Des chercheurs présentent le Magal de Touba comme un objet scientifique à la croisée de plusieurs disciplines
Des chercheurs présentent le Magal de Touba comme un objet scientifique à la croisée de plusieurs disciplines

SENEGAL-RELIGION-RECHERCHE

Dakar, 29 juil (APS)- Le Magal de Touba constitue un objet scientifique majeur dont l’étude invite à articuler mémoire religieuse, tradition orale et recherche historique, a estimé un groupe de chercheurs affiliés au Groupe de réflexions et d’informations en sciences de l’éducation (GRISE).

Dans une contribution transmise à l’APS, ces spécialistes ont notamment plaidé pour une approche interdisciplinaire dans une perspective de mieux comprendre la construction de cette grande commémoration du Magal de Touba dont l’édition de cette année sera célébrée le 2 aout prochain.

Intitulée “Le Magal de Touba : entre mémoire religieuse, tradition orale et construction historique d’un événement spirituel”,  le texte s’est beaucoup attardé sur le fait que l’histoire des sociétés africaines est confrontée à une interrogation méthodologique majeure : “comment étudier scientifiquement des événements dont la transmission repose en grande partie sur la parole, la mémoire et le témoignage des générations successives” ?

Le document ajoute également que dans les sociétés à forte tradition orale, “la connaissance du passé ne s’est pas toujours construite à travers des archives écrites”.  Elle s’est également conservée “dans les récits des anciens, les enseignements religieux, les pratiques sociales et les commémorations collectives’’, en ce sens que l’oralité peut constituer ‘’une autre manière de conserver et de transmettre les expériences humaines”.

Instituée autour de la figure de Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), cette commémoration est aujourd’hui l’un des plus importants rassemblements religieux du Sénégal et du monde musulman, affirment les auteurs, notant que le Magal de Touba illustre cette “articulation entre mémoire et histoire”.

La contribution insiste également sur la nécessité de reconnaître l’oralité comme une “véritable source de connaissance historique”, tout en rappelant que son exploitation scientifique suppose une démarche critique tenant compte du contexte de production des récits, de l’identité des témoins, de la période de transmission et des transformations liées à la mémoire collective.

Le Magal, un objet scientifique au croisement de l’histoire, de l’anthropologie  et des sciences de l’éducation

Selon les auteurs, la mémoire collective ne consiste pas uniquement à conserver des informations anciennes. Elle participe aussi à “la construction de l’identité collective” de la commémoration du Magal, donnant “un sens spirituel” à un événement historique devenu progressivement un élément fondateur de la communauté mouride, souligne-t-on.

Le texte préconise ainsi une approche interdisciplinaire mobilisant l’histoire, l’anthropologie religieuse, la sociologie et les sciences de l’éducation afin d’éviter de réduire le Magal “à un simple événement historique” ou, à l’inverse, de l’étudier uniquement sous l’angle d’une “une expérience spirituelle”.

Cette note de contribution lève le voile également sur un événement vécu par Cheikh Ahmadou Bamba dans le contexte de son exil, lequel est devenu une mémoire collective transmise par plusieurs générations de disciples avant de s’imposer comme un “moment majeur d’expression de la foi mouride”.

Cette transmission s’est appuyée sur  “les enseignements religieux (taalim), les récitations de poèmes et d’écrits du Cheikh, les récits familiaux, les rassemblements religieux et les pratiques commémoratives”, rappelle le document, faisant de cette célébration une “mémoire active” qui participe à la formation morale et spirituelle.

Les auteurs considèrent également que “l’histoire et la mémoire ne doivent pas être considérées comme des réalités opposées”, même si les deux “ne poursuivent pas exactement le même objectif”.

Ils appellent ainsi à poursuivre les recherches à travers “la collecte systématique des archives orales, la conservation des documents familiaux et le développement d’approches interdisciplinaires”.

SMD/MTN