Un acteur donne la recette pour faire du Sénégal un pivot de la recherche et de l’économie spatiales
Un acteur donne la recette pour faire du Sénégal un pivot de la recherche et de l’économie spatiales

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Dakar, 18 fév (APS) – La maîtrise des données spatiales constitue un enjeu stratégique de souveraineté pour le Sénégal, a expliqué à l’APS le directeur de l’Agence sénégalaise d’études spatiales (ASES), relevant que l’Observatoire astronomique de Khombole et le déploiement de partenariats internationaux ambitieux devront aider à positionner le pays comme un acteur majeur de la recherche et de l’économie spatiales en Afrique de l’Ouest.

Selon Maram Kairé, les investissements inscrits dans l’Agenda Sénégal 2050, arrimé à l’Agenda 2063 de l’Union africaine et aux Objectifs de développement durable, reposent largement sur des solutions technologiques issues du spatial.

“Les pays qui ont misé sur le spatial ces trente ou quarante dernières années sont ceux qui sont les plus avancés dans l’atteinte des ODD”, a-t-il fait savoir, insistant sur le lien direct entre sécurité, paix et développement.

Il souligne que la surveillance satellitaire permet, à environ 500 kilomètres d’altitude, de couvrir de vastes territoires grâce à des capteurs optiques, radar ou infrarouges, opérant de jour comme de nuit.

“Si vous surveillez votre territoire, vous réglez déjà la question fondamentale de la souveraineté”, a-t-il relevé, estimant qu’en l’absence de maîtrise technologique, un pays demeure dépendant d’outils étrangers qu’il ne contrôle pas.

De ce point de vue, estime-t-il, “la pose de la première pierre de l’Observatoire astronomique de Khombole marque une étape décisive”, en ce sens qu’il abritera un “télescope principal de 600 mm – présenté comme le plus grand en Afrique de l’Ouest – ainsi que quatre télescopes secondaires”.

“Les axes de recherche porteront notamment sur la détection des exoplanètes, la surveillance des astéroïdes, l’étude de l’activité solaire et l’observation des étoiles binaires. L’un des télescopes sera dédié spécifiquement à la surveillance des astéroïdes susceptibles d’entrer en collision avec des planètes”, a-t-il renseigné.

Le directeur de l’ASES a également souligné “l’atout géographique” du Sénégal, permettant d’observer, au cours d’une même nuit, “les constellations des hémisphères boréal et austral, dans une zone encore relativement préservée de la pollution lumineuse”.

Il s’est félicité du fait que cette position pourrait valoir des opportunités au Sénégal en attirant “des chercheurs internationaux et favoriser des collaborations scientifiques”.

“Quand vous installez un télescope dans une école et que vous montrez Saturne, la Lune ou Jupiter, vous captez immédiatement l’attention des enfants”, a-t-il expliqué, estimant que cette fascination peut être transformée en vocation scientifique durable.

Diplomatie spatiale et partenariats stratégiques

Depuis sa création, l’ASES a déployé une stratégie de “diplomatie spatiale”, allant dans le sens de “nouer des partenariats structurants”, s’est réjoui son directeur, notant que parmi les accords conclus figurent des collaborations avec l’Agence spatiale européenne, le Centre national d’études spatiales (CNES), la NASA – notamment à travers les accords Artemis – ainsi qu’avec la Chine autour d’un projet de station orbitale lunaire.

Le Sénégal a également adhéré aux initiatives Space for Ocean et Space Climate Observatory, permettant l’accès à plusieurs centaines de solutions technologiques destinées à la protection des océans et à la lutte contre les effets du changement climatique, a encore fait valoir Maram Kairé.

Au plan national, ajoute-t-il, un accord avec l’état-major général des armées prévoit le développement de deux premiers satellites d’une constellation qui en comptera sept, destinés à renforcer la sécurité des frontières et la surveillance maritime.

M. Kairé, cité des données actuellement disponibles, rappelle que l’industrie spatiale mondiale représente environ 700 milliards de dollars et pourrait atteindre 900 milliards d’ici 2027, contre 23 milliards de dollars à l’horizon 2026 pour le marché africain.

Ce secteur est dominé par les services et applications à valeur ajoutée : logiciels embarqués, télécommunications satellitaires, plateformes d’aide à la décision, objets connectés, a-t-il détaillé, notant que l’essor du “New Space” et la miniaturisation des satellites ouvrent des perspectives aux startups et PME africaines.

Semer les vocations

L’enjeu, selon lui, consiste à faire en sorte que les commandes publiques en matière satellitaire profitent à un tissu industriel local, favorisant la création d’emplois qualifiés et le développement d’un écosystème technologique national.

Le directeur de l’ASES a par ailleurs insisté sur la nécessité de préserver les savoirs endogènes liés à l’observation du ciel, insistant sur l’importance de structurer et de transmettre ces connaissances aux jeunes générations.

“Ce n’est pas parce que nous avons aujourd’hui le GPS que ces connaissances endogènes doivent disparaître”, a-t-il dit.

Dans une perspective de susciter des vocations, il préconise d’aller à la rencontre des jeunes et de mettre en place des infrastructures permettant aux étudiants de se former et de trouver des opportunités de travailler au Sénégal dans des métiers liés à l’espace.

“Celui qui rêve du spatial doit pouvoir le vivre dans son propre pays”, a-t-il affirmé, se disant convaincu que la combinaison entre promotion scientifique précoce, partenariats internationaux et investissements structurants constitue la clé d’une souveraineté spatiale durable.

SMD/BK