Thiès, 23 août (APS) – La raréfaction des ressources halieutiques et la pression sociale sont parmi les principales causes de l’émigration irrégulière à laquelle de nombreux jeunes s’adonnent, ont estimé, mercredi à Thiès, des participants à un forum sur ce phénomène à la suite de drame ayant touché le village de Fass Boye.

Une pirogue qui avait quitté le village de pêcheurs de Fass Boye, dans la région de Thiès, le 10 juillet dernier avec à son bord 101 passagers, s’était retrouvée au Cap-Vert avec seulement 38 rescapés,

Des responsables d’organisations de pêcheurs,  d’institutions de jeunesse, des structures  de la politique d’emploi jeunes, des élus territoriaux, ainsi que des représentants de sociétés, ainsi que des particuliers qui ont travaillé sur la question  avaient pris part à cette rencontre présidée par le gouverneur Alioune Badara Mbengue.

Les préfets des trois départements de la région, à savoir Mbour Tivaouane et Thiès étaient aussi présents à ce forum qui a duré près de six heures d’horloge.

« Les acteurs de la pêche ont expliqué que la rareté des ressources halieutiques a amené les jeunes à désespérer, et à traverser l’Océan Atlantique », a dit le gouverneur, au terme de la rencontre. Ces acteurs ont aussi appelé au respect de la réglementation en matière de pêche, précisant que les bateaux étrangers causent beaucoup de dégâts dans les eaux sénégalaises, avec des pratiques de pêche illicites.

Pierre Mboup, président du Réseau national des quais de pêche du Sénégal, a invité l’Etat à veiller à la préservation des eaux sénégalaises contre des bateaux étrangers, dont certains officient derrière des « prête-nom », au détriment des pêcheurs locaux, ”parmi les meilleurs marins en Afrique de l’Ouest”.

« Ici, nous avons des populations qui ne vivent que de pêche. Qu’on nous laisse notre mer», a-t-il plaidé, relevant qu’hormis le matériel  ces chalutiers étrangers n’ont rien de plus que les nationaux.

Pierre Mboup qui dit recevoir des informations issues de divers acteurs, précise que le nombre de candidats à l’émigration ayant péri en mer dépasse l’entendement. Il a dit avoir été informé de pirogues parties de Kafountine, Kayar, Mbour et autres localités côtières, et dont les parents des passagers n’ont plus de nouvelles depuis bien avant la Tabaski.

Les 105 passagers d’une pirogue qui a quitté Rufisque en juin de l’année dernière n’ont toujours pas fait signe de vie, a dit le responsable qui a fait partie de la délégation partie chercher les survivants de la pirogue de Fass Boye. Une pirogue de Saint-Louis a disparu depuis avant la Tabaski, avec près de 80 personnes à bord, une pirogue de Mbour presque 60 personnes depuis 21 jours, a dit aux journalistes en marge du forum, M. Mboup, chargé des conflits au sein de l’Union nationale des acteurs de la pêche artisanale du Sénégal (UNAPAS).

Les pêcheurs qui étaient juste des convoyeurs dans les années 2006, où ils ne représentaient que 30% des clandestins, sont aujourd’hui 60% du contingent, a-t-il soutenu.

Les « pesanteurs sociales », notamment la pression à laquelle les jeunes sont soumis au niveau des familles, constituent l’autre cause principale d’émigration clandestine qu’ont évoquée les acteurs. Certains parents tentés par les signes extérieurs de richesse exposés par les expatriés de retour, poussent les parents à exhorter leurs enfants à partir.

Les participants au forum ont relevé l’absence de qualification professionnelle de beaucoup de jeunes, mais également le manque de patience, comme un facteur de départ.

Une kyrielle de recommandations ont été formulées pour faire face au phénomène. Parmi celles-là, l’éducation à la citoyenneté, pour développer chez les jeunes la fibre patriotique et leur foi en la possibilité de se réaliser dans le pays. Le service militaire obligatoire, par exemple, a été préconisé.

Les populations ont aussi été invitées à dénoncer les organisateurs de ces voyages, et à alerter les forces de défense et de sécurité dès qu’ils observent certains mouvement inhabituels de personnes dans leur localité. Selon le capitaine Awa Guèye, commandant de la compagnie de gendarmerie de Thiès, la difficulté réside surtout dans la complicité des populations.

Le gouverneur a noté que beaucoup de voyages de pirogues ont été « décommandés », grâce à des renseignements reçus par la gendarmerie.

L’inspecteur régional des pêches Abdoul Aziz Ly a invité à « oser le débat » au niveau communautaire, relevant que le phénomène pourra être résolu, en commençant par la famille, pour ensuite toucher les leaders d’opinions, imams, collectivités territoriales, etc.

Craignant que le « pays ne manque de pêcheurs l’année prochaine », M. Ly a noté que l’effet de la perte d’équipages dans l’océan « commence à se faire ressentir sur les quais de pêche » où les gens sont endeuillés et stressés.

Une rencontre B2B entre jeunes et structures d’accompagnement technique et de financement, prévue dans l’après-midi, a finalement été reportée à jeudi, pour permettre aux destinataires de s’approcher des structures dédiées dans les trois départements, pour se renseigner dans le détail sur les opportunités disponibles.

Le gouverneur a instruit les préfets de tenir des comités départementaux de développement (CDD) et de demander aux sous-préfets à leur tour d’organiser des comités locaux de développement (CLD), pour démultiplier l’information jusqu’à la base.

 

ADI/AKS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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