Acte 4 de la décentralisation : la réforme doit renforcer les capacités d’action des territoires (expert)
Acte 4 de la décentralisation : la réforme doit renforcer les capacités d’action des territoires (expert)

SENEGAL-COLLECTIVITES-GOUVERNANCE

‎Kaolack, 9 oct (APS) – La réforme de l’Acte 4 de la décentralisation doit permettre aux collectivités territoriales de disposer de moyens humains, financiers et techniques suffisants pour exercer pleinement leurs compétences et répondre aux besoins des populations, a préconisé l’expert en gouvernance locale et enseignant associé à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, El Hadji Serigne Mbaye.

“L’objectif fondamental est de passer d’une décentralisation de structure à une décentralisation de résultats”, a-t-il expliqué, soulignant que cette réforme actuellement en cours doit notamment corriger les limites de l’Acte 3 de la décentralisation, adopté en 2013.

‎Il s’entretenait avec un reporter de l’APS, en marge d’un atelier de renforcement de capacités des journalistes de la zone centre sur la gouvernance locale et la décentralisation.

‎‎Il a rappelé que l’Acte 4 de la décentralisation a consacré la communalisation intégrale et érigé le département en collectivité territoriale, mais la faiblesse des ressources et des compétences locales limite encore la capacité des collectivités à répondre aux attentes des citoyens.

Il ne s’agit donc plus de multiplier les collectivités territoriales, mais de leur donner les moyens d’agir efficacement, a indiqué ‎El Hadji Serigne Mbaye.

Dans cette perspective, il a insisté sur la nécessité de renforcer l’autonomie financière des collectivités territoriales, à travers des transferts de ressources plus prévisibles, une meilleure mobilisation des recettes propres et la modernisation du recouvrement fiscal.

‎‎Il a également évoqué le recours à des mécanismes de financement innovants, notamment les partenariats public-privé, les fonds de développement territorial et les partenariats avec la diaspora.

‎‎L’expert a par ailleurs plaidé pour une clarification des compétences entre l’État et les collectivités territoriales, afin d’éviter les chevauchements de responsabilités.

‎‎Il a notamment cité les secteurs de la santé et de l’éducation, où les collectivités peuvent construire des postes de santé et des salles de classe, tandis que le recrutement et la gestion du personnel relèvent de l’État.

‎‎”Pas de compétences sans ressources, pas de ressources sans redevabilité”, a-t-il résumé, estimant que tout transfert de compétences doit s’accompagner de moyens humains, financiers et techniques adéquats.

‎‎L’enseignant associé à l’Université Assane Seck de Ziguinchor a également souligné l’importance de la mise en place de pôles territoires pour favoriser la planification et le développement économique à une échelle plus large.

‎Ces espaces pourraient permettre de mutualiser les ressources nécessaires à la réalisation d’infrastructures structurantes, comme des abattoirs, des zones logistiques ou des unités de transformation, difficilement finançables par une seule commune ou un département, a-t-il indiqué.

‎‎Il a toutefois mis en garde contre plusieurs obstacles à la réussite de la réforme, notamment les résistances au transfert effectif des pouvoirs et des ressources, le déficit de compétences techniques dans certaines collectivités et les inégalités entre territoires.

‎Il a ainsi plaidé pour des mécanismes de péréquation permettant de mieux prendre en compte les disparités de ressources entre collectivités riches et communes rurales défavorisées.

‎Pour El Hadji Serigne Mbaye, la réussite de l’Acte 4 dépendra également de la formation des agents territoriaux, du renforcement de la fonction publique locale, de la transparence budgétaire et du contrôle citoyen.

‎Il a enfin insisté sur la nécessité d’un consensus politique et d’une appropriation de la réforme par les élus, les populations et les médias.

‎”L’Acte 4 ne doit pas seulement redessiner la carte administrative du Sénégal, il doit redonner aux territoires les moyens d’agir et aux citoyens le pouvoir de demander des comptes”, a-t-il conclu.

MS/BK