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Kédougou, 8 mars (APS) – Diaba Kanté, à la tête de l’Association des Femmes de la Mine de Mako (AFMOM), dans la région de Kédougou (sud-est), est portée par une conviction selon laquelle le leadership féminin n’est pas un bonus, mais une nécessité. Une ligne de conduite qui lui a permis de percer tous les plafonds de verre pour devenir superviseure administration du département Process du Groupe Resolute.
Un parcours qui n’est pas donné dans un secteur très masculinisé. Mais elle ne compte pas baisser les bras et continue à se battre pour un leadership féminin toujours plus affirmé au sein de la mine d’or de Mako, exploitée par la société PMC, Petowal Mining Company (filiale du Groupe Resolute).
Diaba Kanté a intégré la Mine de Mako en 2017, à une époque où tous les gros postes de management étaient occupés par des hommes et des travailleurs expatriés.
“Je savais que je rentrais dans un monde qui n’était pas été conçu pour nous [femmes]. Et aujourd’hui je me bats chaque jour pour que la femme ne soit plus une exception dans la mine mais une évidence”, a-t-elle déclaré dans un entretien avec l’APS.
Se disant toujours en apprentissage pour se perfectionner, Diaba Kanté n’hésite pas à s’intéresser à d’autres secteurs de l’activité minière, jusqu’à être promue Leading Hand (chef d’équipe) d’une unité de récupération gravimétrie de l’or.
Avec cette promotion, elle commence alors à manager des équipes, à prendre des décisions techniques et humaines complexes.
Sa progression est récompensée par une nomination au poste de superviseure administration Process, en charge notamment de coordonner les activités administratives.
Elle a également pour rôle de veiller au respect des procédures et d’analyser les opérations, en vue de résoudre d’éventuels problèmes et de maintenir les standards de qualité et d’efficacité.
“C’est une consécration qui traduit des années d’excellence, d’investissement et de dépassement de soi. Le Groupe Resolute a soutenu mon évolution à travers des formations au niveau national et international”, a commenté la native de la ville de Kédougou.
Diaba Kanté a construit son parcours avec patience, courage et détermination. Après un Baccalauréat obtenu en 2012 à Tambacounda, elle a entamé des études universitaires sanctionnées par un master en Lettres modernes.
“C’est une formation universitaire qui m’a beaucoup forgée surtout dans la rigueur, la communication et l’amour du savoir. J’avais la conviction que j’étais sur la voie de la réussite et que je n’allais pas garder cette réussite pour moi seule”, a-t-elle ajouté.
Une trajectoire pas commun dans les mines
Avant de fouler la Mine d’or de Mako, Mme Kanté a fait ses armes sur le terrain du développement rural, d’abord au PRODAC – Programme des domaines agricoles communautaires où elle a été recrutée comme consultante au Domaine agricole communautaire (DAC) de Itato, dans le département de Kédougou.
Elle a ensuite été déployée, après une formation, dans la communauté rurale de Notto Diobass, dans la région de Thiès, pendant deux ans.
“Ma mission au PRODAC était de revaloriser le potentiel des agriculteurs, les accompagner dans la création de leur entreprise et l’élaboration de leur business plan. Et c’est une aventure humaine et professionnelle profondément enrichissante”, qui a révèle en elle un leadership naturel et un sens aigu du service aux autres.
Diaba pose ses valises à Mako en 2017 et intègre le Groupe Resolute, l’une des entreprises minières les plus prestigieuses du Sénégal.
Elle entre dans un monde encore très peu familier aux femmes sénégalaises, celui de la production du minerai.
“J’ai intégré rapidement le poste d’opératrice de la salle de contrôle. Et c’est le cœur névralgique où tout le circuit est centralisé, de l’acquisition du minerai à la production finale de l’or”, explique-t-elle.
Une reconnaissance internationale
En parallèle de son ascension professionnelle, Diaba Kanté à bénéficier d’un mentorat avec Women in Mining (WIM), organisation internationale de référence qui accompagne et valorise les femmes évoluant dans l’industrie minière à travers le monde.
Une reconnaissance de son potentiel et une opportunité précieuse d’élargir sa vision, de se connecter à un réseau mondial de femmes leaders du secteur, et de se préparer aux plus hautes responsabilités.
Ce mentorat illustre à lui seul la portée internationale d’un parcours qui dépasse largement les frontières du Sénégal.
“Mon engagement passe aussi par l’exemple au quotidien”, la présence qui donne de la visibilité. “Chaque fois qu’une femme me voit en salle de contrôle, en réunion de management ou en formation internationale avec WIM, elle comprend que c’est possible. Et c’est peut-être là mon acte militant le plus puissant, à l’image de toutes les femmes de la mine”, a-t-elle poursuivi.
Mme Kanté travaille activement à encourager les jeunes filles des communautés impactées par les opérations minières à s’intéresser aux métiers des mines, les filières techniques comme celles qui concernent directement la production du minerai.
“Vous pouvez devenir des ingénieurs, des superviseurs, les directrices de demain, c’est vous”, a-t-elle lancé comme message aux femmes. ”Je crois profondément que le leadership féminin n’est pas un bonus. Mais c’est une nécessité”, a-t-elle encore dit.
Elle fait observer que son ambition personnelle de devenir un cadre dans le secteur minier n’est pas séparable de cet engagement collectif.
“Si j’ai accédé à ce niveau de management, c’est pour ouvrir davantage des portes, de peser dans les décisions et de faire en sorte que la prochaine génération de femmes de la mine d’or de Mako n’ait pas à se battre aussi fort que moi pour avoir simplement sa chance”, dit-elle.
Une voix féminine pour la mine d’or de Mako
En parallèle de ses responsabilités professionnelles, Diaba est engagée dans la vie sociale et communautaire, en tant que responsable de l’Association des femmes de la Mine de Mako (AFMOM). Une position qu’elle a transformée en levier d’action sociale.
Sous sa coordination, l’association a mené des actions sociales jugées impactantes au sein des communautés locales.
“Nous avons organisé un don de sang sur site pour soutenir les besoins en transfusion sanguine de l’hôpital régional Amath Dansokho. Et nous avons collecté 50 poches de sang dans le cadre [de la campagne Octobre Rose]”, par exemple.
L’association qu’elle dirige a aussi organisé des activités de sensibilisation sur le cancer du col de l’utérus dans les villages environnants, pour conscientiser les femmes et les filles des zones minières principalement.
“Nous avons également fait des dons de serviettes hygiéniques et produits d’hygiène aux femmes détenues de la Maison d’arrêt et de correction de Kédougou (Mac)”, a-t-elle ajouté.
Sans compter les kits scolaires distribués aux meilleures élèves de la commune de Tomboronkhoto, pour encourager l’excellence féminine dès le plus jeune âge.
Diaba Kanté peut par ailleurs se targuer d’être la première femme déléguée du personnel de Mine d’or de Mako, une distinction historique qu’elle porte avec fierté et responsabilité.
“Je suis la première femme à être désignée comme déléguée des travailleurs de la Mine d’or de Mako. Et c’est une responsabilité que je dirige en toute responsabilité”, confirme cette entrepreneure à ses heures perdues.
Elle a lancé “Samadiari”, une mini boutique de parfums. Un projet personnel né de sa passion et de son désir de bâtir quelque chose qui lui appartient.
“Mon ambition personnel déborde les murs de la mine. J’ai créé ma boutique ”Samadiari” pour entreprendre afin de créer de l’emploi autrement”, a-t-elle indiqué.
Sa boutique de parfums haut de gamme, installée au quartier Dinguéssou, dans la ville de Kédougou, ne désemplit pas, depuis son ouverture en 2025.
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