Cheikh Anta Diop, le chantre des langues africaines
Cheikh Anta Diop, le chantre des langues africaines

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Dakar, 6 fév (APS) – Historien, géographe, mathématicien, chimiste, physicien, égyptologue, philosophe humaniste, etc. Cheikh Anta Cheikh Anta Diop (1923-1987) était tout cela à la fois. On oublierait même d’ajouter linguiste à cette liste de spécialités non exhaustive. Un oubli impardonnable, d’autant que la linguistique a occupé une place centrale dans la production scientifique du savant sénégalais. Mieux, l’étude des langues africaines a constitué la pierre angulaire de l’œuvre du professeur Cheikh Anta Diop. 

Il naquit le 29 décembre 1923 à Ceytou, dans la région de Diourbel (centre). Ses années de lycée, il les passe à Dakar et à Saint-Louis et obtient, en 1945, un baccalauréat en Mathématiques et un autre en Philosophie. C’est durant ces années-là qu’il élabore un alphabet conçu pour transcrire toute langue africaine. 

Dans le même temps, il entreprend la rédaction d’une histoire du Sénégal. Considéré comme un des pères fondateurs du panafricanisme, Cheikh Anta Diop entame également ses premières réflexions qui, plus tard, déboucheront sur son projet de renaissance culturelle et d’indépendance de l’Afrique noire. Il se destine néanmoins à un métier scientifique qu’il appréhende comme un devoir vis-à-vis de l’humanité.

Son humanisme dépasse les frontières africaines pour embrasser le monde. C’est ainsi qu’il est invité, en août 1967, à Copenhague (Danemark), à un colloque sur le thème “Humanisme africain – Culture scandinave, un dialogue”.  

Auparavant, en juillet-août 1950, alors qu’il était revenu au Sénégal, il donne, à Dakar et Saint-Louis, plusieurs conférences dont la presse de l’époque se fait l’écho. Et les thèmes, “Un enseignement est-il possible en Afrique dans la langue maternelle ?”, “Nécessité et possibilité d’un enseignement dans la langue maternelle en Afrique”, portent, bien sûr, sur les langues africaines. 

Les conférences sur l’usage des langues africaines, Cheikh Anta Diop en a animé à foison. Preuve s’il en qu’il “défendait la problématique de la politique linguistique adaptée à nos réalités et à nos exigences de développement”, constatait l’universitaire Arame Fall Diop, traductrice du français au wolof de plusieurs ouvrages du savant sénégalais.

Que dire de la communication du savant sénégalais, le 28 avril 1984, faite à Thiès, dans le cadre de la Semaine culturelle de l’Ecole normale Germaine Legeoff de Rufisque, la première école de formation d’institutrices d’Afrique, et intitulée “Làaminu réew mi ak gëstu” (Langues nationale et recherche scientifique).

En portant leur choix sur Cheikh Anta Diop comme parrain de la 38e Semaine nationale de l’alphabétisation (8-14 septembre 2013), les autorités étatiques ne pouvaient choisir mieux. Le ministre de l’Education d’alors ne s’y était d’ailleurs pas trompé en déclarant : “Choisir un parrain de haute facture, un éminent fils du pays, du continent africain, un militant et pionnier des langues nationales et de l’alphabétisation, c’est redonner à l’alphabétisation sa véritable place”.

Trente-neuf ans après sa disparition, Cheikh Anta Diop continue d’inspirer les générations actuelles de chercheurs et d’écrivains dans les langues africaines. Son disciple, le Sénégalais Boubacar Boris Diop, avec notamment son roman “Doomi golo” (2003, éditions Papyrus) écrit en wolof, puis traduit plus tard en français sous le tire “Le petit de la guenon”, en est une parfaite illustration.   

ABB/BK