SENEGAL-AFRIQUE-GENRE
Dakar, 10 juin (APS) – Des chercheurs, universitaires, décideurs publics et partenaires internationaux ont insisté, mardi à Dakar, sur le renforcement des droits, de l’autonomisation et de la participation des femmes comme levier d’un changement social et économique inclusif en Afrique, à l’ouverture d’un colloque international du Centre de recherches économiques appliquées (CREA) de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD).
Placée sous le thème ‘’Pour un changement social et économique inclusif : droits, pouvoirs et contributions des femmes en Afrique’’, la rencontre de deux jours réunit divers acteurs et représentants d’institutions nationales et internationales autour des enjeux liés à l’égalité de genre sur le continent.
Dans son allocution, la directrice du CREA, la professeure Awa Traoré Diaw, a rappelé que les femmes demeurent confrontées à de nombreuses inégalités, notamment dans l’accès aux ressources productives, au financement, aux technologies et aux espaces de décision, dans un contexte de mutations économiques, technologiques et sociales en cours en Afrique.
‘’Réduire les femmes à leurs vulnérabilités serait une erreur d’analyse. Les femmes africaines sont des entrepreneures, des innovatrices, des chercheuses, des agricultrices et des actrices essentielles du développement’’, a-t-elle soutenu.

Soulignant l’importance du colloque, elle a déclaré qu’il devait permettre d’identifier des solutions concrètes pour accélérer leur autonomisation et leur participation à la transformation du continent.
L’ancienne ministre et députée sénégalaise, Aïssata Tall Sall a, pour sa part, insisté sur le rôle central des femmes dans les dynamiques de changement social, relevant néanmoins les obstacles persistants à leur pleine participation à la vie politique et économique.
Selon elle, les avancées enregistrées, notamment en matière de parité politique, ne suffisent pas à garantir un véritable leadership féminin, plaidant ainsi pour une présence plus importante des femmes dans les instances de décision et au sein des partis politiques.
Elle a également exhorté à une plus grande autonomie économique des femmes, condition, selon elle, de leur émancipation face aux contraintes sociales, aux violences basées sur le genre et aux inégalités persistantes dans la répartition des responsabilités familiales.
La présidente de la Cellule genre et équité du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Sine Diop, a rappelé que les femmes ne bénéficient encore que de deux tiers des droits reconnus aux hommes à l’échelle mondiale.

S’appuyant sur plusieurs études internationales, elle a souligné que l’égalité entre les sexes constitue un puissant moteur de croissance économique, d’innovation et de cohésion sociale.
Elle a toutefois relevé que les femmes restent sous-représentées dans les filières scientifiques et technologiques, ainsi que dans les postes de responsabilité académiques, malgré des progrès notables enregistrés au Sénégal en matière d’accès à l’enseignement supérieur.
La représentante du recteur de l’UCAD, la docteure Lena Ngom, a indiqué que les inégalités de genre continuent de freiner le développement des sociétés africaines en limitant la valorisation des compétences et du potentiel d’innovation des femmes qui constituent une partie importante de la population.

Elle a insisté sur le rôle des universités dans la production de connaissances capables d’éclairer les politiques publiques et de contribuer à la promotion d’une société fondée sur l’équité et l’égalité des chances.
La professeure Mama Hamimida de l’Université Hassan II de Casablanca a, quant à elle, mis en avant les paradoxes observés sur le continent, où les progrès réalisés dans l’éducation des filles ne se traduisent pas toujours par une amélioration équivalente de leur situation sur le marché du travail.

Elle a notamment attiré l’attention sur les écarts salariaux, les difficultés d’accès à l’emploi formel, la faible présence des femmes aux postes de responsabilité, ainsi que les risques liés à l’intelligence artificielle et aux nouvelles technologies susceptibles, selon elle, de reproduire certains stéréotypes de genre.
Les travaux du colloque se poursuivent jusqu’à jeudi avec des panels consacrés notamment à la gouvernance, à l’autonomisation économique, aux transformations sociales, au numérique, à l’innovation et au leadership féminin.
MYK/ABB
