SENEGAL-COMMEMORATION-PROFIL
Dakar, 9 oct (APS) – Même si l’on comprend l’agacement de ceux qui, non sans raison, supportent mal l’expression “Premier Noir à…” accolée aux pionniers africains ou afro-descendants dans leur domaine d’activité, il reste difficile de résister à l’envie de l’utiliser.
S’agissant d’Abdoulaye Seck Marie Parsine (1873-1931), cette tentation est on ne peut plus irrésistible. Et pour cause ! En ce début du mois d’octobre, coïncidant avec la célébration de la Journée mondiale de la Poste, le 9 octobre, et la rentrée des classes, le 12, raconter la vie de cet homme relève d’une symbolique double. Car son parcours épouse justement ces deux univers : l’école et la poste.
Né à Saint-Louis (Ndar) vers 1873, Abdoulaye Seck Marie Parsine est cité comme le premier bachelier noir du Sénégal, titre qu’il décroche autour de 1889.
Cinq ans plus tard, en 1893, il devient le premier directeur d’école ‘’de couleur’’ du pays, comme on disait à l’époque. La même année, il est nommé directeur des Postes du Sénégal et de la Mauritanie, fonction qu’il occupera jusqu’en 1924.
Pour saisir ce que cette trajectoire a d’exceptionnel, il faut se souvenir du contexte. Nous sommes en période coloniale. Le Sénégal, avec Saint-Louis comme capitale de l’Afrique occidentale française (AOF), est en effet sous le joug de la France. Inutile de rappeler ce que toute colonisation charrie de discriminations et de ségrégation envers les populations autochtones. C’est pourtant dans ce décor qu’émerge Abdoulaye Seck Marie Parsine, comme une exception.
Si les sources historiques ne précisent pas son parcours scolaire qui l’a fait gravir les échelons, on peut néanmoins deviner qu’il fut brillant.
Entre cette fin du 19e siècle et le début du 20e, l’administration coloniale française, il appartient – au même titre que son contemporain Blaise Diagne (1872-1934), premier député d’origine africaine élu à la Chambre française en 1914 – à cette génération de hauts commis qui jettera les bases de la future administration du Sénégal indépendant.

A Saint-Louis, Abdoulaye Seck Marie Parsine est également connu pour sa lignée biologique. Il est le fils de Marie Parsine dont il porte également le nom pour mieux souligner son pedigree enviable. La dame, à l’instar de la Grande royale de L’Aventure ambiguë, jouit d’une grande influence et sa beauté ne laisse pas indifférent le maire d’alors de la ville, Jean-Jacques Crespin, qui s’entiche d’elle. Ils eurent un enfant naturel, François Crespin, qui prendra plus tard le nom de Farah après sa conversion à l’islam.
Méconnu du grand public, Abdoulaye Seck Marie Parsine n’en demeure pas moins une figure majeure de l’histoire intellectuelle du Sénégal. La Poste, dont il fut l’un des ‘’pères fondateurs’’, ne l’a toujours pas vraiment consacré — hormis quelques timbres à son effigie émis il y a des décennies. Sa ville natale, elle, lui a rendu hommage : la célèbre rue Brière-de-l’Isle porte désormais son nom.
En cette Journée mondiale de la Poste, revenir sur le destin de cet homme, mort en 1931 à l’âge de 58 ans, c’est rappeler la place singulière qu’il occupe dans l’histoire d’un service qui, à sa manière, a contribué à tisser des liens entre les peuples.
ABB/SMD

