Une chercheuse souligne les résistances structurelles et culturelles à l’intégration des femmes dans les forces de défense et de sécurité
Une chercheuse souligne les résistances structurelles et culturelles à l’intégration des femmes dans les forces de défense et de sécurité

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Dakar, 5 juin (APS) – L’intégration des femmes dans les forces de défense et de sécurité sénégalaises progresse, mais demeure confrontée à des résistances structurelles et culturelles héritées d’un environnement historiquement masculin, a déclaré la sociologue Selly Ba, coauteure de l’ouvrage collectif “Les femmes dans les forces de défense et de sécurité au Sénégal : une intégration mitigée”.

Publié dans le cadre d’une série d’ouvrages du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), ce livre collectif a été publié en 2026, sous la direction de Selly Ba, docteure en sociologie, spécialiste des questions de genre, de religion, de sécurité et de migration.

El Hadji Malick Sy Camara, socio-anthropologue et enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, et Ousmane Ba, enseignant-chercheur à l’Institut national supérieur de l’éducation populaire et du Sport (INSEPS), ont également contribué à cet ouvrage.

Dans un entretien accordé à l’APS, Mme Ba explique que l’admission des femmes dans les rangs des forces de défense et de sécurité (FDS) est relativement récente au Sénégal. Si la police a accueilli des femmes avant les années 1980, la santé militaire à partir de 1984, le recrutement féminin dans les forces armées n’a véritablement commencé qu’en 2006.

Selon la sociologue, cette évolution résulte à la fois des revendications portées par les organisations de femmes, des engagements internationaux de l’État du Sénégal et d’une volonté politique affirmée des autorités de l’époque.

Les Forces armées sénégalaises ont amorcé, à partir de 2006, un recrutement plus large avec l’admission de jeunes filles à l’école de la Gendarmerie, puis dans les centres d’instruction militaire”, a-t-elle indiqué.

La chercheuse relève toutefois que les objectifs initiaux de féminisation des effectifs ont été freinés par des contraintes matérielles, notamment l’insuffisance des infrastructures destinées à accueillir le personnel féminin.

Les représentations du métier militaire influencées par le système social patriarcal 

Elle signale également la persistance de résistances liées à un système social patriarcal, qui continue d’influencer les représentations du métier militaire.

“Les traditions et les normes qui organisent les forces de défense et de sécurité reposent historiquement sur une vision masculine valorisant la force physique, l’endurance et des qualités longtemps associées aux hommes”, soutient-elle.

Cette perception alimente encore des interrogations sur la place des femmes dans le cadre de certaines missions opérationnelles, même si les mutations technologiques et les nouveaux enjeux sécuritaires tendent à relativiser le critère de la seule force physique.

Malgré ces obstacles, Selly Ba estime que des avancées importantes ont été enregistrées ces dernières années.

Elle cite notamment l’amélioration du cadre réglementaire régissant les droits des militaires, la prise en compte du genre dans la conception des uniformes et équipements, ainsi que la création de structures dédiées aux questions de genre au sein de l’armée, de la gendarmerie et de la police.

Évolution progressive des mentalités

La mise en place de crèches dans plusieurs emprises militaires, notamment au camp Dial Diop, au sein de l’armée de l’air et à l’hôpital militaire de Ouakam, à Dakar, constitue également, selon elle, une mesure favorable à la conciliation de la vie professionnelle et des responsabilités familiales.

“Ces initiatives traduisent une réelle volonté politique, même si l’égalité effective entre les femmes et les hommes reste encore un objectif à atteindre”, relève la sociologue.

Les résultats de la recherche mettent également en lumière les contributions spécifiques des femmes aux missions de défense et de sécurité, selon Mme Ba.

Le niveau de qualification relativement élevé des femmes incorporées dans les FDS a contribué à renforcer les ressources humaines de certains corps, note-t-elle, soulignant qu’une majorité de femmes recrutées disposent d’un niveau d’enseignement secondaire ou supérieur.

La sociologue fait également observer leur rôle dans l’accueil et l’accompagnement des victimes de violences sexuelles.

“Avec l’arrivée des femmes dans les services, les victimes de viol bénéficient d’une meilleure prise en charge grâce à une écoute plus adaptée”, fait remarquer la militante des droits des femmes.

De plus, ajoute-t-elle, les femmes jouent un rôle important dans les activités de renseignement, les opérations de maintien de la paix et les missions nécessitant des fouilles de personnel féminin.

Interrogée sur les rapports sociaux de genre au sein des institutions sécuritaires, Selly Ba fait observer que les femmes évoluent encore dans un environnement largement conçu pour les hommes, aussi bien sur le plan des infrastructures que des équipements ou des procédures.

Cependant, elle dit noter une évolution progressive des mentalités. “Les femmes sont de plus en plus reconnues comme des professionnelles compétentes capables d’assumer des responsabilités importantes dans les différents corps”, conclut la chercheuse.

BAB/ABB/BK