Un beatmaker lance un projet de digitalisation des sonorités traditionnelles sénégalaises 
Un beatmaker lance un projet de digitalisation des sonorités traditionnelles sénégalaises 

SENEGAL-MUSIQUE-INNOVATION

Thiès, 18 juin (APS) – Le beatmaker Mamadou Mama Baldé ambitionne de numériser les sonorités musicales traditionnelles sénégalaises, afin de les adapter aux standards internationaux et de faciliter leur intégration dans les productions musicales mondiales.

La quarantaine révolue, Mamadou Mama Baldé a embrassé les métiers de la musique moderne depuis 2005. Depuis cette date, la culture est devenue “une activité sérieuse pour [lui]”, raconte-t-il, dans son appartement abritant un studio de production aux Parcelles assainies, un quartier périphérique de la ville de Thiès (ouest), où l’APS l’a rencontré en prélude de la Fête de la musique, prévue le 21 juin.

Titulaire d’une maîtrise en gestion des entreprises et d’un master en transport logistique, ce natif de Thiès, rattaché au Fouladou (sud) par ses origines, a déposé ses baluchons dans le monde de la musique…locale. Il travaille à mettre sur pied une bibliothèque sonore cent pour cent locale, un ambitieux projet de numérisation des sonorités traditionnelles du pays.

“Pour être simple, j’ai beaucoup de casquettes”, lâche Baldé. Des bancs de l’université au monde de la production artistique, Mamadou le beatmaker a connu une évolution constante au point de devenir phonographe et de collaborer avec la plupart des acteurs évoluant dans ce domaine au Sénégal.

Le cercle de ses collaborations va de  ceux qui font de la musique aux agences de communication, en passant par les producteurs de films et documentaires.

“J’ai la chance de travailler dans la phonographie, et ce qui est intéressant dans le son, c’est que tu touches à tout le monde, ceux qui font de la musique, des films, des documentaires, etc.”, explique l’ingénieur de son.

Formateur dans le domaine de l’industrie culturelle à ses heures perdues, Mamadou Mama Baldé fait de la culture à la fois son passe-temps et son gagne-pain. 

Projet après projet, il a fini par imprimer sa marque dans l’industrie culturelle sénégalaise.

Dans sa carrière de producteur, il a eu l’opportunité de travailler avec beaucoup d’artistes surtout à l’échelle locale, comme le percussionniste thiéssois Dame Sène, ainsi que d’autres figures musicales comme PPS, Fou Malade ou Karballah.

“Kora Wave”, le projet-phare sur lequel il travaille, est une initiative de numérisation des sonorités traditionnelles sénégalaises, dans le but de constituer une bibliothèque sonore.

“Il se trouve que les beat-markers peinent des fois à intégrer les sonorités sénégalaises dans leur production, ce qui m’a poussé à mettre en place ma petite banque de samples” (échantillon d’œuvre musicale généralement retravaillé), souligne le “faiseur de sons”, disant avoir été personnellement confronté  à cette situation.

“Kora Wave”, la bibliothèque sonore

“Ce projet Kora Wave, en ma connaissance, est un projet unique en Afrique de l’Ouest : il s’agit pour nous de numériser nos instruments traditionnels et [de] les mettre sur des standards internationaux, pour faciliter leur intégration, leur utilisation dans les productions musicales”.

La méthode consiste à faire venir un artiste qui “joue note par note”. “Nous l’enregistrons, ensuite nous faisons la captation du son que nous traitons, en le transformant en un instrument numérique”, explique le créateur de musique instrumentale.

“Ce n’est pas un travail facile”, admet-il, relevant que parfois il lui arrive de ne pouvoir rien utiliser de tout un enregistrement. Et “même après l’enregistrement, le produit est envoyé pour édition, mixage avant d’obtenir un produit fini, prêt à être utilisé”, poursuit-il.

Baldé a été conforté dans la solidité de son projet après avoir été contacté par Latif Instrument, une des plus grandes librairies numériques en ligne spécialisée dans la vente des sons numériques, pour figurer dans sa plateforme. “C’est des éléments qui montrent que nous sommes sur la bonne voie”, note-t-il.

Ce féru de musique et de culture en générale a déjà, à son actif, une banque de “samples” de sonorités issues du “bongo” sénégalais, fruit d’un travail qui a pris presque une année. De la naissance de l’idée à sa conception, ce type de travail prend du temps, insiste le beat-maker.

“Ce projet aura un impact économique certain. Il nous permettra de valoriser notre culture, imaginons des noms de la musique tels que Rihanna, Drake et autres qui voudront intégrer ces sonorités africaines. Ce sera plus facile pour eux”, se projette-t-il. Selon lui, des artistes ivoiriens et des nigérians achètent et utilisent déjà les packs que produit son studio.

Pour ce jeune entrepreneur culturel, le secteur nourrit son homme. Il se considère comme un exemple vivant de la portée économique et sociale de l’activité culturelle, qui, de son point de vue, a seulement besoin d’être soutenu, à travers une politique claire en direction de ses acteurs.

“Je vis de la musique, je me suis marié avec l’argent de la musique, j’ai baptisé mon enfant avec”, assène-t-il.

Son projet “Kora Wave” fait partie des success story financés par le Fonds de développement des cultures urbaines et des industries créatives (FDCUIC). 

“Le projet est tellement intéressant que d’autres que nous, le FDUCIC, ont jugé utile de le financer au-delà de ce que nous avons amené comme participation à la réalisation de ce projet”, a fait savoir le directeur général du Fonds de développement des cultures urbaines et des industries créatives.

Selon Seck Dieng, le projet “Kora Wave” s’inscrit dans la dynamique de “la souveraineté culturelle”. 

“C’est vraiment un projet qui n’a pas seulement valu du succès à l’initiateur, mais même à nous qui l’avons financé. Et nous avons été les premiers à déceler l’intérêt par rapport à notre idéal de souveraineté culturelle”, insiste-t-il.

BT/ADI/ASB/FKS/BK