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Tivaouane, 3 mars (APS) – Le rythme particulier du Ramadan pèse beaucoup sur le quotidien des travailleurs en générale. Des femmes de l’administration publique en service à Tivaouane pointent à ce sujet un épuisement physique lié à leurs responsabilités dans la bonne tenue des ménages.
Le mois béni de ramadan, temps de spiritualité, de discipline personnelle et de solidarité, impose un rythme particulier à la société sénégalaise, notamment aux femmes, véritables chevilles ouvrières des ménages, qui même fonctionnaires, doivent allier responsabilités professionnelles et domestiques avec plus d’intensité.
Si l’ensemble des travailleurs subit les contraintes liées au jeûne, les femmes fonctionnaires apparaissent en première ligne du double défi de rester productif au plan professionnel, tout en veillant à ne pas être prises à défaut dans l’accomplissement des tâches domestiques, dont le volume augmente en période de ramadan.
Dans l’administration publique, les horaires demeurent globalement calés entre 8h à 17h. Ce temps de travail, combiné à la fatigue liée au jeûne, à la forte chaleur qui règne pendant une partie de la journée à Tivaouane et à la préparation quotidienne des repas de rupture (iftar) et de l’aube (suhoor), allonge considérablement les journées des femmes agents du service public.
Une charge mentale et physique intensifiée
Au-delà de l’épuisement physique, plusieurs témoignages font état d’une charge mentale importante liée à la planification des repas, à l’organisation du foyer, au suivi scolaire des enfants et à la gestion des imprévus. Autant de responsabilités qui s’accumulent sans pour autant alléger les exigences professionnelles, pour cette catégorie de femmes qui sont sur deux fronts.
Cheffe du service départemental de l’action sociale, Yacine Samb souligne que ”les devoirs d’épouse et de mère demeurent inchangés” pendant le Ramadan.
Elle évoque la pression ressentie en fin de journée, avec une accumulation des tâches domestiques, après les heures de bureau.
En dépit du soutien de la famille dans l’accomplissement de ce travail, elle suggère qu’une réflexion soit engagée aux fins de légiférer sur une réadaptation temporaire des horaires de travail durant le ramadan.
Professeure des sciences de la vie et de la terre au bloc scientifique et technique de Tivaouane, Mme Guèye identifie le manque de sommeil comme le principal défi, pour les femmes fonctionnaires, pendant le mois sacré.
”La rupture tardive et le réveil matinal réduisent considérablement le temps de récupération”, explique-t-elle. Sans aide-ménagère, elle doit concilier travail administratif, enseignement et tâches ménagères. Mme Guèye pense qu’un démarrage des cours à 9 heures au lieu de 8 heures durant le mois sacré, pourrait atténuer les problèmes.
Responsable départementale du CEDAF de Mékhé, Daba Diafate Sy pointe la gestion du temps comme difficulté majeure. Dans son service, la pause méridienne est supprimée, afin de permettre au personnel d’arrêter le travail à 16 heures. Elle propose toutefois de rapprocher cet horaire à 14 heures, pour mieux soutenir les femmes durant cette période.
Rosalie Tendeng Diouf, décrit, en ces termes, un enchaînement éprouvant : “Sortir à 17 h, rentrer vers 19h, cuisiner jusqu’à 23h et se réveiller à 5h”. Malgré une aide ponctuelle, elle assure personnellement la préparation des repas, d’où son plaidoyer pour des aménagements plus souples des horaires de travail.
Ces témoignages mettent en lumière une réalité structurelle au-delà du ramadan : un partage encore inégal des tâches domestiques, le Ramadan agissant comme le révélateur d’une organisation familiale où les responsabilités culinaires et logistiques reposent majoritairement sur les femmes.
Un réaménagement institutionnel des horaires suggéré
La question d’un réaménagement temporaire des horaires revient avec insistance. Certaines administrations expérimentent déjà la suppression de la pause ou un ajustement des heures de descente, en l’absence de toute harmonisation nationale.
Plusieurs femmes interrogées sur le sujet, estiment qu’une réflexion concertée impliquant autorités publiques, syndicats et employeurs, permettrait de définir des mesures adaptées, conciliant impératifs de service public et bien-être des femmes agents publics.
En attendant d’éventuelles réformes, les femmes fonctionnaires du département de Tivaouane continuent de faire preuve d’endurance, d’organisation et d’engagement, assumant pleinement leurs missions professionnelles, tout en répondant aux exigences familiales et spirituelles du Ramadan.
MKB/ADI/ASB/MTN/BK

