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Dakar, 23 mars (APS) – La juriste sénégalaise Fatou Kiné Camara a souligné la nécessité de développer, à travers la recherche, un droit africain enraciné dans les valeurs et traditions du continent, notamment en valorisant ses langues.
“Je suis juriste, et je me rends compte qu’on avait un droit qui n’a rien à voir avec le droit qu’on nous a imposé depuis la colonisation. On avait en Afrique un droit humaniste, qui reposait sur l’équité, qui nous avait apporté paix et harmonie”, a-t-elle indiqué dans un entretien avec l’APS.
Selon Fatou Kiné Camara, présidente de l’Association culturelle pour la renaissance africaine (ACRA), il n’est pas possible de “réfléchir de manière endogène dans la langue de l’autre”.
“On a longtemps voulu nous faire croire que nous étions des sauvages. Or, la langue revêt une importance capitale, car elle porte en elle toutes nos institutions et nos valeurs“, a fait valoir l’enseignante à la faculté des Sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
Le droit en vigueur avant l’arrivée du colonisateur “n’a rien à voir avec celui imposé [au continent par la suite]”, a fait observer la juriste, se réjouissant des travaux conduits par de nombreux spécialistes pour faire connaître davantage les réflexions endogènes.
Sur la base de ses propres recherches sur la tradition africaine, elle veut contribuer, en cas de réforme, à fonder “un droit qui soit vraiment africain, qui se fonde sur les valeurs africaines”, du droit constitutionnel à celui de la famille, sans oublier le droit pénal.
Elle considère en outre qu’il n’est pas possible de connaître les traditions africaines sans maîtriser et parler les langues africaines.
“Tous ces gens-là qui viennent nous parler de l’Afrique, sans au moins parler ne peuvent prétendre nous expliquer notre propre continent. Tant que nous ne maîtrisons pas notre propre langue, nous ne pouvons pas savoir qui nous sommes. Et si nous ne savons pas qui nous sommes, nous ne pourrons jamais aller jusqu’au bout du savoir”, soutient la docteure en droit, avant d’appeler à “inverser la tendance actuelle” en mettant en avant les langues africaines.
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