Thiès, 9 juin (APS) – Des universitaires et acteurs du monde de la culture ont souligné vendredi à Thiès à l’occasion de la 16-ème édition de la commémoration d’Ousmane Sembène, l’actualité et l’universalité de l’œuvre de cet écrivain et cinéaste sénégalais de renommée internationale.

‘’Quand vous lisez Sembène, il s’adresse à l’être humain d’ici et d’ailleurs, mais il s’adresse à l’esprit à travers une production littéraire et cinématographique’’, a dit Abdoulaye Racine Senghor, président du conseil d’administration du Musée des civilisations noires, et un des parrains de la présente édition.

‘’Donc, son œuvre est toujours actuelle, on peut la lire à tout moment.  Il s’adresse à nous avec la perspective de quelqu’un qui regarde plus loin que nous (…). Il est universel’’, a-t-il poursuivi.

Il s’exprimait dans les locaux des Manufactures sénégalaises d’arts décoratifs (MSAD), hôte cette année de la célébration de Sembène, qui aurait 100 ans cette année, s’il était toujours en vie.

Le Royaume du Maroc, invité d’honneur de cette édition, était représenté à cette commémoration.

Sembène n’en est pas moins une ‘’icône de la culture africaine’’, souligne Racine Senghor, qui a rappelé que l’homme de culture avait commencé par un poème, avant d’écrire ‘’Ô pays, mon beau peuple’’, ainsi que bien d’autres romans, et d’embrasser le cinéma à l’âge de 40 ans.

Ses ouvrages sont ‘’traduits dans toutes les langues du monde’’ et enseignés à travers le monde, a-t-il poursuivi. ‘’Il a converti des livres en films et des films en livres’’, a encore relevé Racine Senghor, louant une ‘’vie pleine en termes d’engagement personnel, social, en tant que créateur’’.   ‘’Il a marqué sa vie par ce qu’il a écrit et par ce qu’il a montré en tant que cinéaste’’.

Tout en mettant en exergue l’intérêt de Sembène pour l’Afrique au sens large, pour sa société, pour le devenir de l’humanité, ainsi que pour les plus faibles, il a relevé son ‘’souci de construire avec tout le monde une société véritablement humaine, mais de dignité et de respect’’.

‘’Un trait marquant de Sembène Ousmane, c’est un homme de valeur  qui a fondamentalement résisté à toutes les formes de compromission, qui a toujours voulu que l’homme africain, l’homme tout court, la femme africaine, la femme tout court, puisse être quelqu’un de digne et qui puisse servir sa communauté’’.

‘’D’actualité permanente’’ comme toute œuvre d’art, l’œuvre de Sembène l’est encore plus, a fait valoir le PCA du Musée des civilisations noires, évoquant les avenues et places qui portent le nom de Ousmane Sembène à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Le professeur Pape Massène Sène, ancien secrétaire général du ministère de la Culture a dans son cours inaugural, revisité ‘’Les bouts de bois de Dieu’’, un classique de Sembène racontant la grève des cheminots et dont une bonne partie de la trame se déroule à Thiès, la cité du rail.

Ce roman publié en 1960 et imbibé du réalisme social, dans lequel l’écrivain décrit à travers la grève des cheminots d’octobre 1947 à mars 1948, deux visions du monde.  D’une part, des cheminots noirs revendiquant une égalité de traitement salarial avec leurs collègues blancs et d’autre part, une administration qui plutôt que d’entretenir une relation d’employeur à employés, se met dans un rapport de ‘’subordination naturelle’’ vis-à-vis d’êtres supposés inférieurs.

Le livre peint aussi la vision panafricaniste de Sembène comme un bouclier face à la colonisation, tout en relevant l’existence d’un ‘’mur’’ entre Africains, de la même manière qu’il y a un ‘’mur entre le monde occidental et le monde africain’’.

‘’L’œuvre sociale, pour ne pas dire littéraire et filmique de Sembène Ousmane, est un projet de société. On ne sort pas d’une commémoration de Sembène Ousmane indemne, c’est formateur’’, a dit Hadja Maï Niang, responsable de Daaray Sembène, un institut d’éducation populaire basé à Thiès, et inspiré de l’œuvre de son mentor dont elle se voit comme la fille adoptive.

Elle a annoncé son projet de transformer Daaray Sembène en une ‘’université populaire’’.

Le maire Babacar Diop qui a pris part à la rencontre, a annoncé avoir décidé d’offrir aux élèves, en relation avec l’Inspection d’Académie, un millier d’exemplaires de l’ouvrage ‘’Les bouts de bois de Dieu’’, qu’il considère comme un ‘’roman de terroir’’, voire un ‘’roman national’’. Cet ouvrage restitue un pan important de l’histoire de Thiès qu’il décrit comme un ‘’don du rail’’.

A l’issue d’un marathon de lecture organisé, à cette occasion, en deux sections, nationale et internationale, le prix de la section nationale a été remportée par une équipe de l’université Assane Seck de Ziguinchor, devant celle de l’Université Iba Der Thiam de Thiès.

ADI/AKS

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