Par Abibou Ndiaye

Mbacké, 3 mars (APS) – L’utilisation de produits dopants, dont le diluant, dans le transport hippomobile se répand de plus en plus à Mbacké où des charretiers chercheraient coûte que coûte à booster les performances des chevaux pour réaliser davantage de recettes.

Récemment, le préfet du département de Mbacké à pris des mesures pour réglementer le transport par les véhicules à traction animale, avec l’objectif de mettre fin notamment à la maltraitance des équidés.

A Mbacké, les véhicules attelés sont les moyens de transport les plus prisés par les usagers. Ils font désormais partie intégrante du décor de cette agglomération contiguë à Touba, la capitale du mouridisme, une des plus importantes confréries musulmanes au Sénégal.

Les charrettes tractées par des ânes ou des chevaux sont omniprésents dans les principales artères de la ville, rendant la circulation très difficile, avec l’absence de panneaux de circulation. Elles stationnent à même la chaussée ou à l’entrée ou à la sortie des virages, au grand dam des automobilistes, des conducteurs de gros porteurs, notamment.

Dans la ville de Mbacké, comme dans les autres villes et hameaux du département, leur utilité n’est plus à démontrer, en raison des nombreux services qu’elles rendent aux populations. Travaux champêtres, transport de bagages et de personnes, vente d’eau potable à travers les rues et ruelles de Mbacké et de Touba : les charrettes sont sollicitées dans nombre d’activités de la vie quotidienne.

                                    Défaut d’identification

Cependant, en dépit de leur forte prolifération, elles ne sont pas encore identifiées par les services étatiques et municipaux. Ce qui rend, pour l’heure, difficile d’avoir une idée du nombre exact de charrettes circulant à Mbacké et Touba. Difficile aussi, voire impossible de chiffrer le montant des taxes qu’elles rapportent.

Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’en raison des importants gains qu’elles génèrent, certains conducteurs n’hésitent plus à recourir à des produits dopants, pour les rendre plus performants, histoire de gagner davantage d’argent.

La pratique serait surtout très répandue chez les conducteurs de charrettes à traction d’âne, lesquels utiliseraient du diluant qu’ils versent sur un morceau de tissu pour en faire renifler leurs bêtes pendant la nuit. Après avoir été ainsi stimulés, les ânes deviennent plus actifs, multipliant les allers-retours pour convoyer des biens ou des passagers.

Mais, plusieurs jeunes charretiers interrogés par le reporter de l’APS ne confirment ni n’infirment l’usage de diluants pour doper les ânes. Ainsi de Fallou, quinze ans, trouvé près du marché central de Mbacké. Ce qui l’intéresse, dit-il, c’est de gagner de l’argent pour faire face à la dépense quotidienne de sa famille et aux frais de scolarité de sa sœur.

Mame Cheikh, rencontré aux abords d”un passage à niveau situé près de la gare ferroviaire, déclare n’avoir jamais vu quelqu’un s’adonner à cette pratique pour doper son animal, depuis qu’il a commencé à fréquenter cet endroit il y a un an. ”Je n’ai pas non plus entendu parler de l’usage de cette pratique”, insiste-t-il.

Cette pratique existe pourtant bel et bien, si l’on en croit le président des charretiers de Mbacké et Touba, Seydina Ousmane Sall, qui dénonce même l’usage de produits dopants sur les ânes et les chevaux.

”Ce n’est pas bien et il faut qu’on interdise [cette pratique] à Touba”, martèle-t-il. Selon lui, la majorité des charrettes tractées par des ânes sont conduites par des enfants âgés entre huit et moins de quinze ans. Ils sont exploités moyennant 300 ou 400 francs CFA/jour, fustige-t-il.

                       Une pratique motivée par l’appât du gain 

La plupart des enfants s’adonnant à cette pratique ont fugué de certaines écoles coraniques (daara), renseigne-t-il. Ils travaillent pour des adolescents peu fréquentables qui s’adonnent à la drogue en inhalant du diluant. Ce qui contribue à accentuer considérablement l’insécurité qui sévit dans la ville, dénonce le président des charretiers.

”Celui qui s’adonne à cette pratique et ensuite le fait faire à son âne ou son cheval ne peut rien faire dans la journée à cause de son état. Et pire, si tu le croises sur la route, il te créera des problèmes”, dit-il.

Malick Wélé, le président départemental des charretiers de Mbacké, appelle les autorités à prendre dans les brefs délais des mesures pour mettre fin à cette situation. Sa crainte est de voir cette pratique connaître une ampleur incontrôlable, surtout dans cette zone où le transport hippomobile est en plein essor.

A Mbacké et Touba, peu d’usagers croient à l’existence de ce phénomène. Certains disent n’avoir jamais entendu parler de cette pratique motivée par l’appât du gain.

Rouguiyatou Ka, la responsable plaidoyer de l’ONG Brooke pour l’Afrique de l’Ouest se dit surprise d’apprendre l’existence d’une telle pratique au Sénégal. ‘’C’est vraiment déplorable, inimaginable’’, s’indigne-t-elle.

‘’Cette situation me laisse bouche bée. Je n’ai même pas les mots pour qualifier une telle pratique qui n’est motivée que par l’appât du gain, sans prendre en compte l’état sanitaire et le droit des équidés de trait (…)”, déplore-t-elle.

Mme Ka insiste sur la nécessité de mettre fin à cette “mauvaise pratique”, de manière à éviter qu’elle ne fasse ‘’tâche d’huile’’ dans  d’autres régions du pays et  chez des enfants qui n’ont même pas quinze ans.

                                   Une pratique bannie par la loi

Le dopage des animaux est interdit par la loi, selon le chef du service départemental de l’élevage. ‘’C’est le bien-être animal qui est mis en jeu, car sa santé est menacée par rapport à l’utilisation de force de ce genrs de produits’’, explique Malick Sall.

L’usage de produits dopants peut causer des problèmes de circulation sanguine pouvant déboucher sur un arrêt cardiaque et ensuite la mort de l’animal, met en garde M. Sall, ingénieur en productions animales. Il estime que ”c’est purement de la maltraitance contre les animaux”.

”Tout conducteur hippomobile qui ne respecte pas le bien-être animal doit être suspendu, et l’animal mis en fourrière pour l’empêcher de subir cette maltraitance”, prévient M. Sall.

Le chef du service départemental de l’élevage plaide pour davantage de moyens afin de mieux organiser le secteur du transport hippomobile. Il déplore notamment le manque d’agents et de moyens de mobilité, qui empêche son service de mener le contrôle nécessaire pour lutter efficacement contre la maltraitance des ânes et des chevaux à Mbacké et Touba.

                        Des mesures d’application immédiates prises par le préfet

Le préfet de Mbacké a été informé de ce phénomène récemment par les Forces de défense et de sécurité en pleine réunion. Khadim Hann a pris plusieurs mesures d’interdiction ‘’d’application immédiate” concernant le transport hippomobile en application de l’arrêté interministériel du 9 décembre 2016 portant sur la réglementation du transport par les véhicules à traction animale.

Ces mesures portent sur le respect de l’âge minimal de quinze ans pour le cochet, la souscription à une police d’assurance, l’heure de circulation du véhicule hippomobile et le dispositif d’éclairage, entre autres. Le préfet de Mbacké a aussi demandé aux maires de Touba et Mbacké d’ouvrir des fourrières municipales.

AN/ASB/ASG

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