SENEGAL-SOCIETE
Bambey, 22 avr (APS) – L’universitaire et juriste sénégalais Alioune Badara Fall, enseignant à l’Université de Bordeaux, en France, a appelé, mercredi, à une réflexion collective pour repenser la notion de personnalité juridique en Afrique, en tenant compte des réalités sociales du continent.
Les sociétés africaines “ont longtemps importé un droit qui n’est pas issu de leurs traditions”, alors que le droit ne peut être pleinement efficace que lorsqu’il est produit par la société à laquelle il s’applique, a-t-il soutenu.
Il prononçait la leçon inaugurale d’un colloque international organisé par le département d’ingénierie juridique de l’Université Alioune Diop de Bambey (UADB), sur le thème “Personnalité juridique : repenser le droit ?”, de concert avec le Groupe de recherche en sciences juridiques et politiques (GRSJP).
La cérémonie d’ouverture du colloque s’est déroulée en présence du recteur de l’UADB, professeur Ibrahima Faye, de son secrétaire général, et des professeurs de droit venus diverses universités du pays.
Alioune Badara Fall a mis l’accent sur la notion de personnalité juridique, “un concept central du droit qui permet à une entité d’être titulaire de droits et d’obligations. Introduite dans les sociétés africaines, cette notion s’inscrit dans une logique propre au droit occidental”, a-t-il expliqué.

D’après lui, ce modèle repose notamment sur une approche individualiste, une spécialisation des domaines et une valorisation des principes de liberté et de responsabilité.
La transposition de ces éléments dans les sociétés africaines peut occulter des réalités importantes telles que les chefferies traditionnelles, les familles ou les communautés, a-t-il souligné.
Sur la base de ce constat, Alioune Badara Fall a plaidé pour une redéfinition de ces concepts, en vue de prendre en compte les dimensions sociales, politiques et administratives propres de cette problématique sur le continent.
Il a également évoqué la possibilité d’étendre la personnalité juridique à certaines entités non humaines, comme les éléments naturels ou les animaux.
”Il est essentiel que nous commencions à réfléchir sur nous-mêmes et à valoriser toutes les ressources que nous possédons, mais qui restent encore trop souvent ignorées”, a-t-il déclaré.

Pour la professeure Zeynab Kane, cheffe du département ingénierie juridique de l’UADB, la notion de personnalité juridique peut jouer un rôle déterminant, notamment dans un contexte comme celui du Baol, où persistent des défis importants liés à l’état civil, à l’état des personnes et à diverses autres problématiques sociales et administratives.
Selon Mme Kane, repenser le droit, c’est avant tout repenser la cohésion nationale et les rapports au sein de la société. “C’est, pour nous, une opportunité de questionner en profondeur ces différentes problématiques afin d’adapter le droit aux réalités vécues”, a-t-elle indiqué.
Il s’agit, a-t-elle souligné, de mettre en place une codification qui reflétant “nos valeurs, nos croyances et nos normes”.
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