Dakar, 26 jan (APS) – Le romancier sénégalais Abasse Ndione, décédé, jeudi et inhumé vendredi à Bargny sa ville natale, se définissait comme un ”écrivain réaliste’’ dont la plume ne s’intéressait qu’aux faits contemporains en analysant ”ce qui va et ce qui ne va pas”  dans son pays.

‘’Ce qui m’intéresse, c’est le Sénégal de maintenant, le Sénégal que je suis en train de vivre. J’analyse ce qui va et ce qui ne va pas et je soumets l’objet de mes réflexions à mes concitoyens, je suis un réaliste’’, disait-il dans un entretien accordé au journaliste Yvan Amar de Radio France internationale (RFI) en 2010 en marge de la 5ème biennale des littératures d’Afrique noire à Bordeau (France).

Il rappelait que son roman ‘’La vie en spirale’’ était inspiré d’un fait réel qui s’est passé dans son village à Bargny. Alors qu’il était président du foyer des jeunes de la localité, trois trafiquants de chanvre indien, membres de son association, sont arrêtés par la police nuitamment en août 1973.

‘’Sans le savoir, je me suis senti interpellé. (…) trois voire quatre mois après, ils sont libérés et le livre +La vie en spirale est né+’’, racontait le Rufisquois dont les œuvres se nourrissent entre autres de faits connus.

‘’La vie en spirale’’ sera publié par les Nouvelles éditions africaines (Neas) en 1984 et réédité par le Français ‘’Gallimard’’ en 1998.

Le roman ‘’Mbëkë mi à l’assaut des vagues de l’Atlantique’’ traite de l’émigration est publié en 2008 et adapté au cinéma par son compatriote Moussa Touré en 2012 avec le film ‘’La Pirogue’’.

Abass Ndione disait écrire ‘’un roman tout court’’, ni de suspens, ni policier, se défendait-il.  

‘’Mbëkë mi’’ décrit selon lui, l’histoire de jeunes sénégalais, voire africain qui viennent au bord de l’Atlantique pour prendre des pirogues et font 1500 kilomètres pour rejoindre l’eldorado qu’est l’Europe.

Abass Ndione, fils de pêcheur qui connaissait bien la mer pour l’avoir fréquenté et même la nuit a aussi fait des recherches et discuter avec des migrants refoulés pour écrire son livre.

Selon lui, les départs sont mûrement réfléchis, une décision prise par tous les membres de la famille.

L’auteur du roman ‘’Ramata’’ dont l’entrée en écriture est ‘’particulier’’, disait être infirmier parce qu’il a voulu devenir écrivain.

Diplômé de l’Ecole des infirmiers d’Etat après une formation de deux à la suite d’un concours réussi, il exerce en Casamance d’abord avant de revenir à l’hôpital Le Dantec de Dakar.

‘’Très tôt, dès que j’ai lu mon premier livre +Au pays bleue+ à l’âge de 10 ans en CE2, j’ai tout de suite eu en tête de raconter des histoires. (…) A partir de cet instant le virus m’a gagné et le virus ne m’a jamais quitté, j’ai voulu toujours écrire’’, confiait-il à l’animateur de l’émission ‘’La danse des mots’’.

Déterminé à devenir un écrivain en 1964 alors qu’il faisait la classe de troisième, Abass Ndione interpelle son professeur de littérature pour savoir les diplômes requis pour accéder à ce titre.

‘’Il m’avait alors dit que ce n’était pas une question de diplôme, mais de sensibilité, de culture et de maitrise de la langue avec laquelle on veut s’exprimer’’, indiquait-il.

Abass Ndione qui a écrit, à ses début dans la littérature, deux livres en wolof finalement déchirés, s’est mi à écrire en français avec sa femme institutrice comme première lectrice.

Celui qui voulait carrément se mettre à écrire en wolof, estimait avoir énormément de choses à dire en wolof sa langue natale qu’il ne pouvait pas dire en français.

Abass Ndione disait écrire lentement surtout la nuit car entouré de ses sept enfants de ses dix petits-enfants.

Il avait aussi affirmé qu’il ne pouvait être journaliste, parce qu’il ”me faut du recule, le fait immédiat, brutal ne m’intéresse pas”. ”C’est la conséquence du fait brutal qui m’intéresse’’, confiait-il.

FKS/OID

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