un futur proche, le château puisse accueillir des cérémonies.

Amadou Bakhaw Diaw, un autre dépositaire de l’histoire du Walo, ancien royaume situé entre le nord du Sénégal et le sud de la Mauritanie, un des derniers issus de l’éclatement de l’empire du Djolof, se bat également pour la restauration de la “Folie du Baron Roger”.

“Il faut sauver cette bâtisse dont la valeur historique est inestimable”, martèle Diaw, animateur d’une émission sur l’histoire du Walo à la radio municipale “Walo Fm”, basée à Dagana.

L’historien traditionnaliste soutient cependant qu’il faudra bien déterminer sous quelle tutelle administrative se trouve aujourd’hui ce château. L’espace dans lequel il se situe est devenu une forêt classée. De fait, il est censé être sous la coupole de la Direction des eaux et forêts, alors qu’en tant que patrimoine historique classé, il doit dépendre, en réalité, de la Direction du patrimoine culturel, explique-t-il.

Il estime que ce statut flou est un obstacle à lever avant toute action de réhabilitation. Après quoi, la “Folie du Baron Roger” pourrait accueillir davantage de visiteurs, avance-t-il, notant qu’elle en reçoit peu actuellement.

“Une fois réhabilitée, la +Folie du Baron Roger+ pourrait abriter un musée culturel et botanique dédié à l’histoire du Walo, à l’histoire de la présence française au Sénégal, et surtout, à son expérience agricole”, fait valoir Amadou Bakhaw Diaw.

Abdoul Aziz Diop, le directeur de la radio Dunya FM de Richard-Toll, milite aussi pour la réhabilitation de cet édifice, “une urgence, si nous voulons léguer son histoire aux futures générations”.

Pour préserver ce palais, les autorités administratives et locales doivent penser à le réhabiliter en vue de le léguer aux générations futures, estime le communicateur, natif de Ndiangué, un des premiers quartiers historiques de Richard-Toll.

Il promet de porter le combat en mettant en place un comité restreint pour rencontrer les responsables et les bonnes volontés en vue de travailler à la conservation de cet ancien palais qui, pendant des décennies, fut la fierté des populations du Walo.

Dans cette perspective, M. Diop invite la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), le conseil départemental de Dagana, la mairie de Richard-Toll, les structures présentes dans la zone, l’institut français et l’UNESCO à envisager des mécanismes allant dans le sens de la revalorisation de ce palais.

A l’origine, la folie amoureuse d’un gouverneur

La construction de ce palais a été rendue possible grâce à la signature d’un traité avec le Brack (roi) du Walo, le Brack Amar Fatim Borso Mbodj, et les autres dignitaires du royaume, dont Ndiaw Diogomaye Ndiack Arame Kélar Diaw, rapporte l’historien traditionnaliste Amadou Bakhaw Diaw.

Dénommé “Traité de Ndiaw”, il a permis à la France d’acquérir des terres fertiles dans le Walo dans le cadre de la mise en valeur de la politique agricole de la colonie du Sénégal, initiée par le gouverneur Schmaltz, indique un des tableaux accrochés sur un des couloirs de la “Folie du Baron Roger”.

Après le départ de Schmaltz, souligne la même source, il revenait à Jean-François Roger, dit Baron Roger, de poursuivre cette politique, en construisant entre 1821 et 1822, sur une vaste superficie, “un joyau baptisé ‘Folie’,  au cœur d’une agglomération qui sera plus tard une attraction économique”.

La construction de ce château est motivée par le vœu du Baron Roger, le premier gouverneur civil de la colonie du Sénégal, de rendre heureuse son épouse sénégalaise, la Linguère Yacine Yérim Diaw, la fille du Diogomaye Ndiack Arame Kélar Diaw, l’un des signataires du “traité de Ndiaw”, selon Amadou Bakhaw Diaw.

La “Folie” désigne un vaste bâtiment dont le style est inspiré des petits châteaux construits en Europe vers le 17e siècle. Cet édifice comporte de nombreuses fenêtres larges et hautes, aussi bien à l’étage qu’au rez-de-chaussée.

Cet espace servait par ailleurs de jardin d’essai de quelques plantes tropicales, sous la direction du botaniste Claude Richard, comme par exemple l’indigo, la canne à sucre, le coton et l’arachide, explique l’historien traditionniste.

“Ce sont les jardins d’essais que les wolofs des villages environnants appelaient ‘Tollou Richard’. C’est de là qu’est venu le nom Richard-Toll”, fait-il savoir.

OG/AMD/ASB/ASG/BK/AKS

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