SENEGAL-HISTOIRE-PATRIMOINE-SOCIETE
Dakar, 24 fév (APS) – La Révolution du Fouta-Toro de 1776-sous la conduite de Ceerno Sileymaani Baal-doit être comprise non comme une simple commémoration patrimoniale, mais comme l’expression d’une ”pensée politique révolutionnaire” appelée à éclairer l’action publique contemporaine, a soutenu, mardi, le professeur Ibrahima Silla, enseignant-chercheur en Science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.
Prononçant la leçon inaugurale à l’occasion du lancement officiel des activités du 250e anniversaire de cet événement historique, organisé à la Place du Souvenir africain, l’universitaire a insisté sur la dimension intellectuelle, éthique et scientifique de la célébration.
”Nous ne célébrons pas seulement un événement ni uniquement un personnage. Nous célébrons surtout une pensée politique révolutionnaire”, a-t-il affirmé, soulignant que l’enjeu dépasse l’inauguration d’un monument pour relever d’un travail de mise en sens et de transmission.
Selon lui, la Révolution du Fouta-Tooro appelée aussi révolution Toorodo constitue un ”laboratoire politique exceptionnel” dont les enseignements restent d’une ”étonnante actualité”, notamment en matière de gouvernance, de responsabilité et de justice sociale.
Le professeur Silla a relevé que les recommandations de Ceerno Sileymaani Baal, leader de cette révolution, posaient déjà des questions fondamentales sur la légitimité du pouvoir, les qualités morales du dirigeant, la distinction entre responsabilité publique et intérêts privés, ou encore la participation citoyenne.
”Qui doit gouverner ? Comment exercer le pouvoir ? Qu’est-ce qui est juste pour la collectivité ?”, s’est-il interrogé, estimant que ces préoccupations traduisent ”une conception exigeante et éthique de la politique”.
Pour l’enseignant-chercheur en Science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, la révolution de 1776 fut ”profondément démocratique”, inspirée par une quête de justice et un idéal d’égalité, laquelle ”ne saurait être réduite à une lecture religieuse étroite, mais doit être appréhendée comme une réforme politique portée par des savants soucieux de transformation sociale”.
Il a préconisé une approche scientifique et analytique de cet héritage, invitant les sciences sociales à réévaluer la place de cette séquence historique dans l’histoire des idées politiques en Afrique.
”La politique est d’abord idée et pensée avant d’être conquête et exercice du pouvoir”, a-t-il affirmé, exhortant à dépasser ”l’adoration de la pierre” pour privilégier ”l’appropriation des principes gravés sur les stèles inaugurées”.
Aux fins de son analyse, la commémoration engage une responsabilité mémorielle tournée vers l’avenir. ”Un peuple sans mémoire n’est pas un peuple libre”, a-t-il rappelé, estimant que l’histoire doit servir de ”boussole” dans un contexte marqué par ”les crises contemporaines du politique”.
Le professeur Silla a toutefois invité l’Etat et les institutions académiques à intégrer davantage cette histoire dans les programmes d’enseignement, afin de ”réhabiliter une tradition politique endogène souvent marginalisée”.
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