SENEGAL-ALLEMAGNE-CINEMA
Dakar, 6 mai (APS) – Le documentaire ”Germaine Acogny, l’essence de la danse” de la réalisatrice allemande Greta-Marie Becker propose une plongée dans l’univers de la chorégraphe et danseuse sénégalaise d’origine béninoise de 81 ans, Germaine Acogny, considérée comme “la mère de la danse africaine contemporaine”.
Ce “doc portrait” de plus d’une heure, sorti en juillet 2025, après quatre années de travail, a été présenté en avant-première, mardi soir, à l’Institut français de Dakar.
Le film de Greta-Marie Becker fait voyager le public à l’Ecole des sables de Toubab Dialaw, localité située à cinquante kilomètres de Dakar, où la danseuse transmet au quotidien son art, mais aussi affirme son engagement pour une création artistique africaine libre.
Il revient sur la vie artistique de la célèbre chorégraphe, par le biais d’un va-et-vient incessant entre son passé et son présent, procédé permettant de mieux faire ressortir les futurs possibles, tout en mettant en exergue la reconnaissance de son art à travers le monde et les nombreuses distinctions glanées, notamment le Lion d’or reçu à la Biennale de Venise, en Italie, en 2021.
Des passages importants du film concernent Mudra Afrique, l’école de danse contemporaine pionnière fondée en 1977 par le chorégraphe français Maurice Béjart, de concert avec le président sénégalais d’alors Léopold Sédar Senghor. D’autres séquences portent sur le passage de la chorégraphe dans son village natal au Bénin.
Pour la réalisatrice, le but était de trouver ”une bonne relation, un équilibre entre le passé, le présent et le futur” de la petite-fille de prêtresse vaudou. Même si, dit-elle, ”Germaine Acogny est tellement ancrée dans le présent que ce qui compte pour elle est que cela continue, qu’elle soit présente, mais aussi que les jeunes puissent continuer. Elle n’a même pas envie de parler du passé. Pour elle, le passé, c’est le passé”.
Le long métrage documentaire est riche en images d’archives, des débuts d’Acogny à Mudra Afrique de ses spectacles à travers le monde, d’interviews de sa vie familiale avec ses deux enfants, ainsi que de sa rencontre avec son mari, l’Allemand Helmut Vogt.
Il se veut aussi une immersion dans ce travail de transmission dans lequel Germaine Acogny se trouve engagée depuis quelques années à l’Ecole des sables.
Une vraie source d’inspiration au-delà de la danse
Pour la réalisatrice allemande, Acogny inspire non seulement les danseurs africains et même jusqu’au-delà de son domaine.
“C’est la création d’une œuvre contemporaine, ancrée dans ses traditions en équilibre avec toutes les influences de la famille, des ancêtres, de la vie urbaine qui m’ont inspirée à faire ce film”, explique-t-elle, estimant que pour beaucoup d’artistes dans le monde, Germaine est “une vraie inspiration”.
“Sa détermination, son courage, sa force, sa liberté inspirent les danseurs et artistes dans d’autres domaines comme au cinéma”, dit-elle.
Greta-Marie Becker, se disant émerveillée par la rencontre avec cette légende de la danse africaine, filme une artiste d’une “incroyable maturité”, une femme qui ne lâche rien, malgré les difficultés depuis la fermeture de Mudra Afrique, jusqu’à son retour au Sénégal pour créer l’Ecole des Sables après un séjour en France.
Son engagement est aussi visible dans ses créations sur la décolonisation du corps et de l’esprit, la polygamie, sur le génocide de 1994 au Rwanda, etc.
Ses préoccupations sur le futur de l’Ecole des Sables menacée notamment par le port de Ndayane sont aussi mises en filigrane dans ce film qui sort en salle à partir de jeudi.
”Quand on est culturellement bien enraciné, on peut aller à la rencontre de l’autre. Quand tu danses, il ne faut pas qu’on voit ton corps, mais plutôt ton âme. J’avais besoin de me libérer par la danse”, affirme Germaine Acogny dans le film.
”L’élue noire”, qui dit avoir ressenti une ”grande émotion” en réagissant à cette projection, estime que les gens peuvent voir, avec ce documentaire, que dans le milieu de la danse, il faut de la patience et de la persévérance. ”Je voudrais que les danseurs découvrent cela”, lance-t-elle.
”Cette persévérance dans ma vie est de réussir à travers les épreuves que je rencontre, que je peux sauter comme un bon cheval, et surtout d’avoir un mari, un compagnon qui vous aide et vous aime et avec qui on peut faire un long chemin ensemble”, fait-elle valoir.
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