A Gamadji Saaré, dans le Podor, une ferme modèle portée par les ambitions de souveraineté alimentaire
A Gamadji Saaré, dans le Podor, une ferme modèle portée par les ambitions de souveraineté alimentaire

SENEGAL-AGRICULTURE-REPORTAGE

Par Ousmane Gaye

Gamadji Saaré (Podor), 28 juil (APS) –Une exploitation agricole intégrée implantée à Gamadji Saaré, dans le département de Podor (nord), s’impose peu à peu comme un modèle de réussite rurale, alliant entrepreneuriat, création d’emplois et promotion de la souveraineté alimentaire.

Portée par le jeune agripreneur Mamadou Alpha Sy, la ferme conjugue production végétale, élevage, aviculture, pisciculture et formation, avec l’ambition affirmée de contribuer durablement à l’autosuffisance alimentaire du Sénégal.

En quittant Ndioum Diéri vers l’île à Morfil, la route empruntée par le visiteur rejoint d’abord le fleuve Doué avant de se transformer, à la sortie de Ndioum Walo, en une piste latéritique serpentant entre les champs.

Quatre à cinq kilomètres plus loin, un portail marqué de l’inscription ”SEFE Agrobusiness” signale l’entrée d’une vaste exploitation où la verdure tranche avec la teinte ocre de la piste, renforcée par les premières pluies de l’hivernage.

Dans ce décor paisible, les parcelles méticuleusement entretenues, les infrastructures de production et les espaces d’élevage révèlent une organisation rigoureuse.

Dès l’aube, ouvriers agricoles, techniciens et stagiaires s’activent. Certains irriguent les cultures, d’autres récoltent les légumes destinés aux marchés locaux, pendant que le reste des employés veillent sur le cheptel. L’exploitation fonctionne comme une véritable entreprise rurale.

À l’entrée de la ferme, Mamadou Alpha Sy accueille les visiteurs avec simplicité. Vêtu d’une blouse de travail verte et de chaussures de sécurité, le président-directeur général de ”SEFE Agrobusiness” incarne l’image d’une agriculture moderne, tournée vers la production durable.

Dans cette ferme, agriculture, élevage, aviculture et pisciculture s’articulent en parfaite complémentarité. ”Une ferme intégrée, c’est un système où chaque activité soutient l’autre. Rien ne se perd, tout est valorisé”, explique le promoteur.

Les déjections animales sont transformées en compost pour fertiliser les champs, les cultures fourragères nourrissent le bétail et les sous-produits de l’aviculture servent à alimenter les poissons. L’exploitation produit notamment du riz, du maïs, du niébé, des légumes (tomate, gombo, aubergine, chou, carotte, piment, ainsi que des fruits et des cultures fourragères.

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Elle développe en parallèle l’embouche bovine, l’aviculture de chair et de ponte et la pisciculture, comme attendu d’un véritable système agricole intégré.

Une ferme intégrée financée sur fonds propres

Le parcours de Mamadou Alpha Sy, originaire de Ndioum, illustre une réussite patiemment construite. Avant de lancer sa ferme intégrée, il exploitait des terres louées où il cultivait principalement du piment, une activité qui lui a permis de constituer son premier capital.

“J’ai démarré avec seulement 48 000 francs CFA investis dans un premier projet d’élevage de poulets de chair. Au fil des années, j’ai réinvesti tous les bénéfices jusqu’à bâtir une exploitation représentant aujourd’hui plusieurs centaines de millions de francs CFA grâce à l’autofinancement, avant d’être accompagné plus tard par quelques partenaires”, raconte le jeune entrepreneur.

Son objectif initial était de mettre fin au caractère saisonnier des activités agricoles, en créant une exploitation capable de fonctionner douze mois sur douze et de générer des revenus permanents.

Pour lui, l’agriculture moderne exige désormais des compétences techniques et managériales. D’où l’appui ponctuel que peuvent lui apporter certaines structures étatiques et des organisations non gouvernementales.

“Autrefois, lorsqu’un élève était dernier de sa classe, on lui disait que l’agriculture l’attendait. Aujourd’hui, c’est exactement le contraire. L’agriculture moderne demande des compétences, de l’innovation et de l’excellence”, affirme-t-il.

Il mise également sur une agriculture respectueuse de l’environnement, fondée sur l’utilisation du compost organique.

Les terres restent productives plus longtemps, les rendements augmentent et l’usage des produits chimiques est fortement réduit.

La demande reste supérieure à l’offre, mais la ferme dispose de plusieurs points de vente dans le département de Podor ainsi que de dépôts dans les régions de Louga et de Matam, précise le jeune PDG.

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Malgré cette organisation commerciale, la production demeure insuffisante pour satisfaire l’ensemble de la demande, notamment en viande bovine et en poulets de chair. “Notre priorité est d’agrandir cette ferme avant d’en créer d’autres, afin de mieux répondre aux besoins du département”, explique Mamadou Alpha Sy.

Un centre de formation avec un certain savoir-faire

Au-delà de la production, la ferme s’est muée en centre de formation pratique. Elle accueille régulièrement des stagiaires venus de plusieurs établissements de formation et emploie en permanence des travailleurs, auxquels s’ajoutent des saisonniers.

Khadidja Sow, étudiante en deuxième année d’agrosylvopastoralisme au centre de formation professionnelle (CFP) de Podor, dit avoir découvert une nouvelle manière d’apprendre son métier.  “Au centre, nous faisions beaucoup de théories. Ici, tout repose sur la pratique. Notre tuteur ne laisse passer aucun détail. Sa rigueur nous forme et nous rééduque. C’est comme si nous recommencions notre apprentissage depuis le début”, confie-t-elle.

Selon la jeune apprenante, le caractère intégré de l’exploitation lui permet de toucher à tous les domaines de l’agrosylvopastoralisme. “J’ai l’impression d’être dans l’école d’une nouvelle vie. Cette expérience a renforcé mon ambition de devenir agripreneure, car ce que j’ai vu ici a réveillé quelque chose qui dormait en moi”, dit-elle avec enthousiasme.

Même satisfaction chez Seynabou Ba, technicienne en agrosylvopastoralisme, arrivée il y a un peu plus d’une semaine.

“Les méthodes sont beaucoup plus rigoureuses et adaptées aux réalités du terrain. J’ai énormément appris et je compte rester deux mois afin de me perfectionner”, confie-t-elle.

Au total, douze jeunes sont actuellement en formation sur le site de Gamadji Saaré. L’entreprise emploie une quarantaine de personnes réparties entre ses différentes exploitations situées à Louga, Ndioum, Podor et Matam.

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Selon Mamadou Alpha Sy, cette stratégie de décentralisation permet de rapprocher la production des marchés.

Parmi les employés figure Sileymane Mamadou Ndiaye, ancien mécanicien ayant rejoint l’entreprise en 2021 après plusieurs années passées à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.  “Le directeur ne m’a pas seulement offert un emploi. Il m’a transmis un métier”, résume-t-il.

Formé aux techniques de riziculture, d’élevage, d’aviculture et d’embouche, il estime aujourd’hui disposer de compétences qui lui ouvrent de nombreuses perspectives professionnelles. “Ici, c’est une véritable école de la vie. Avec de la patience et de la volonté, chacun peut acquérir un vrai savoir-faire”, dit-il.

La ferme est devenue une référence dans le domaine de l’embouche. Éleveurs, bouchers et entrepreneurs viennent régulièrement s’y approvisionner en moutons, bœufs et chèvres. Chaque animal vendu est aussitôt remplacé par un autre destiné à l’engraissement, garantissant ainsi un approvisionnement continu.

Selon le promoteur, de nombreux jeunes, y compris des Sénégalais de retour de l’émigration, se sont inspirés de cette expérience pour lancer leurs propres exploitations. “Beaucoup viennent apprendre ici avant de créer leurs propres fermes. C’est pourquoi, avec mes jeunes frères, j’essaie de les encadrer et de les accompagner afin que nous puissions ensemble relever le défis de la souveraineté alimentaire dans la zone nord”, explique le natif de Ndioum.

Les performances de “SEFE Agrobusiness” ont valu à son promoteur d’être sélectionné parmi les dix champions nationaux lors de la première édition du Forum africain sur les systèmes alimentaires, organisée en septembre 2025.  “Cette distinction est une reconnaissance du travail accompli et une motivation supplémentaire pour poursuivre le développement de notre entreprise”, se réjouit-il.

Un projet tourné vers la création massive d’emplois

Mamadou Alpha Sy affiche désormais des ambitions de grande envergure.

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Au cours des cinq prochaines années, il espère porter les effectifs de son entreprise à près de 1 200 emplois directs et indirects, si les conditions de développement restent favorables.

Il se dit ouvert à tout partenariat susceptible d’accompagner l’expansion de son exploitation dans la zone nord, afin de créer davantage d’opportunités pour les jeunes et les femmes, et de contribuer à l’atteinte de la souveraineté alimentaire, tout en soutenant les couches vulnérables.

Le jeune agripreneur invite ses pairs à croire davantage aux opportunités qu’offre l’agriculture, une activité qu’il considère comme une véritable aubaine pour les entrepreneurs.  “Avec une petite superficie bien exploitée, un jeune peut nourrir sa famille, créer des emplois et contribuer à la souveraineté alimentaire du pays. La solution n’est pas forcément dans l’émigration. Elle est aussi ici, chez nous”, soutient-il.

À ses yeux, le département de Podor dispose de tous les atouts pour devenir un pôle majeur de production agricole. Il suffit, selon lui, de miser sur l’agriculture et de renforcer les fermes existantes pour réduire l’importation excessive des produits agroalimentaires.

“La souveraineté alimentaire est possible. Il suffit de croire en notre potentiel, de travailler avec méthode et de valoriser les ressources dont nous disposons”, conclut-il.

OG/ASB/BK/MTN