El Hadji Ndiawar Gaye, l’artisan discret du Gamou de Tivaouane
El Hadji Ndiawar Gaye, l’artisan discret du Gamou de Tivaouane

SENEGAL-RELIGION-PROFIL

Par Momar Khoulé Ba

 Tivaouane, 13 juil (APS) – A plus de 80 ans, El Hadji Ndiawar Gaye, un disciple tidiane et vétéran des préparatifs du Gamou, continue d’incarner la figure discrète mais essentielle de ces serviteurs de l’ombre. Depuis des décennies, il veille aux formalités liées à l’adduction d’eau dans la cité religieuse de Tivaouane, garantissant à la ville son rôle de phare de spiritualité, havre d’accueil et modèle d’organisation.

À Tivaouane, El Hadji Ndiawar Gaye s’impose comme une figure de référence. Enseignant d’arabe à la retraite, disciple fidèle et homme de foi inébranlable, il demeure un serviteur infatigable de sa communauté. Son parcours incarne pleinement les valeurs de la “tarbiya” : discipline, respect et service qui ont façonné toute son existence.

Aujourd’hui encore, l’octogénaire poursuit, avec une humilité exemplaire, son engagement au service de Tivaouane. Sa loyauté et sa constance, enveloppées dans la discrétion, en font un pilier silencieux de la cité religieuse. Son parcours, tel un fil d’or, se mêle intimement à l’histoire contemporaine de la communauté tidiane.

El Hadji Ndiawar Gaye appartient à cette lignée de fidèles dont la grandeur se mesure au service rendu dans l’ombre, et dont les actions demeurent gravées en lettres d’or dans la mémoire collective de Tivaouane. Il est de ceux qui choisissent l’intime conviction de servir leur communauté avec loyauté, abnégation et modestie, plutôt que la renommée.

“Depuis 1954, je ne suis jamais sorti de Tivaouane”

La vie d’El Hadji Ndiawar Gaye est, avant tout, l’épopée d’une fidélité exceptionnelle. A plus de 80 ans, sa constance ne connaît aucune ride. Lui-même résume son parcours en ces mots : “On m’a mis entre les mains de Serigne Babacar Sy, qui m’a confié à Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine. Depuis 1954, je ne suis jamais sorti de Tivaouane”.

Sur instruction de son père, Tafsir Abdourahmane Gaye, il avait été conduit chez le premier khalife d’El Hadji Malick Sy par ses deux frères, Idrissa Gaye et Ibrahima Gaye. Ce geste fondateur scellait un pacte spirituel avec ses guides, reposant sur l’obéissance, la discipline et la constance.  Un contrat tacite qui, au-delà des maîtres spirituels, l’attache à jamais à la cité religieuse de Tivaouane, où il demeure profondément enraciné.

El Hadji Ndiawar Gaye ne cesse d’évoquer, avec une émotion palpable, son cheminement spirituel. A ses yeux, une figure domine : “Je dois tout à Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine. Il a fait de moi ce que je suis devenu”, répète-t-il volontiers, dans un sourire sincère traduisant l’amour et la gratitude qu’il porte à ses guides.

Son parcours est marqué par des liens solides et sincères avec la famille de ces derniers. Il exprime une reconnaissance profonde à Sokhna Oumou Khaïry Sy, fille de Khalifa Ababacar Sy, pour son rôle décisif dans son éducation morale et spirituelle. Cette affection s’est prolongée avec Adjaratou Daba Mbaye, la fille de Sokhna Oumou Khairy, avec qui il entretient une relation de confiance jugée exceptionnelle.

“Tout ce qui la préoccupe, je le sais ; tout ce qu’elle veut entreprendre, j’en ai la primeur. Entre Sokhna Daba Mbaye et moi, c’est une complicité bénie par notre mère, Sokhna Oumou Khaïry Sy, fille de Serigne Babacar Sy”, confie-t-il.

Garantir l’accès à l’eau aux fidèles lors du Gamou

Ces relations de respect, d’écoute et de loyauté se sont patiemment construites au fil des décennies, sous le sceau de la spiritualité.

En près de soixante-dix ans, El Hadji Ndiawar Gaye a cheminé aux côtés de plusieurs chefs religieux tidianes, témoin privilégié des métamorphoses de Tivaouane : l’ampleur grandissante du Gamou, les défis logistiques toujours plus nombreux et la marée humaine qui, chaque année, déferle sur la cité religieuse.

Malgré la succession des leaders religieux à la tête de la confrérie, malgré l’évolution et la modernisation de la ville, lui est resté le même : un serviteur fidèle, attaché à la mission qui lui a été confiée, et qu’il accomplit dans la plus grande humilité.

C’est dans la plus grande discrétion qu’El Hadji Ndiawar Gaye orchestre, avec une précision d’horloger, toutes les démarches liées aux branchements d’eau pour le Gamou de Tivaouane. Derrière ce rôle vital se cachent des semaines de préparation, une coordination méticuleuse avec les services techniques et une vigilance de chaque instant.

Garantir l’accès à l’eau à des centaines de milliers de pèlerins est un défi titanesque qu’il relève, année après année, avec la même rigueur, le même dévouement et la même disponibilité.

Face aux longues files de fidèles en quête d’eau, il veille au bon fonctionnement de la distribution, dans une vigilance constante. Mais cette tâche, il ne l’assume pas pour les honneurs. Il considère chaque geste, chaque action comme un acte de foi,  une offrande à Dieu.

La “tarbiya”, un chemin sans fin

Issu de la lignée des célèbres prêcheurs Idrissa Gaye et Tafsir Abdourahmane Gaye, El Hadji Ndiawar Gaye n’en demeure pas moins profondément attaché à la “tarbiya”.

Pour lui, cette école de discipline et de service n’est pas une étape à franchir, mais un chemin sans fin. A plus de 80 ans, il continue d’en incarner les valeurs avec constance et humilité, offrant l’exemple d’une fidélité sans faille.

Lors des grandes cérémonies religieuses, El Hadi Ndiawar Gaye n’hésite pas à revêtir l’uniforme du COSKAS, le Comité au service de Khalifa Ababacar Sy, véritable cheville ouvrière du Gamou de Tivaouane. Il y participe activement, fidèle à son engagement : “Je porte encore l’uniforme du COSKAS pour compléter ma +tarbiya+”, confie-t-il, avec une humilité touchante.

Cette phrase résume à elle-seule toute sa philosophie : on ne finit jamais d’apprendre, de se former ou de servir. Son engagement rejette toute idée d’exemption, que justifieraient pourtant le poids de l’âge et les nombreuses années de service.

Dans la communauté tidiane de Tivaouane, le nom d’El Hadji Ndiawar Gaye inspire respect et confiance. Les habitants le considèrent comme un conseiller avisé, un éducateur et un travailleur dont la persévérance force l’admiration. Son expérience fait de lui une mémoire vivante, témoin de l’évolution de la cité religieuse et de l’organisation du Gamou, au fil des décennies.

A une époque où la réussite se mesure souvent à la visibilité, son parcours rappelle qu’il existe une autre forme de grandeur, plus noble et plus profonde : celle des bâtisseurs silencieux. Ces hommes qui œuvrent sans relâche, loin des projecteurs, guidés par la seule ambition d’accomplir leur devoir et de servir Dieu à travers le service rendu aux hommes.

Son héritage ne se mesure ni aux biens matériels ni aux titres honorifiques. Il se traduit par l’exemple impérissable qu’il lègue aux générations présentes et futures : celui d’une vie entièrement consacrée à Dieu, à ses guides spirituels et au service désintéressé de la communauté.

El Hadji Ndiawar Gaye peut valablement se réclamer de cette génération de serviteurs dévoués qui, dans la discrétion la plus totale, ont bâti la renommée et le rayonnement de Tivaouane.

MKB/ADI/ASB/ADC/BK