SENEGAL-AGRICULTURE-REPORTAGE
Matam, 23 sept (APS)-,Les faibles précipitations enregistrées cette année dans la région de Matam (nord) ont fortement affecté les activités agricoles, compromettant les récoltes et alimentant les inquiétudes sur la sécurité alimentaire.
À Mogo Tapsirou Balla, par exemple, une exploitation agricole d’environ 17 hectares se trouve particulièrement affectée par l’insuffisance des précipitations.
Habituellement consacrée à la production de mil, de gombo, de sorgho, de bissap et de niébé, elle pourrait enregistrer une forte baisse de rendement, voire une perte quasi totale de la production.
L’exploitation, appartenant au marabout Thierno Fall Seck de Mogo Tapsirou Balla, cité religieuse de la commune de Nabadji-Civol, constituait jusque-là une importante source d’approvisionnement pour plusieurs localités de la zone, tant en denrées alimentaires qu’en semences.
”Nous avons ici dix-sept hectares, dont deux hectares de niébé, où nous cultivons différentes spéculations céréalières consommées dans la zone. Mais le constat est sans appel cette année : il n’y aura pratiquement aucune récolte”, déplore le responsable de l’exploitation, Aliou Fall Seck.

Selon lui, cette exploitation contribuait non seulement à l’alimentation des familles de la localité, mais fournissait également des semences à de nombreux producteurs de la zone nord, notamment dans la région de Matam.
Le village de Mogo Tapsirou Balla est réputé pour être un grenier de semences pour de nombreux producteurs de la vallée du fleuve Sénégal et de la zone agrosylvopastorale.
À Dienga, le constat est similaire. Une autre exploitation d’environ 11 hectares est fortement affectée par le déficit hydrique.
La faiblesse des précipitations compromet sérieusement les cultures et accentue les inquiétudes des producteurs, dans une zone où l’agriculture occupe une place importante dans l’alimentation des populations.

“Actuellement, les semis s’assèchent à cause du déficit pluviométrique. Une telle situation”, déplore le chef du village de Dienga, Soulèye Niang, dans un entretien accordé au correspondant de l’APS.
Il indique qu’au cours des deux à trois derniers mois, aucune précipitation importante, dépassant 30 millimètres, n’a été enregistrée dans les périmètres agricoles de la zone. Cette situation a, selon lui, lourdement affecté les cultures.
Les producteurs ne peuvent que s’en remettre qu’à Dieu, étant donné que les périmètres agricoles de la zone dépendent grandement de la pluviométrie, selon le paysan.
Dans la plupart des zones de terres sèches et non inondables de la région, l’agriculture dépend essentiellement des pluies, ce qui rend la situation préoccupante.
Des producteurs contraints d’abandonner leurs champs
Dans la zone irriguée tout comme dans la zone agrosylvopastorale, nombreux sont les producteurs qui ont abandonné leurs périmètres agricoles après avoir perdu tout espoir de récolte.
Dans les localités de Koundel et de Nima, dans la vallée du fleuve Sénégal, plusieurs producteurs ont également été contraints d’abandonner leurs semis en raison du manque d’eau, selon Yaya Sarr, producteur de la zone.
”Dans ces deux villages de la vallée du fleuve, qui partagent des périmètres agricoles, des producteurs ont abandonné leurs champs après avoir entamé les semis, faute de pluie”, explique-t-il.

”Nous disposons de périmètres où nous cultivions différentes spéculations à chaque hivernage grâce à l’eau de pluie. Mais, avec la rareté des précipitations cette année, nombreux sont ceux qui ont dû abandonner leurs champs”, ajoute-t-il.
À l’échelle du village, seuls 26 hectares de riz seraient encore en production, malgré les difficultés liées à l’irrigation, qui repose notamment sur l’utilisation de motopompes.
Les producteurs doivent ainsi mobiliser des moyens supplémentaires pour maintenir les cultures encore en place et tenter de préserver les superficies exploitables.
Des craintes pour la sécurité alimentaire
Au-delà des pertes agricoles, le déficit pluviométrique fait craindre des répercussions sur l’alimentation des populations ainsi que sur les activités pastorales dans les zones concernées.
Certaines exploitations agricoles jouaient en effet un rôle de “pont alimentaire” entre les différentes périodes de production, en fournissant aux communautés locales des céréales, des légumineuses et des légumes.
La situation met ainsi en lumière la vulnérabilité des systèmes de production agricole face à l’irrégularité croissante des prélèvements dans cette partie du pays.

Face à ces difficultés, les producteurs sollicitent un accompagnement plus important, notamment pour l’accès à l’eau, mais aussi en matière d’équipements d’irrigation et d’intrants agricoles.
Cela permettrait de préserver les superficies encore exploitables et de limiter les conséquences du déficit pluviométrique sur les moyens de subsistance des populations et la sécurité alimentaire dans la région de Matam, selon les producteurs.
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