SENEGAL-MEDIAS-GENRE
Dakar, 13 fév (APS) – L’universitaire Fatoumata Bernadette Sonko a fait état d’une “féminisation par le bas” qui entrave l’éclosion d’un leadership féminin dans les médias, reconnaissant tout de même qu’une évolution est en train de s’opérer dans ce domaine.
“C’est vrai qu’il y a une évolution qui s’opère, il y a de plus en plus de femmes dans les rédactions, mais c’est une féminisation par le bas. Plus on monte, moins il y a de femmes”, a fait observer l’enseignante-chercheure au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI), l’école de journaliste de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
Mme Sonko animait un panel sur le thème “Quelles sont les contraintes liées au métier de femme journaliste et pourquoi peinent-elles encore à accéder à des postes de décision dans les médias ?”, jeudi, en marge du lancement de l’Association des femmes des médias publics.
L’enseignante-chercheure a fait le constat que dans les médias, il y a moins de reconnaissance des compétences des femmes, ce qui reste à ses yeux “problématique”.
Elle a évoqué une étude menée durant cinq ans sur les médias classiques (radio, télévision, presse écrite), dont les résultats ont été publiés dans un livre intitulé “Femmes sous silence : une fabrique du patriarcat”.
Selon Fatoumata Bernadette Sonko, ce travail a permis de découvrir qu’il n’y avait pas de traces des femmes journalistes alors qu’il y avait des femmes pionnières en journalisme.
“On s’est rendu compte que si on parle du silence médiatique des femmes, ça va au-delà des médias […] Ce que nous voyons dans les médias, ce n’est que le reflet, en partie, de la configuration sociale”, a-t-elle avancé.
Fatoumata Bernadette Sonko a également pointé “le manque de participation cognitive des femmes dans les émissions interactives à la radio”, estimant que la socialisation et le parcours des femmes constituent des obstacles pour leur épanouissement socio-professionnel.
L’enseignante soutient que les femmes sont peu préparées au leadership dans l’espace public. La société les prépare plutôt “à réussir leur vie conjugale”, dans une société valorisant “plus le masculin que le féminin”.
Elle considère que c’est donc une “utopie” de penser qu’avec les médias, les “stéréotypes” ancrés dans l’imaginaire social peuvent être déconstruits.
De même, Mme Sonko souligne que beaucoup de défis se posent aux femmes journalistes dans leurs pratiques. “Sur le plan de la maternité par exemple, les femmes sont beaucoup plus pénalisées que les hommes. La paternité n’est pas affectée”, signale-t-elle.
Malgré toutes ces contraintes, elle estime que les femmes doivent postuler à des postes qui leur reviennent de droit de par leurs compétences, tout en déplorant l’attitude de certaines femmes consistant à vouloir avoir des horaires compatibles avec la vie familiale.
Le directeur général du quotidien national Le Soleil, Lamine Niang, est d’avis qu’il y a beaucoup de stéréotypes qu’il faut “casser à la base”, invitant à “pousser les filles à aller le plus loin possible dans les études et, plus tard, montrer qu’elles sont capables de faire le travail qu’on leur a confié”.
“On doit aller vers une discrimination positive à leur endroit parce que, justement, elles sont minoritaires” dans les sphères de responsabilité, a-t-il plaidé.
Il estime que “c’est un problème sociétal sur lequel il faut réfléchir de façon globale”, appelant à un “changement de Mindset (état d’esprit)”.
Lamine Niang a réaffirmé sa volonté d’accompagner l’Association des femmes des médias publics dans cette initiative comme dans d’autres.
Le directeur général de la Société nationale de l’Agence de presse sénégalaise (SN-APS), Momar Diong, a quant lui salué le “rôle fondamental” des femmes qui sont des “vecteurs de transformation”.
Il considère que les femmes peuvent contribuer à renforcer “la cohésion et la collaboration entre les différents services publics de l’information”.
FD/HK/ADL/BK

