SENEGAL-AFRIQUE-MEMOIRE
Dakar, 2 juin (APS) – La Place du Souvenir africain, à Dakar, a développé un ensemble de concepts innovants, dont des podcasts, en vue de se donner les moyens de jouer pleinement son rôle de rempart contre l’oubli, en mettant en exergue des figures emblématiques de l’Afrique et de sa diaspora.
L’objectif poursuivi à terme est de reconnecter la jeunesse africaine et les Afro-descents à ces personnalités historiques données en modèle, a expliqué l’administratrice de la Place du Souvenir africain, Ngakane Gningue Diouf.
Elle a par exemple lancé les podcasts “e-souvenir” et “Jazz’Afrika”, dans une optique de promotion du patrimoine musical à travers des personnalités dont chacune représente un pays en particulier.
Le concours “Voix et Plumes”, réservé aux élèves, cherche à reconstituer la mémoire, mais surtout à “déconstruire la pensée” selon laquelle “les Noirs ne savent rien faire et n’ont pas d’histoire”.
“La Place du Souvenir africain travaille à donner à ces jeunes de l’Afrique et de sa diaspora des modèles ayant marqué positivement les mémoires collectives”, a souligné Mme Diouf dans entretien accordé à l’APS.
Ces modèles sont exposés dans des espaces dédiés de la Place du Souvenir africain, accompagnés de nombreux panneaux présentant le parcours et la biographie de ces illustres personnalités africaines et de la diaspora, hommes et femmes.
Les murs ornés d’images fortes attirent l’attention des visiteurs, sous forme de message subliminal incitant non seulement au développement endogène, mais à l’atteinte d’une véritable souveraineté africaine servent à illustrer cette ambition.
Cette reconstitution a également pour but de faire en sorte que les Afro-descendants deviennent conscients du rôle joué par leurs ancêtres dans l’évolution positive du monde, selon Ngakane Gningue Diouf.
“Beaucoup de pays ont été construits par les Afro-descendants. Maintenant, il faut que ces derniers puissent à un certain niveau de leur développement revenir vers l’Afrique mère, en vue de recevoir des enseignements sur leurs origines”, a-t-elle déclaré, justifiant l’installation de panneaux d’informations en plein air.
L’administratrice de la Place du Souvenir africain rappelle que cet espace culturel mis en service 2009 et considéré comme le troisième grand projet culturel du président Abdoulaye Wade (2000-2012), a pour mission de faire découvrir aux populations sénégalaises et africaines “les modèles ayant marqué les consciences collectives, dans tous les domaines”.
La période post-Covid, l’occasion idéale
Tout a démarré dans le contexte de la pandémie du Covid-19, une crise sanitaire dont les conséquences obligeaient à se réinventer, renaitre et faire preuve d’imagination pour survivre.
La Place du Souvenir africain a lancé le concept dénommé “e-souvenir”, pour continuer à fonctionner dans un contexte de confinement sans précédent qui a placé le monde sous clé.
“Il faillait utiliser notre imagination pour créer des concepts pouvant respecter les gestes barrières”, relève Ngakane Gningue Diouf.
Le podcast “e-souvenir” est basé sur l’évocation d’une figure emblématique de l’histoire de l’Afrique ou de la diaspora dont le parcours sera rappelé par une personne ressource par le biais d’un podcast, a expliqué Ngakane Gningue Diouf.
“Nous avons réalisé une cinquantaine de podcasts sur des personnalités emblématiques de l’Afrique et de sa diaspora”, a-t-elle signalé.
Pour ce faire, la Place du souvenir africain a collaboré avec les représentations diplomatiques de pays africains en général et de la diaspora, pour arriver à réaliser plusieurs numéros de ce podcast consacrés à des figures telles que le révolutionnaire et ancien président cubain Fidel Castro (1926-2016), l’Egyptien Gamal Abdel Nasser (1918-1970), le révolutionnaire, panafricaniste anti-impérialiste et ancien président burkinabè Thomas Isidore Sankara (1949-1987).
Un numéro a été également consacré à la journaliste et femme de lettres Annette Mbaye d’Erneville, considérée comme la première journaliste radio sénégalaise, dont la voix a résonné pour la première fois en 1952 sur les ondes africaines de la Radiodiffusion-télévision française (RTF).
“Parfois, la jeunesse africaine s’identifie avec des modèles qui sont souvent des antivaleurs pour elle, raison pour laquelle nous avons mis sur pied +e-souvenir+ pour les aider à avoir un développement endogène à travers les figures dont l’Afrique regorge”, a insisté Mme Diouf, ancienne directrice du centre culturel régional de Fatick (ouest).
“Beaucoup d’ambassades veulent collaborer avec nous pour mettre en lumière les personnalités qui ont marqué les consciences collectives de leur pays d’origine”, ajoute-t-elle, satisfaite du retour qu’elle reçoit, à travers des commentaires postés sur le site de la Place du Souvenir africain, qui la confortent dans l’importance du numérique dans le travail de promotion attendu de l’institution qu’elle dirige.
Promotion du dialogue des cultures avec Jazz’Afrika
En plus du podcast ”e-souvenir”, les services de la Place du souvenir africain ont également développé un concept dénommé “Jazz’afrika” ou ”Jamm Jazz”, lequel consiste à promouvoir le dialogue des cultures à travers la musique.
Il consiste à organiser une conférence publique pour parler d’une personnalité emblématique identifiée avec l’aide des ambassades des pays accrédités au Sénégal sous la forme d’une rencontre toujours suivie, en clôture, d’un concert de jazz avec l’orchestre Jamm Africa, détaille Ngakane Gningue Diouf.
A l’en croire, cette démarche vise également à revisiter le patrimoine musical du pays hôte pour l’adapter au rythme du Jazz.
“Nous faisons, grâce à ce concept, la promotion du patrimoine culturel musical du pays en question. Jazz’Afrika ne se limite pas seulement à célébrer les personnalités emblématiques. Elle associe également la musique comme vitrine du patrimoine culturel et du savoir-faire de ce pays”, note-t-elle.
En huit éditions, “Jazz’Afrika” a célébré plusieurs figures originaires de pays comme la Côte d’Ivoire, la Tunisie, la Kenya, le Burkina Faso, entre autres.
Le dernier numéro, organisé le 10 mai dernier, a rendu hommage à la première femme technicienne aéronautique de l’Afrique de l’Ouest, l’Ivoirienne Michèle Boni Yapi (1952-2025), dont le parcours inspirant a été mis en exergue dans un “Jazz’afrika spécial Côte d’Ivoire”.
”Lors d’un numéro spécial nous avions aussi célébré des pays comme la Gambie, la Mauritanie, le Cap-Vert, la Guinée et le Sénégal. Nous avions célébré aussi des Sénégalais : l’universitaire Iba Der Thiam, le savant Cheikh Anta Diop, l’ancien directeur de l’UNESCO Amadou Mahtar Mbow, l’écrivain-cinéaste Ousmane Sembène et l’environnementaliste kenyane Wangari Matai, pour ne citer que ceux-là”, énumère-t-elle.
“Plume et voix”, à l’intention des élèves
La Place du Souvenir africain ne se contente pas simplement d’exhumer la mémoire. Elle a également développé un concept dénommé “Plume et Voix” pour faire la promotion de l’enseignement culturel, artistique et scientifique.
“Ce concours qui cible des collégiens et lycéens en est à sa troisième édition. Il est lancé chaque année en prélude de la Journée internationale de la francophonie”, a renseigné l’administratrice de la Place du Souvenir africain.
“Les lycéens travaillent sur des lettres adressées à la figure que nous leur proposons. Tandis que les collégiens écrivent des poèmes qu’ils vont tous déclamer le 20 mars, lors de la célébration de la Journée internationale de la francophonie”, explique encore Mme Diouf.
Elle rappelle qu’une démarche administrative est toujours effectuée en amont, auprès des différents établissements scolaires et des inspections académiques pour solliciter la participation des élèves.
“Cette année, on a eu 54 participants. Et on prend les trois meilleurs dans chaque catégorie, notamment la catégorie plume et celle réservée à la voix, à qui nous décernons le prix”, fait-elle savoir.
De cette manière, la Place du Souvenir africain veut être davantage en accord avec sa mission consistant à “déconstruire” la pensée selon laquelle “les Noirs ne savent rien faire et n’ont pas d’histoire”.
Une pensée “négative”, que l’institution “travaille à déconstruire surtout de l’autre côté de l’Atlantique, à travers le numérique”.
Ngakane Gningue Diouf en a profité pour aborder un partenariat noué avec un Sénégalais établi à Denver, aux Etats-Unis.
Ce dernier, de retour aux Etats-Unis après une visite à la Place du Souvenir africain, a mis sur pied un projet visant à construire une “Maison de l’Afrique” exposant les différentes personnalités africaines qu’il a eu à davantage admirer lors de son séjour au Sénégal.
L’administratrice de la Place du Souvenir africain a souligné l’importance de ce concept qui, selon elle, permettra aux enfants des expatriés Africains et aux Afro-descendants de mieux comprendre leurs origines.
AUT : AMN/FKS/BK
