A Khandane, un infirmier face à un manque de personnel et de moyens dans une localité enclavée
A Khandane, un infirmier face à un manque de personnel et de moyens dans une localité enclavée

SENEGAL-SANTE-PARCOURS

Khandane (Tivaouane), 21 sept (APS) – Le quotidien de l’infirmier-chef de poste (ICP) de Khandane, un village de la commune de Koul, dans le département de Tivaouane, illustre les difficultés d’accès aux soins dans les zones enclavées. Assane Thiaw doit assurer de nombreuses tâches pour pallier le manque de personnel et de moyens logistiques dont souffre la structure sanitaire où il officie.

Il soigne, réfère, sensibilise, parcourt les 16 villages de la commune de Koul que polarise le poste de santé de Khandane, embarquant son matériel de consultations sur sa moto. Certaines de ces localités sont particulièrement enclavées.

Parfois, l’infirmier-chef de poste est contraint de prendre la route tout seul, pour rejoindre trois cases de santé situées à une dizaine de kilomètres du poste, où il consulte du matin au soir, avant de regagner sa base. Pendant ce temps, il laisse un vide derrière lui, faute d’assistant pour assurer la permanence.

“Nous avons besoin de tout ce qu’il faut à un poste de santé”, résume l’infirmier-chef de poste, insistant sur le manque de personnel, d’équipements et de moyens logistiques.

Quatre lits d’hospitalisation pour 16 villages

Le poste de santé ne dispose que de quatre lits et n’a pas d’ambulance. Les évacuations vers le centre de santé de Ngaye Mékhé, situé à une douzaine de kilomètres, se font à bord de voitures “clandos”, moyennant 5 000 francs CFA. Un montant qui n’est pas à la portée de certaines familles, surtout lorsqu’il faut se déplacer la nuit ou transporter des enfants et des personnes âgées.

A Khandane, un infirmier face à un manque de personnel et de moyens dans une localité enclavée

En cas d’urgence, le district sanitaire peut toutefois intervenir. L’ICP a par exemple pu alerter vers 4 heures du matin le médecin-chef pour évacuer une femme qui présentait une hémorragie après son accouchement. Le médecin-chef lui a demandé de ne pas hésiter à appeler, en cas d’urgence. Les moyens du district pourront alors être mobilisés.

Au-delà de ces interventions ponctuelles, les acteurs locaux souhaitent toutefois que le poste de santé de Khandane soit doté d’une ambulance.

L’éloignement de certaines localités reste un autre défi pour la prévention et le suivi des populations. Seuls cinq villages sont relativement proches du poste de santé. Les villages de Djamal et Nguer, concentrant une part importante de la population, restent difficiles d’accès. “Nous ne pouvons y aller qu’une fois par mois”, explique l’infirmier-chef de poste.

Pour améliorer les indicateurs de consultation prénatale (CPN) et de planification familiale (PF), qui demeurent faibles, le poste de santé organise des causeries, effectue des visites à domicile et s’appuie sur les relais communautaires, les “Bajenu Gox” (marraines de quartier) et les matrones.

L’ICP a ouvert un groupe WhatsApp regroupant les acteurs communautaires, afin de faciliter la communication et la coordination des interventions.

Le responsable sanitaire précise toutefois qu’aucun décès maternel n’a été enregistré jusqu’ici, insistant sur la nécessité de référer rapidement les cas dépassant les capacités du poste.  “Nous ne prenons pas de risques”, assure-t-il.

Malgré la présence d’une sage-femme et de compétences ayant contribué à améliorer la prise en charge, le poste privilégie l’évacuation, lorsqu’une complication obstétricale dépasse les capacités locales.

“Avant l’arrivée de la sage-femme, c’était compliqué pour moi, mais depuis qu’elle est venue, elle m’a vraiment boosté. Elle était essentielle”, témoigne l’ICP.

Cette sage-femme a été recrutée par le Projet d’autonomisation des femmes et du dividende démographique au Sahel (SWEDD + Sénégal), une initiative de l’Etat du Sénégal appuyée par la Banque mondiale.

Le poste de santé de Khandane, l’une des sept structures du district sanitaire de Mékhé bénéficiaires du projet, a reçu récemment une mission d’évaluation de la Banque mondiale, qui a mis en évidence une augmentation du nombre d’accouchements assistés par des agents qualifiés et des consultations prénatales, grâce à la contribution des sages-femmes qu’il a recrutées, selon le médecin-chef du district sanitaire de Mékhé, le docteur Ibrahima Sokhna.

“Un agent très brave et consciencieux”

Le maire de Koul, Modou Fall, reconnaît les difficultés auxquelles l’infirmier-chef de poste est confronté et tient à saluer son engagement. “M. Thiaw, l’ICP du poste de santé de Khandane, est très brave et consciencieux. Je ne cesse de saluer sa détermination”, témoigne-t-il.

Pour M. Fall, les contraintes auxquelles fait face le poste de Khandane, s’inscrivent dans une problématique plus large à l’échelle de la commune.

“La commune compte 105 villages et les besoins sont très nombreux”, fait-il observer, évoquant les nombreuses sollicitations adressées quotidiennement à la municipalité.  “Tout le monde pense que le maire peut régler les problèmes d’un coup de baguette magique. Il ne se passe pas un seul jour où le maire n’est pas sollicité”, relève-t-il.

La commune fournit des médicaments au poste, mais peine à appuyer le recrutement de personnel supplémentaire, qui constitue une charge trop lourde pour la municipalité, qui dispose de ressources limitées.

Le comité de développement sanitaire (CDS) supporte la rémunération d’un agent à hauteur de 150.000 francs CFA par mois, un effort que ses responsables jugent difficile à maintenir dans la durée.

À Khandane, la question dépasse les seules conditions de travail d’un agent. Elle touche directement à la capacité du poste à assurer une présence sanitaire régulière auprès de populations réparties dans 16 villages, dont plusieurs sont éloignés et difficiles d’accès.

L’ICP de Khandane ne demande qu’à disposer de moyens, pour remplir correctement sa mission, au profit  de milliers de personnes dispersées dans cette vaste commune. Comme les acteurs municipaux, il estime que le renforcement du personnel, l’amélioration des équipements et la disponibilité d’un moyen d’évacuation adapté apparaissent comme des leviers importants pour consolider les progrès enregistrés et rapprocher davantage les soins des populations.

Il dit souhaiter pouvoir échanger directement avec la direction des ressources humaines, afin d’exposer les besoins spécifiques du poste.

En attendant d’y arriver, il poursuit son train-train quotidien. Entre les consultations au poste, les déplacements vers les cases de santé, les évacuations d’urgence, la sensibilisation et la coordination avec les acteurs communautaires, Assane Thiaw est souvent écartelé entre plusieurs sollicitations à la fois.

MKB/ADI/ASB/ABB/BK