IA et droit d’auteur : un universitaire évoque le défi juridique de la paternité des œuvres co-produites 
IA et droit d’auteur : un universitaire évoque le défi juridique de la paternité des œuvres co-produites 

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Dakar, 27 oct (APS) – L’essor de l’intelligence artificielle dans les domaines artistique et intellectuel soulève un “défi juridique” majeur concernant la paternité des œuvres réalisées avec l’aide de ces technologies, en raison des difficultés à distinguer la contribution humaine de celle de la machine, a expliqué Abdoul Malick Ba, docteur en sciences politiques et spécialiste des transformations numériques des sociétés africaines contemporaines. 

Affilié au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP) de l’université Paris 1, le chercheur sénégalais estime que “la question est d’autant plus complexe que les législations actuelles sur le droit d’auteur, notamment la loi sénégalaise de 2008, n’ont pas envisagé les œuvres cocréées par l’humain et l’intelligence artificielle”.

“Qui doit être considéré comme le véritable créateur d’une œuvre réalisée à l’aide d’un algorithme ? Comment attribuer les droits sur une musique ou un livre issus d’une collaboration entre un humain et une IA ? Quel traitement juridique réserver aux productions qui reprennent tout ou partie d’œuvres existantes ou certaines caractéristiques artistiques d’autres créateurs ?”, s’est-il notamment interrogé dans un entretien avec l’APS.

Selon Abdoul Malick Ba, ces interrogations mettent en évidence “les limites des réglementations actuelles face aux nouvelles formes de création assistée par l’intelligence artificielle”.

Elles soulèvent également des “enjeux idéologiques qui dépassent la seule protection des droits d’auteur, en interrogeant la place de l’humain dans le processus créatif”.

Au-delà de la délimitation juridique des contributions respectives de l’humain et de la machine, il alerte également sur les conséquences de ces incertitudes pour la “reconnaissance des auteurs et la réception des œuvres”.

La multiplication des productions associées à l’intelligence artificielle risque d’installer “un climat de suspicion dans lequel l’excellence artistique ou intellectuelle pourrait être assimilée à un génie machinique” plutôt qu’au résultat d’une créativité humaine, a-t-il estimé.

En cela, l’affaire Thélyson Orélien constitue, selon lui, un “cas intéressant pour ouvrir la réflexion sur cette évolution”.

Le roman “C’était ça ou mourir” de l’écrivain Thélyson Orélien – publié par Grasset et récompensé par le prix du Roman Fnac, puis édité par Boréal – fait l’objet d’accusations de plagiat et d’utilisation de l’intelligence artificielle générative.

Thélyson Orélien a rejeté en bloc ces allégations. Il a toutefois admis avoir “commis des erreurs inacceptables” en reprenant, dans des textes publiés peu après son arrivée au Canada, des passages d’auteurs reconnus sans les attribuer.

Le roman a été écarté de la sélection du Goncourt, sa promotion a été stoppée et l’éditeur canadien a rompu son contrat.

Préserver la créativité humaine face à la standardisation

Les réactions suscitées par les performances littéraires de cet auteur, soupçonné par certains d’avoir eu recours à une IA, illustrent, à ses yeux, les interrogations entourant l’origine des œuvres et la capacité des créateurs à en revendiquer la paternité.

Abdoul Malick Ba voit également dans cette évolution une “crise de confiance et de légitimité” susceptible d’altérer “les relations entre l’auteur, son œuvre et son public”, en faisant allusion au fait que “la crise de confiance et de légitimité qu’entraine l’IA dans le domaine de la création, où la rencontre entre l’individu et l’œuvre ne comporte plus cette dose d’altérité, qui est essentielle dans les relations sociales”.

“L’homme qui devait être la mesure de la création artistique, s’en trouve dépossédé”, déplore le spécialiste, mettant en garde contre les effets de l’utilisation récurrente des IA génératives sur la perception que les individus ont de leurs propres capacités créatives. 

De son point de vue, ces outils peuvent nourrir “un sentiment d’infériorité” et amener certains utilisateurs à considérer le génie et la créativité comme des qualités difficilement accessibles sans l’assistance de la machine.

“Anthropomorphisées, les IA génératives participent à une entreprise de décérébration, qui désarme tout autant qu’elle annihile tout potentiel humain. Par le renoncement, certains finissent par s’estimer incapables, et par considérer le génie et la créativité comme étant inaccessibles”, a encore déploré l’universitaire sénégalais basé en France. 

Il redoute, par ailleurs, que la poursuite des mêmes dynamiques d’usage favorise “une standardisation progressive des savoir-faire, des savoir-écrire et des savoir-penser”.

Dans cette perspective, il explique que “toute singularité risque d’être gommée car les IA ne sont rien d’autre que des calculs probabilistes effectués sur des quantités massives de données, et qui ont tendance à renforcer les moyennes”.

SMD/HK/ADL/BK