SENEGAL-SOCIETE-PROFIL
Dakar, 1er mai (APS) – Dans un univers syndical sénégalais dominé par des figures masculines, Ndèye Bakhaw Ndiongue s’est imposée comme une voix singulière, à la fois ferme et engagée. Native de Dagana (nord), elle a tracé sa voie au cœur des luttes sociales en portant une parole conjuguant revendications ouvrières et affirmation du leadership féminin.
À la Bourse du travail Madia Diop, haut lieu des mobilisations syndicales, à Dakar, son verbe direct et sans détour a marqué les esprits. Face aux licenciements jugés abusifs, la précarité de l’emploi et aux attentes pressantes des travailleurs, elle a défendu une ligne claire : celle d’un syndicalisme ancré dans les réalités du terrain, loin des compromis qu’elle assimilait à un ‘’syndicalisme de salon’’.
Son ascension dans le landerneau syndical remonte au début des années 2000, période charnière du mouvement syndical. À la faveur de la scission de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS) en 2002, elle s’impose progressivement comme une figure de proue de la CNTS/Force du changement authentique.
Dans un contexte de recomposition, elle se distingue par sa capacité à défendre les intérêts des travailleurs lors des négociations tripartites, affirmant déjà un style fait de rigueur et de constance.
Au-delà du combat social, Le parcours de Ndèye Bakhaw Diongue s’inscrit dans une dynamique plus large, celle de la conquête d’espaces de pouvoir par les femmes.
À la tête de la CNTS/FC-A, elle incarne un leadership féminin assumé, parfois contesté, mais rarement ignoré.
Elle n’hésite pas à dénoncer les résistances auxquelles elle fait face, y voyant l’expression de rapports de pouvoir encore défavorables aux femmes dans les sphères décisionnelles.
Son engagement dépasse ainsi la seule défense des travailleurs pour interroger la place des femmes dans le champ syndical et politique.
Entre combat social et batailles de légitimité
Une posture qui lui confère une dimension particulière dans un paysage en mutation, où les voix féminines peinent encore à s’imposer durablement.
Si son leadership s’est construit dans la défense des droits des travailleurs, il s’est aussi affirmé à travers des épreuves internes. Sa rivalité avec Cheikh Diop, à la tête de la CNTS/FC, illustre les tensions qui traversent le mouvement syndical.
L’issue judiciaire en sa faveur, consacrée par la Cour suprême, a renforcé sa légitimité tout en révélant les lignes de fracture persistantes.
Parallèlement, son passage à l’Assemblée nationale en 2007, sous la bannière de la coalition Sopi, à l’époque au pouvoir, lui a offert une tribune supplémentaire pour porter les préoccupations sociales.
Elle y a défendu des questions liées au droit du travail, à la protection sociale et au pouvoir d’achat, dans un contexte marqué par des inégalités croissantes.
Aujourd’hui encore, sa voix continue de porter une critique du dialogue social tel qu’il est pratiqué, qu’elle juge parfois insuffisamment inclusif.
Pour Ndèye Bakhaw Ndiongue, l’enjeu reste inchangé : replacer le travailleur au centre des politiques publiques, en repensant les mécanismes de concertation.
À travers son parcours, se dessine ainsi le portrait d’une actrice syndicale dont l’engagement dépasse les revendications classiques, pour s’inscrire dans une lutte plus large pour la reconnaissance, l’équité et la transformation des rapports de pouvoir.
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