Mamadou Diop Castro, syndicaliste de conviction
Mamadou Diop Castro, syndicaliste de conviction

SENEGAL-SOCIETE-PROFIL

Dakar, 1er mai (APS) – Dans l’histoire du syndicalisme sénégalais, peu de noms suscitent à la fois respect et controverses comme celui de Mamadou Diop Castro, 76 ans. Enseignant de formation, syndicaliste de conviction, il s’est imposé pendant plusieurs décennies comme l’une des figures majeures de la défense des droits des travailleurs, notamment dans le secteur de l’éducation.

Ancien secrétaire général de l’Union démocratique des enseignants (UDEN), Mamadou Diop Castro appartient à cette génération de militants pour qui l’engagement syndical relevait d’un véritable sacerdoce.

Son surnom Castro, inspiré du leader cubain Fidel Castro (1926-2016) n’est point anodin. Il révèle le caractère de cet homme nourri aux idées du gauche, pour qui la revendication sociale tient presque du devoir sacré.

Originaire de Kaolack (centre), il grandit dans un environnement où l’école occupe une place centrale. Ce qui forge très tôt son attachement à l’éducation et à la transmission du savoir.

Instituteur, puis inspecteur de l’éducation, Mamadou Diop Castro mène de front carrière professionnelle, engagement syndical et responsabilités familiales, dans un contexte souvent marqué par des tensions sociales et politiques. Discret sur sa vie privée, il est décrit par ses proches comme un homme rigoureux, attaché aux valeurs de discipline, de travail et de justice.

Très tôt, il choisit de porter la voix des enseignants dans un contexte marqué par des rapports souvent difficiles avec les pouvoirs publics. Son parcours est jalonné de mouvements de grève, de négociations et de prises de position tranchées. En 1991, il accède à la tête de l’UDEN, succédant à Mamadou Ndoye, dans un contexte jugé particulièrement délicat, selon lui.

‘’Les camarades disaient que c’était la fin de l’UDEN, car Ndoye, apparemment, était irremplaçable. Il en était l’incarnation, celle de la lutte, de l’innovation et de la pensée’’, a-t-il dit de son prédécesseur comme pour exprimer une satisfaction de son action syndicale.

‘’Esprit de sacrifice’’

Il dirigera ce syndicat enseignant près de vingt ans, imposant une ligne à la fois combative et structurée. Sous sa direction, l’UDEN ne s’est pas limitée aux revendications. Le syndicat initie également des projets sociaux, notamment des coopératives d’habitat, une mutuelle de santé et des actions en faveur de l’éducation à la paix.

‘’Le courage, l’engagement, la détermination, l’esprit de sacrifice… C’est tout cela qui est chanté’’, déclarait-il, résumant les valeurs qui ont guidé son action, souvent au prix de sanctions administratives et de tensions avec l’État.

Syndicaliste de terrain, il a privilégié une démarche progressive dans la lutte, fondée sur l’information, la sensibilisation et le dialogue, la grève devant rester, selon lui, une ‘’arme ultime’’. Pourtant, il n’hésitait pas à adopter un discours plus ferme face à certaines situations. ‘’Quand le mal est partout et l’autorité nulle part, la rue est le seul critère de revendication’’, affirmait-il.

Au-delà du secteur éducatif, il s’est également illustré par ses prises de position sur les grandes questions nationales, développant une lecture critique de la gouvernance et du fonctionnement des institutions.

Militant du parti politique, Ligue démocratique, élu député en 2001, il a tenté de concilier engagement politique et action syndicale, tout en revendiquant une autonomie claire du mouvement syndical, refusant toute forme de ‘’domestication’’ par le pouvoir.

Avec le recul, Mamadou Diop Castro porte un regard lucide sur l’évolution du syndicalisme, qu’il juge aujourd’hui fragilisé par la fragmentation, les interférences politiques et la perte de repères. Malgré cela, son parcours reste emblématique d’un syndicalisme de lutte, forgé dans l’adversité et guidé par la défense de l’intérêt collectif.

À l’occasion de la fête du Travail de ce 1er mai 2026, son itinéraire rappelle que les acquis sociaux sont souvent le fruit d’engagements constants. Mamadou Diop Castro demeure ainsi l’une des figures marquantes d’un syndicalisme de conviction, pour qui la défense des travailleurs n’a jamais été un simple discours, mais un combat de tous les instants.

TAB/ABB/HK