Un universitaire appelle à célébrer les séquences glorieuses de l’histoire du pays
Un universitaire appelle à célébrer les séquences glorieuses de l’histoire du pays

SENEGAL-PATRIMOINE-COMMEMORATION

 Dakar, 4 fév (APS) – L’enseignant-chercheur à l’université Gaston-Berger (UGB) de Saint-Louis (nord), Mamadou Youri Sall, appelle à célébrer les évènements centenaires de la nation sénégalaise, avec l’ambition de mettre en exergue les séquences glorieuses de l’histoire du pays.  

A l’image du 250e anniversaire de la révolution du Fuuta Tooro, “il est temps qu’on célèbre nos événements centenaires, pour que les autres sachent qu’il y a 200 ans, 300 ans, nous étions là, comme eux, nous avons fait ce qu’ils ont fait, bien mieux même”, a-t-il plaidé dans un entretien accordé à l’APS.

L’universitaire, membre du Comité mémoriel de la révolution du Fuuta-Tooro (COMREF), justifie ainsi le besoin de commémorer le 250e anniversaire de la révolution du Fuuta Tooro, qui sera célébrée cette année dans plusieurs villes du Sénégal.

Le COMREF a annoncé, mardi, le lancement, à Dakar, des activités de cette commémoration le 24 février prochain à la Place du Souvenir africain.

M. Sall a déploré toutefois le fait que la Traite négrière (le commerce des esclaves par des puissances occidentales du 15e au 19e siècle) et la Traite transsaharienne (commerce d’esclaves noirs à travers la région du Sahara) bénéficient d’un plus grand intérêt, y compris même chez les historiens et chercheurs.

“Il est temps que l’on célèbre les séquences glorieuses de notre histoire. Comme ça, demain, personne ne viendra nous dire : ‘vous n’êtes pas entrés dans l’histoire”‘, a-t-il martelé, en allusion aux propos contenus dans le célèbre discours de Dakar prononcé de l’ancien président français Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007.

 Le “drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire”, déclarait M. Sarkozy dans ce discours controversé prononcé à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007.

Mamadou Youri Sall affirme que “pour les Occidentaux, l’histoire glorieuse c’est le XVIIIe siècle, une époque où nous [les Africains] étions présents en ce moment-là. Nous avons fait notre révolution, nous avions voulu changer notre société et avoir des valeurs de liberté, de souveraineté en ce moment-là comme eux”.

Il regrette que cette séquence historique soit “marginalisée, méconnue, mal exploitée”.

Pour combler ce vide, l’enseignant-chercheur en mathématique et informatique à l’UGB a écrit plusieurs publications relatives à l’histoire de l’érudition en Afrique de l’Ouest, notamment l’ouvrage intitulé “La révolution du Fuuta-Tooro, Almaami Abdul Qaadiri Kan (1776-1806”, publié en mars 2025.

Ce livre revient sur l’héritage de “Almaami Abdul”, l’une des figures marquantes de ce mouvement de réforme islamique visant à établir un État théocratique, fondé sur les principes de la charia et mettant fin à la pratique de l’esclavage.

M. Sall avait déjà publié, en 2017, son premier ouvrage intitulé “Cernoo Sileymaani Baal : le leader de la révolution du Fuuta Tooro (1765-1776)”, qui revisite la vie et l’œuvre du marabout et fin politique Ceerno Sileymaani Baal, l’une des figures les plus marquantes de l’Afrique du 18e siècle.

La révolution qu’il a dirigée est la source des plus importants changements sociaux et politiques en Afrique de l’Ouest, selon Mamadou Youri Sall, qui dirige le Centre de recherche sur le patrimoine intellectuel africain dénommé “Baajoordo”.

A l’en croire, une énigme demeure, celle de savoir comment Cernoo Sileymaani Baal, le leader de la révolution du Fuuta Tooro, entouré à cette époque par des dynasties, a eu l’idée de ses huit célèbres recommandations dont celle de bannir la dynastie qui ne doit pas être héréditaire.

“Il dit qu’il faut choisir quelqu’un d’abord de compétent, de vertueux, vertueux au sens de tout, quelqu’un qui est désintéressé des biens matériels de ce monde et qui n’essaie pas d’amasser tous les biens pour lui ou sa descendance. Et là, on le verra, quand on l’a désigné comme Almamy, il a dit non. (…) Maintenant, pourquoi il a eu ces idées-là, cette vision-là, c’est cela qui a étonné les gens”, explique-t-il.

Et M. Sall d’ajouter : “Imaginez quelqu’un qui détruit un pouvoir, c’est un coup d’Etat, et qui dit : ‘Non, je ne veux pas être chef d’Etat’. Jusqu’à maintenant, on a du mal à y croire. C’est cela la vision de la révolution du Fuuta Tooro”, a-t-il fait savoir.

FKS/HB/HK/BK