”Murambi-Le livre des ossements” réunit presque toutes les grandes préoccupations de Boubacar Boris Diop, selon Felwine Sarr
”Murambi-Le livre des ossements” réunit presque toutes les grandes préoccupations de Boubacar Boris Diop, selon Felwine Sarr

SENEGAL-LITTERATURE-ANALYSE

Dakar, 27 oct (APS) – ”Murambi – Le livre des ossements”, roman de Boubacar Boris Diop publié en 2000, constitue ”un point d’inflexion et de bascule” dans la carrière de l’auteur, en ce qu’il réunit presque toutes ses préoccupations, des questions de mémoire à la réflexion sur les sociétés africaines, a soutenu l’universitaire et écrivain Felwine Sarr.

Cette œuvre saluée par la critique, dit-il, reste le texte le plus connu ou celui qui a eu plus de résonnance auprès du public dans la création romanesque de Boubacar Boris Diop.

”Murambi – Le livre des ossements” a permis à son auteur de remporter, en 2022, le Prix international de littérature Neustadt, équivalent du Nobel de littérature.

Felwine Sarr traitait du thème ”Boubacar Boris Diop : écrire sur les crêtes”, lors de sa leçon inaugurale délivrée à l’ouverture, lundi, du colloque international et interdisciplinaire de trois jours (du 26 au 28 octobre) consacré à Boubacar Boris Diop. Le colloque est organisé par l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Selon l’enseignant à Duke University, aux Etats-Unis, “Murambi, le livre des ossements”, roman consacré au génocide des Tutsis au Rwanda, est le lieu d’une interrogation sur le rôle de l’écriture, la question de la vérité, mais aussi sur une exploration continue de l’énigme que constitue la condition humaine. Ce qui, à ses yeux, semble être ”la quête centrale du travail de l’auteur”.

Devant un public composé notamment d’universitaires, de journalistes et d’écrivains venant de plusieurs pays dans le monde, Felwine Sarr a rappelé le contexte de création de ce roman né de la résidence ”Rwanda, écriture par devoir de mémoire”, organisée en 1998. Une dizaine d’auteurs avaient été conviés à cette résidence, pour comprendre et écrire sur le génocide qui a fait plus d’un million de morts au Rwanda, d’avril à juin 1994.

Dans ce récit, l’auteur, à travers l’histoire personnelle de deux amis d’enfance, Jessica et Cornelius, use de mots pour dire la douleur d’hommes et de femmes traumatisés, la folie qui peut s’emparer de l’esprit humain, le drame et l’horreur qui expriment la fragilité des sociétés sans cesse confrontées à leur idée du vivre-ensemble.

Selon Felwine Sarr, c’est dès la postface de ce livre (édition 2011) que l’auteur revient sur les circonstances de l’écriture de ce roman, soulignant la nécessité de l’engagement de l’écrivain africain dans la compréhension de la vie politique et sociale du continent.

”La force de Murambi tient dans sa tonalité, la discrétion de l’écriture, et son absence de voyeurisme. Le texte est écrit dans un langage sobre et critique. Dans ce roman proche du récit témoignage, le dépouillement de l’écriture permet une méditation silencieuse du lecteur. L’écrivain ne se substitue pas à l’historien ou au journaliste, il nous éclaire sur une dimension plus profonde de ce qui s’est joué”, analyse Felwine Sarr.

L’universitaire, en fin observateur et témoin de l’évolution de la carrière littéraire de Boubacar Boris Diop, a ainsi livré au public ses impressions de lecture, évoquant ”Le temps de Tamango” (1981), ”Doomi Goolo” (Papyrus Afrique, 2003) – traduit par l’auteur sous le titre ”Les petits de la guenon” (Philippe Rey, 2009), ”Kaveena” (Philippe Rey, 2006), ”Malaanum Lëndëm” (Ejo, 2022) en passant par ”Les tambours de la mémoire”, Grand prix du président de la République en 1990.

L’œuvre de Boubacar Boris Diop est considérée pour certains universitaires, dit-il, comme “une écriture de la reconquête”, écrire contre l’effacement de l’histoire, de l’identité, du vécu, de la langue.

Débutée depuis cinq décennies, elle continue toujours de s’écrire, estime Felwine Sarr, qui relève son importance et sa reconnaissance large, primée, protéiforme, avec des romans, essais, articles journalistiques, nouvelles, traductions, pièces de théâtre, tribunes, préfaces, textes critiques cinématographiques.

Boubacar Boris Diop est aussi co-fondateur des éditions Jimsaan et Ejo.

FKS/OID/HB/BK