SENEGAL-RELIGION-HISTOIRE
Daaka (Médina Gounass), 20 avr (APS) – L’initiateur du Daaka de Médina Gounass, le guide religieux Thierno Mouhamadou Saïdou Ba (1900-1980), fondateur du village de Médina Gounass (sud), est également connu pour avoir contribué à la création de 63 villages à travers le pays et dans la sous-région. Aussi le saint-homme est-il est présenté comme “un chantre de l’intégration régionale africaine”, selon Hamidou Abdoul Niang dit “Daye”, coordonnateur du comité d’organisation “Dental Daaka”, chargé de l’organisation de la retraite spirituelle.
“Il a fondé Médina Gounass en 1935. À la suite de Médina Gounass, il a fondé 63 autres villages, à travers le pays et en Guinée, Guinée-Bissau, Gambie, Mauritanie. Il était un chantre de l’intégration régionale”, a-t-il dit, citant Koundara, une localité de la Guinée, qui a récemment organisé son Daaka.
Le Daaka, évènement religieux annuel, a démarré samedi 18 avril sous la présidence du gouverneur de Kolda, Moustapha Ndiaye, en présence du Khalife général de Médina Gounass, Thierno Amadou Tidiane Ba, fils du fondateur de ce village.

Dans la région de Kolda, il a créé au moins 27 villages dont Médina Gounass, le premier, a dit M. Niang, professeur d’histoire et géographie à la retraite, dans un entretien accordé à l’APS.
Il a fait savoir que le site du Daaka est appelé “Abisamhoun”, en référence à la ville qu’avait créée Cheikh Ahmet Tidiane Chérif, le fondateur de la confrérie tidinaya, quand il avait quitté Aïnoumady (Algérie) pour s’installer à Fès (Maroc). Entre Touba et Louga, il a fondé le village de Maïmounatou.
Parmi les autres sites fondés par Thierno Mouhamadou Saïdou Ba, il cite Madin Elmy (le lieu du savoir), au nord-est du Daaka, Aïnoumady, où il avait laissé un groupe de 22 enfants apprenants, Sounatou, à l’est, Rabat, Madin Khairy, Islam, à l’ouest sur la route allant vers la frontière guinéenne, Madina Touat vers Manda Douane, Darou Hijaratou, Ounfany, à l’est de Médina Gounass, etc.
“Donc, tous ces villages ont été fondés par Mouhamadou Saïdou Ba par nécessité. Si tous ceux-là l’avaient rejoint à Madina Gounass, cela aurait créé un boom démographique énorme”, a dit le coordonnateur, depuis 1990, du “Dental Daaka”, une structure mise en place en 1968 par le défunt jeune frère du Khalife, Thierno Abdoul Aziz Ba.
Le marabout a su répartir les migrants qui l’avaient rejoint à Madina Gounass. À chaque fois qu’il créait un village, il y envoyait les nouveaux migrants et il arrivait chaque fois à leur trouver un endroit où s’installer, a-t-il rappelé.
Thierno Mouhamadou Saïdou Ba avait encouragé tous les nouveaux migrants à “défricher, cultiver et rester en paix”. Dans le même temps, “il mettait en place un champ de culture sur chaque site”, a indiqué Hamidou Abdoul Niang.
“Un homme d’une dimension exceptionnelle”
“Au départ, les conditions étaient extrêmement difficiles pour manger et dormir, en raison de l’hostilité de la nature, les fauves et les serpents, mais patiemment, il a invité les nouveaux arrivants à se tourner vers l’agriculture”, a-t-il poursuivi.
“Madina Gounass est autosuffisant sur le plan alimentaire. Les paysans cultivent la terre sur le site du Daaka, dès la fin de l’événement. Si vous revenez, vous y trouverez des champs de maïs. Dans la vallée située entre les villages de Sounatou et Abisamhoun, l’actuel Daaka, il y avait aussi des rizières”, a indiqué M. Niang.
Selon lui, les commerçants ont pu développer leurs activités grâce à l’agriculture. “Le fondateur disait aussi aux nouveaux arrivants ‘enrichissez-vous à partir de la terre”‘, a-t-il rappelé.
“Dans cette localité, tout le monde va au champ pendant l’hivernage. Et, durant toute cette période, aucun disciple n’osait s’assoir à ses côtés, dans la +thiali+ [tente]. C’est quand tout le monde partait au champ qu’il prenait son chapeau de paille pour aller les rejoindre’’, a-t-il rapporté.
L’actuel khalife général de Madina Gounass, Thierno Amadou Tidiane Ba, est lui-même à la fois un agriculteur et un éleveur, a-t-il ajouté.
“Thierno Mouhamadou Saïdou Ba est un homme d’une dimension exceptionnelle. On ne peut pas cerner toutes ses qualités sur les plans spirituel, sociologique, ethnologique et économique”, selon Hamidou Abdoul Niang.
Si le saint homme est crédité de toutes ces qualités, c’est parce qu’il a eu la baraka de s’abreuver à la source de plusieurs érudits et maîtres de la vie spirituelle et sociale : Thierno Hamet Baba Talla de Thilogne, (nord), Thierno Amadou Barro de Mbour (ouest), etc.
“Il est rare de voir un homme qui a été éduqué par ses maîtres, et que chacun d’eux ait laissé une empreinte sur lui”, dit Hamidou Abdoul Niang pour expliquer la grande érudition du fondateur du Daaka.
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