Des facteurs structurels et informels limitent la présence des femmes dans la diplomatie, selon une diplomate
Des facteurs structurels et informels limitent la présence des femmes dans la diplomatie, selon une diplomate

SENEGAL-DIPLOMATIE-GENRE

Dakar, 23 juin (APS) – La diplomate sénégalaise, Fatou Isidora Mara Niang, évoque des facteurs structurels et informels pour expliquer le faible niveau de représentation des femmes au sein des sphères diplomatiques.

‘’Des facteurs structurels ou informels peuvent expliquer cette situation’’, a-t-elle notamment déclaré lors d’un entretien accordé à l’APS dans le cadre de la célébration, mercredi, de la Journée internationale des femmes dans la diplomatie.

La représentante personnelle du chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye, à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) rappelle que l’entrée dans la carrière diplomatique (conseiller et chancelier des Affaires étrangères) se fait essentiellement à partir du concours d’entrée à l’Ecole nationale d’administration (ENA).

Elle souligne que les femmes restent encore peu nombreuses dans les effectifs (de l’ENA), avec une préférence pour les filières administration générale et financières (sections Trésor et Impôts) plutôt que la section Diplomatie. 

”C’est depuis 2000 que les candidatures féminines pour la section diplomatie à l’ENA se sont petit à petit renforcées sans jamais dépasser 30 à 40% des effectifs”, fait-elle savoir.

Fatou Isidora Mara Niang ne manque pas de signaler qu’au sein du ministère des Affaires étrangères, des ambassades et des consulats généraux, la proportion des femmes diplomates de carrière n’est pas encore significative, au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. 

”D’un point de vue culturel et social, des obstacles invisibles demeurent car les femmes sont encore perçues comme celles qui doivent gérer la vie familiale et elles font face au choix cornélien au détriment de leurs ambitions professionnelles’’, analyse-t-elle, justifiant ainsi l’importance de marquer la Journée internationale des femmes dans la diplomatie. 

”C’est lors de sa 76ème session en 2021 que l’Assemblée générale des Nations Unies a décidé de proclamer le 24 juin de chaque année Journée internationale des femmes dans la diplomatie, conformément à l’ODD 5 portant sur l’égalité de genre et en se fondant sur le fait que la participation des femmes à tous les niveaux de décision est indispensable pour parvenir au développement durable, à la paix et à la démocratie”, a t-elle rappelé. 

La troisième femme sénégalaise diplomate de carrière insiste sur l’importance de marquer la Journée internationale des femmes dans la diplomatie, faisant noter que la Résolution A/RES/76/269 adoptée à ce sujet invite les États, les organisations internationales, la société civile, les établissements universitaires et toutes les parties intéressées à célébrer notamment par des activités éducatives et de sensibilisation du public.

‘’En matière de représentation à l’international, les chiffres sont assez révélateurs d’un déficit criant de femmes dans la diplomatie’’, a-t-elle fait remarquer comme pour expliquer que cette problématique n’était pas spécifique au Sénégal.

Des facteurs structurels et informels limitent la présence des femmes dans la diplomatie, selon une diplomate

En 2025, les femmes occupaient 22,5 % de l’ensemble des postes d’ambassadeurs et ambassadrices et de représentants permanents à l’échelle mondiale, a fait savoir la diplomate en citant des données d’Onu-Femmes.

A ses yeux, la diplomatie a été, historiquement, l’apanage des hommes, ”le protocole et les codes diplomatiques ayant été pensés par et pour les hommes”.

”Les postes prestigieux tels que Secrétaire général de l’ONU n’ont jamais été accordés à des femmes, seulement 20% des postes de ministres des Affaires étrangères dans le monde sont occupés par des femmes et, au poste d’ambassadrice, les femmes sont cantonnées à des portefeuilles autres que ceux stratégiques liés à la sécurité et aux situations de crise ou aux enjeux de la finance et du commerce international”, a relevé la diplomate sénégalaise.

Elle a toutefois estimé qu’en pratique, des femmes sénégalaises du milieu politique, des forces de défense et de sécurité, de la société civile et du monde académique sont engagées à l’international, apportent une contribution précieuse et œuvrent comme de véritables actrices de la diplomatie de notre pays.

La diplomate en veut pour preuve les femmes parlementaires, membres de délégation gouvernementale aux grandes rencontres internationales (Commission de la condition de la femme- Onu) et participant à des initiatives régionales ou internationales sur la paix et la sécurité en Afrique, des anciennes ministres ayant occupé des postes stratégiques à la tête d’organisations internationales (Ndioro Ndiaye- OIM et Awa Marie Coll Seck- Onusida, entre autres).

La représentante spéciale de Bassirou Diomaye Faye à l’OIF salue par ailleurs le rôle joué par des femmes sénégalaises au sein des Forces de défense et de sécurité, notamment leur participation aux missions de paix des Nations Unies (Commandant Seynabou Diouf de la Police nationale récompensée pour ses services au sein de la MONUC).

De même que l’engagement des femmes de la société civile sénégalaise dans la promotion de l’Etat de droit et de la démocratie dans le cadre notamment de missions d’observation électorale de la CEDEAO et de l’Union africaine.

AKS/ASB/OID/MTN