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Dakar, 24 août (APS) -Troisième zawiya édifiée par El Hadji Malick Sy (1855-1922), après celles de Saint-Louis et de Tivaouane, cet édifice religieux fondé il y a 121 ans en plein centre-ville dakarois et en pleine domination coloniale, occupe une place particulière dans l’œuvre de l’un des plus célèbres propagateurs de la Tariqa Tijaniyya, une voie soufie orthodoxe au Sénégal et en Afrique noire.
“La zawiya de Dakar est symbolique dans l’œuvre d’El Hadji Malick Sy. Le site appartenait à la communauté léboue avec laquelle il entretenait une relation particulière’’, explique Mansour Diagne, membre de la commission “Duruus Malikia’’ du Comité d’organisation au service de Khalifa Ababacar Sy (COSKAS), dans un entretien accordé à l’APS.
Nous sommes en 1905. Le Sénégal est sous administration coloniale française et Dakar est la capitale de l’Afrique occidentale française (AOF) depuis trois ans. Selon Mansour Diagne, le pouvoir colonial avait laissé au saint homme le choix de l’emplacement de la zawiya, mais El Hadji Malick Sy avait préféré s’adresser aux Lébous, considérés comme propriétaires des terres à Dakar.
Il achète ainsi auprès d’eux le site qui abritera la zawiya Tijaniyya, par l’entremise du guide religieux de la famille Omarienne, Thierno Seydou Nourou Tall (1862-1980), et d’El Hadji Mbaye Guèye, raconte-t-il. Le choix du Plateau répondait, selon lui, à une vision stratégique d’El Hadj Malick Sy surnommé affectueusement Maodo.
“El Hadji Malick Sy savait que Dakar Plateau allait être un lieu stratégique’’, affirme d’ailleurs El Hadji Pèdre Diop, fils de l’imam ratib de la zawiya, dans un reportage de l’APS TV daté d’août 2025, consacré à cet édifice plus que centenaire.
Dakar avait été désignée capitale de l’AOF par un décret du 1er octobre 1902, qui transférait le siège du gouvernement général de Saint-Louis à la presqu’île du Cap-Vert.
La ville connaissait alors une profonde transformation, avec l’implantation progressive des principaux édifices administratifs et religieux au Plateau, le quartier des affaires, aujourd’hui siège du gouvernement du Sénégal indépendant, du palais de la République ainsi que de plusieurs institutions publiques et internationales.
Le palais du gouvernement général sera ainsi inauguré le 28 juin 1907. La cathédrale du Souvenir africain, dont la première pierre est posée en novembre 1923, sera ouverte au culte en 1929.
“El Hadj Malick avait cette clairvoyance de fonder une zawiya au cœur de l’ancienne capitale de l’AOF’’, souligne Mansour Diagne, estimant que cette implantation devait contribuer à “faire rayonner l’islam’’ dans une ville appelée à devenir le centre névralgique de la fédération.

D’une case à un édifice en dur
Dans le reportage de l’APS TV, El Hadji Pèdre Diop revient également sur les différentes étapes de construction de la zawiya.
D’une simple case en 1905, elle devient une baraque en bois en 1909, avant de laisser place à un bâtiment en dur en 1927.
“C’est en 1975 que, par l’aide de Dieu, [le milliardaire] El Hadji Djily Mbaye l’a transformé en un grand bâtiment’’, rappelle Mansour Diagne, précisant que les travaux avaient été réalisés en accord avec El Hadji Seydou Diop, l’imam de l’époque, et avec l’autorisation d’El Hadji Abdoul Aziz Sy Dabakh (1904-1997), alors khalife général des tidianes.
La zawiya est, par vocation, “un lieu de culte et de retraite spirituelle’’, rappelle El Hadji Pèdre Diop. El Hadji Malick Sy y séjournait régulièrement entre 1905 et 1922, année de son rappel à Dieu, selon l’actuel imam ratib, El Hadji Ousmane Diop, dans le reportage de l’APS TV.
Ses transformations successives, notamment au début du XXe siècle, en ont fait l’un des édifices majeurs du paysage religieux et architectural du Plateau.
Au fil des ans, la zawiya a connu plusieurs métamorphoses, gardant toutefois ses influences inspirées des nord-africains.

Un lieu de culte, d’enseignement et de rassemblement
À la différence d’une mosquée classique, la zawiya El Hadj Malick Sy, à Dakar, remplissait plusieurs fonctions, rappelle Mansour Diagne. Elle servait à la fois de lieu de prière, d’enseignement, de réunion et d’accueil.
“Elle était un point stratégique’’, souligne-t-il, expliquant qu’El Hadji Malick Sy y trouvait un cadre propice à l’enseignement, à la formation et au rassemblement des fidèles.
Cette vocation s’est maintenue après la disparition du fondateur le 27 juin 1922, à l’âge de 67 ans. Serigne Babacar Sy (1885-1957), premier khalife général des tidianes, partageait notamment son temps entre Dakar et Tivaouane, à raison de six mois dans chacune des deux villes, et passait régulièrement à la zawiya placée sous sa tutelle .
Cet édifice religieux fondé par son père a également été un cadre privilégié pour les enseignements et de sermons inoubliables de plusieurs khalifes. Les Sénégalais ont en mémoire les interventions radiodiffusées d’El Hadji Abdoul Aziz Sy Dabakh , à des moments cruciaux de la vie de la nation.
Actuellement en reconstruction, la zawiya El Hadj Malick Sy de Dakar n’abrite plus les activités religieuses qui s’y tenaient habituellement. Celles-ci se poursuivent à la mosquée de la rue Moussé Diop, ex-Blanchot, où les fidèles tidianes poursuivent leur dévotion en attenant la fin des travaux.
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