SENEGAL-INDEPENDANCE-POLITIQUE
Dakar, 30 mars (APS) – Thiès, qui accueille la fête nationale du 4 avril, cette année, a aussi la réputation de “ville rebelle”, référence à sa place dans les luttes syndicales et politiques au Sénégal. La capitale du rail a toujours été considéré comme un fief des opposants, une terre des contestataires au pouvoir central de Dakar.
Thiès n’a pas attendu l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale pour s’affirmer et imposer son statut de ville rebelle. Elle a commencé à exprimer ses velléités contestataires pendant la période coloniale.
Dès septembre 1938, les cheminots de Thiès déclenchent une grève pour réclamer de meilleures conditions de travail et l’égalité de traitement avec les employés cadres. Le 27 septembre de cette année-là, le mouvement est réprimé dans le sang par les forces de l’ordre. Le bilan est lourd : 6 ou 7 morts, plus de 100 blessés.
Cette répression sanglante ne fait nullement faiblir la capacité de résistance des grévistes. Une décennie plus tard, les cheminots du Dakar-Niger observent une longue grève (1947-1948), tenant ainsi tête à l’administration coloniale française. Ils revendiquaient les mêmes droits que leurs collègues métropolitains.
Cette célèbre grève, popularisée par le roman d’Ousmane Sembène (Les bouts de bois de Dieu, 1960), représente pour beaucoup d’observateurs le socle de la culture politique thiéssoise. Cet épisode a transformé Thiès en une “ville ouvrière”, où la conscience de classe et le goût de la revendication collective sont entretenus par les générations qui se succèdent.
Aujourd’hui encore, quand Thiès gronde, c’est tout le Sénégal qui écoute.
De grands destins politiques se sont écrits dans cette ville, lui conférant le statut de circonscription à enjeux au cours de scrutins électoraux. Il y a par exemple Léopold Sédar Senghor, Boubacar Sall, Ousmane Ngom, Mantoulaye Guène, Idrissa Seck. Et la liste est loin d’être exhaustive.
Dans la cité du rail, indique Oumar Guèye, professeur au département d’Histoire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ‘’les citoyens ne votent pas par suivisme, mais par conviction, souvent pour marquer une rupture ou une exigence de dignité’’.
Le président Abdou Diouf, alors en campagne électorale, y perdit son légendaire sens de la mesure, le 25 février 1988.
En réaction à l’accueil hostile qui lui a été réservé, il lâcha des formules restées malheureuses, qui sonnèrent comme une défiance : ‘’bandits de grand chemin’’, ‘’jeunesse malsaine’’. De cette date jusqu’à son départ du pouvoir (le 19 mars 2000), Abdou Diouf n’a jamais pu se rabibocher avec les électeurs thiéssois, lesquels étaient sous le charme de son principal opposant, Me Abdoulaye Wade.
Mais l’idylle entre le chantre du Sopi, Wade, et les populations de la cité du rail vire à la confrontation avec l’affaire des chantiers de Thiès ayant valu à Idrissa Seck sa disgrâce au sommet de l’Etat et ses sept mois d’incarcération.
Ces deux actes cristallisent le sentiment d’injustice chez les Thiéssois. La ville s’érige alors en rempart autour de son maire (Idrissa Seck) contre le pouvoir central de Dakar incarné par le régime du Président Abdoulaye Wade.
M. Seck en fait, pendant près de deux décennies, son bastion imprenable. Il y bat ses adversaires (Wade puis Macky Sall) en obtenant des scores à la soviétique à toutes les élections.
Thiès prend ses distances avec Idrissa Seck en 2020, après son ralliement au camp du Président Macky Sall. Les populations perçoivent l’acte posé par leur ancien maire comme une compromission avec le régime du Président Sall, alors qu’il s’était placé deuxième à l’issue de la Présidentielle.
La ville, rebelle jusqu’au bout des ongles, bascule ainsi dans le giron de Pastef et de la coalition Yewwi Askan Wi qui incarnaient l’opposition radicale.
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