SENEGAL-CONSOMMATION
Tambacounda, 23 fév (APS) – Le président de l’association des boutiquiers détaillants de la ville de Tambacounda (est), Mamadou Djiby Dème, fait état d’une instabilité des prix notée selon lui chez certains commerçants grossistes en ce mois de ramadan et de carême, une période de très forte consommation en denrées alimentaires.
“Les prix sont instables et sont différents d’un magasin à un autre, et les boutiquiers détaillants ne comprennent pas […]”, a-t-il déclaré dans un entretien avec l’APS.
A titre d’exemple, “si tu pars à 11h au marché, tu peux acheter un bidon d’huile de 20 litres à 18.000 francs CFA mais si tu reviens à 16h, on peut te vendre cette même quantité à 20.000 francs. Qu’est-ce qui s’est passé entre-temps, ou qu’est-ce qui peut expliquer cette situation. Donc, c’est un grand problème que nous sommes en train de vivre”, a-t-il dit.
Mamadou Djiby Dème déplore aussi la recrudescence de la pénurie de gaz et du sucre, en même temps qu’il a fait état de la hausse des prix de certaines denrées telles que l’oignon et la pomme de terre.
“Avant le ramadan, le sac d’oignon était vendu à 11500 francs, mais maintenant nous l’achetons à 13500 francs, ce qui fait une augmentation de 2000 francs sur le prix initial, et c’est le même cas pour la pomme terre. Tu peux acheter le sac à 10.000 francs le matin et le soir on te le vend à 12000 francs, les prix sont incroyablement instables, donc la hausse de certains prix ne dépend pas des boutiquiers détaillants”, insiste-t-il.
L’association des boutiquiers détaillants de la ville de Tambacounda, créée en 2020, compte 11 sections regroupant chacune entre 60 à 80 boutiquiers détaillants
Mamadou Djiby Dème, qui tient une échoppe au quartier Plateau, en est le président depuis sa création.
Selon lui, la concurrence déloyale imposée aux détaillants par certains commerçants grossistes contribue à précariser les membres de l’association qu’il dirige.

Il a par ailleurs pointé “la concurrence déloyale des commerçants grossistes parce que la plupart des grossistes sont en réalité des détaillants en même temps […], si nos clients se présentent chez eux, ils s’adonnent à la vente de détail […]”.
M. Dème identifie, à ce sujet, “un grand problème que les autorités doivent combattre au marché [central de Tambacounda] pour permettre aux boutiquiers détaillants de s’en sortir et servir convenablement les populations”.
A l’en croire, cette “concurrence déloyale est très visible ou plus visible en ce mois de ramadan”. “La preuve, durant toute la journée, les boutiquiers détaillants ne voient presque pas de clients parce que les commerçants grossistes vendent au détail à prix beaucoup plus accessibles”, dit-il.
Le président de l’association des boutiquiers détaillants plaide en outre pour des mesures d’accompagnement pouvant aider à éradiquer ces phénomènes et à faciliter l’accès des membres de ladite association au loyer, à l’électricité et au financement ainsi qu’à certains programmes sociaux de l’Etat.
“Nous demandons à l’Etat de soutenir les boutiquiers détaillants qui font partie de sa famille […] en tant que détaillants, nous sommes plus proches des populations parce que les commerçants grossistes sont accessibles juste pour un temps bien déterminé dans la journée, alors que nous, nous fonctionnons chaque jour de 6h à minuit, ou 7h à 1h du matin”, a-t-il soutenu.
“Nous demandons à l’Etat de nous accompagner en termes d’accès au financement, au loyer et à l’électricité mais aussi pour l’accès à certains programmes sociaux destinés aux couches vulnérables”, a-t-il plaidé.

Interrogé sur toutes ces questions, le chef de service régional du commerce de Tambacounda, Mady Danfakha, a assuré que les prix homologués par l’État “sont stables au niveau du marché de Tambacounda”.
“En matière de fixation des prix, ce ne sont pas tous les produits qui sont sur le marché qui font l’objet de fixation. Il y a des produits homologués qui font l’objet de fixation […]”, mais “il peut arriver qu’au niveau des grossistes, le prix plafond fixé par l’Etat n’est pas atteint, donc à partir de ce moment, ils peuvent jouer la concurrence entre eux. Un grossiste donné peut vendre le sac de riz brisé non parfumé à 13800 francs, un autre à 14000 francs, mais ils n’ont pas atteint le prix plafond qui est 14700 francs”, a-t-il expliqué.
“Même pour l’huile, actuellement les prix plafonds ne sont pas atteints donc les grossistes peuvent se faire la concurrence”, a-t-il poursuivi.
Le chef de service régional du commerce de Tambacounda affirme que “les prix en vigueur sur le marché central de Tambacounda sont largement en deçà de ceux des années passées”.
“Actuellement, nous sentons vraiment une baisse des prix car si vous prenez le cas de l’huile, le prix du litre était fixé à 1200 francs à une certaine période mais présentement le prix du litre d’huile est à 1025 francs, ou même parfois à 1000 francs, c’est le cas du sucre et de la farine qui ont connu une baisse, donc actuellement les prix sont stables pour les produits homologués par l’Etat”, a-t-il précisé.
Par rapport à la concurrence déloyale évoquée par l’Association des boutiquiers détaillants, le chef de service régional du commerce de Tambacounda affirme que des mesures sont prévues pour faire face à de telles situations.
Le grossiste, le demi-grossiste et le détaillant doivent chacun rester dans leur domaine. “Donc, si nous voyons des concurrences déloyales entre eux, ou s’ils nous le signalent, nous allons faire notre travail en vérifiant d’abord ces allégations, ensuite une verbalisation peut s’en suivre”, a-t-il conclu.
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