Tivaouane : les charrettes au cœur de l’économie du Gamou
Tivaouane : les charrettes au cœur de l’économie du Gamou

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Tivaouane, 2 sept (APS) – À moins de 48 heures du Gamou, la cité religieuse de Tivaouane vit au rythme des charrettes. Ces moyens de locomotion sont devenus un maillon essentiel de l’activité économique locale et un gagne-pain bienvenu, même temporaire, pour des centaines de jeunes.

La période du Gamou consacre la charrette comme symbole d’ingéniosité populaire et de résilience.

Plus qu’un simple moyen de transport, elle est le reflet d’une jeunesse dégourdie, capable de se réinventer, en transformant chaque situation en opportunité d’affaires.

Le bruit des sabots sur la chaussée, les cris des charretiers et le grincement des roues se mêlent déjà au brouhaha des préparatifs du Gamou de Tivaouane, où les charrettes, comme à l’accoutumée, sont au cœur de la logistique.

À deux jours de la célébration de la naissance du Prophète Mohamed (PSL), les véhicules hippomobiles sillonnent sans relâche les ruelles étroites de la ville qui commence à refuser du monde.

Ils transportent des pèlerins vers leurs sites d’hébergement, mais aussi du bois de chauffe, des sacs de riz et d’autres denrées destinées à alimenter les cuisines collectives installées à ciel ouvert.

Ces charrettes, conduites pour la plupart par de jeunes hommes sous un soleil de plomb, sont la véritable colonne vertébrale des circuits d’approvisionnement en période de Gamou.

Elles traduisent également l’émergence d’une économie éphémère, où chaque course représente une opportunité d’affaires et une source de revenus le temps du Gamou.

Tivaouane : les charrettes au cœur de l'économie du Gamou

Une cohabitation sous-tension avec les automobilistes

Massamba Ciss est maçon de profession, métier qu’il exerce Dakar. Pour le temps du Gamou, il a quitté la bruyante et dynamique capitale pour regagner Tivaouane dans l’espoir de faire de bonnes affaires. 

Si certains sont par moments très pudiques pour évoquer les sujets relevant de l’argent, ce jeune homme ne se gène pas de dévoiler ses gains. Il jure gagner en une semaine l’équivalent d’un mois de labeur dans les chantiers dakarois.

“Grâce aux revenus du Gamou passé, j’ai pu terminer la construction de ma maison au village. Ici, tout le monde y trouve son compte”, confie-t-il, tout en ajustant les cordes qui maintiennent son chargement de bois.

Après avoir fait le compte à la mi-journée, Ibrahima Sy, un autre charretier venu de Ngaye Mékhé, a déjà empoché plus de 20.000 francs CFA. Il savoure déjà cette opportunité rare de faire de bonnes affaires.

“Nous payons même une quittance à la mairie, pour circuler librement. Tout est organisé”, se réjouit ce charretier, pas peu fier de contribuer aux recettes municipales.

Cette effervescence ne fait pourtant pas que des heureux. Dans une ville où la circulation est déjà dense, la cohabitation entre charrettes et voitures n’est pas souvent simple et peut même sembler parfois virer à la confrontation.

“On perd un temps fou dans les embouteillages. Les charrettes devraient être limitées”, s’emporte un automobiliste bloqué au carrefour de la grande mosquée.

MKB/ADI/SMD/BK