AFRIQUE-POLITIQUE-CRISE
Dakar, 27 avril 2026 (APS) – Le drapeau était en berne, lundi matin, à l’ambassade du Mali à Dakar, deux jours après les attaques coordonnées contre plusieurs villes de ce pays voisin du Sénégal, dans lesquelles le ministre d’Etat, ministre de la Défense et des Anciens combattants, le général Sadio Camara, a été tué, ce week-end.
Entre recueillement, prudence et espoir, les ressortissants maliens trouvés sur place suivent avec émotion la situation dans leur pays.
Il est un peu moins de 9 heures devant la représentation diplomatique, à Dakar, située sur la corniche ouest de la capitale sénégalaise, balayée par les brises de l’Atlantique.
Sous un ciel dégagé, l’air frais de ce début de matinée stimule dans la rue un frétillement contrastant avec le calme et l’atmosphère de recueillement prévalant au sein de la représentation diplomatique malienne.
Quelques motos sont en stationnement devant le portail de fer noir de la chancellerie, coincée entre la corniche et le quartier Fann. Des taxis déposent par moments des usagers venus pour des démarches administratives.
La façade ocre rosée de l’ambassade, inspirée du style soudano-sahélien, évoque un fragment de Bamako posé sur la côte dakaroise.
Les hommes en boubou, les femmes en tenue africaine, sacs à dos ou dossiers en main, des ressortissants maliens entrent et sortent discrètement de l’enceinte diplomatique.
Malgré le deuil national décrété au Mali pour deux jours à compter de ce lundi, le service continue. Come un mot d’ordre, il faut continuer à faire preuve de résilience.
Difficile malgré tout d’engager le moindre échange avec la plupart des personnes présentes sur les lieux.
Assis sur sa moto, lunettes bien ajustées et veste bleu ciel sur les épaules, un jeune Malien décline le micro. “Je préfère ne pas m’exprimer”, glisse-t-il.
Aux alentours de 9 heures 15 minutes, après plusieurs démarches, un agent du protocole de l’ambassade est joint. Il accepte d’accueillir le reporter de l’APS dans son petit bureau situé à l’entrée du bâtiment, après un appel du gardien posté au portail.
À l’intérieur, l’odeur des fleurs du jardin se mêle à la fraîcheur matinale. Juste à l’entrée, le drapeau tricolore malien (vert, jaune, rouge) est mis en berne.
Les photos officielles du président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, et de son homologue de la Transition malienne, Assimi Goïta, sont accrochées aux murs, à l’entrée.
Sur les façades blanches, quelques tableaux d’art représentent notamment la mosquée de Tombouctou et des scènes faisant référence à l’histoire du pays de Soundjata Keîta et de Kanka Moussa.
Accueillant mais mesuré, le responsable du protocole, assis dans un fauteuil roulant, indique qu'”aucune activité particulière n’est prévue” pour le moment au sein de la représentation diplomatique dans le cadre du deuil national observé au Mali.
À mesure que la matinée avance, la fraîcheur marine cède progressivement la place à la chaleur. Le soleil impose ses rayons, tandis que quelques visiteurs consultent leurs téléphones à l’extérieur de l’ambassade.

À la sortie de l’ambassade, Kanté Issiaka, vêtu d’un caftan blanc, dossiers en main, accepte de s’exprimer brièvement. D’un ton posé, il se dit attristé par les événements survenus dans son pays.
“La situation est maîtrisée au Mali”, affirme-t-il, avant de formuler des prières pour le défunt ministre d’Etat Sadio Camara, considéré comme le numéro deux de la junte.
“Nous prions Allah, le Clément, de l’accueillir en Son paradis, ainsi que tous ceux qui sont tombés avec lui. Nous souhaitons également une paix durable pour nos frères et sœurs”, ajoute-t-il.
Des groupes armés ont mené, samedi 25 avril 2026, des attaques coordonnées visant plusieurs localités au Mali, notamment Kati, Sévaré, Gao, Kidal et Bamako.
Dans un communiqué, les autorités de la Transition ont indiqué que “ces actes terroristes ont malheureusement fait 16 blessés, dont des civils et des militaires pris en charge par les structures médicales”, ajoutant que “ces offensives ont été maîtrisées”.
Kanouté Assimou, un autre ressortissant malien venu pour des démarches administratives, coiffé d’un béret exprime une opinion plus tranchée. “Ce sont les Occidentaux qui sont derrière ces manigances”, affirme-t-il.
Sac à dos noir sur les épaules et lunettes en main, le trentenaire, se disant animé par “un sentiment de patriotisme”, ajoute, la voix chargée d’émotion : “Dieu est grand, le Mali s’en sortira”. “Nous plaçons notre confiance en Allah et en les jeunes au pouvoir”, ajoute-t-il.
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