Sur les berges du Fleuve Casamance, le Musée Joola se dresse contre l’oubli d’un naufrage mémoriel
Sur les berges du Fleuve Casamance, le Musée Joola se dresse contre l’oubli d’un naufrage mémoriel

SENEGAL-SOCIETE-TRAGEDIE-COMMEMORATION

Ziguinchor, 25 sept (APS) – Le musée du mémorial du bateau le Joola, inauguré en 2024, a traversé plusieurs étapes avant d’aboutir à la construction de ce bâtiment de trois étages rempli d’histoire et de mémoire, qui retrace aussi plusieurs aspects liés à l’activité maritime, le transport, le drame, avec des reliques, des objets tirés de l’épave, dont un habit d’enfant, une montre ou encore de colliers de perles.

A l’origine, le musée devait être construit, selon l’administratrice Sokhna Gaye Fall, dans le site de Boudody qui se trouve en bordure du Fleuve Casamance, non loin du quai de pêche de Ziguinchor.

Par la suite, les initiateurs du projet ont décidé de chercher un autre site, après que les autorités leur ont notifié que l’espace sur lequel le musée devait être construit appartient au domaine maritime.

‘’C’est ainsi que nous avons trouvé un espace, toujours en bordure du fleuve pour y ériger une stèle, peu après le naufrage, en mémoire aux victimes. Mais, le site a été dévoyé de ses objectifs d’origine, car on y voyait du tout, avec des couples qui s’y promenaient et des rendez-vous qui se donnaient sur le lieu’’, a expliqué l’administratrice du Musée mémorial du bateau le Joola, lors d’une visite guidée des lieux, jeudi.

C’est à partir de là, souligne-t-elle, qu’a vu le jour le projet de construction du Musée proprement dit, en collaboration avec des associations de familles de victimes du naufrage, qui avaient souhaité ‘’avoir un site qui leur rappelle le bateau’’.

Sur les berges du Fleuve Casamance, le Musée Joola se dresse contre l'oubli d'un naufrage mémoriel

Sokhna Gaye Fall ajoute que c’est dans ce sens qu’un concours national d’architecture a été lancé, avant qu’une première proposition ne soit présentée aux familles des victimes pour respecter la règlementation qui voulait que tout le processus soit partagé avec les familles.

Elle souligne qu’un comité ad hoc a été mis en place avec des représentants des familles des victimes.

‘’Trois associations de représentants de familles de victimes ont fait le choix avec nous. L’expertise aussi devait être améliorée, parce que nous étions à la recherche d’un site de deux hectares, mais, nous nous sommes retrouvés avec espace de 5 838 m²”, a lancé Mme Fall.

Selon elle, l’autorité voulait que ce drame ”serve de leçon”, ce qui a poussé les membres du comité ad hoc à interroger des experts, des archéologues, des sociologues, les populations de Ziguinchor, les autorités coutumières et religieuses, les ONG, les associations de femmes et de jeunes, pour prendre le temps de communiquer sur le projet.

S’en est suivie une étude anthropologique sur l’acceptabilité du Musée mémorial par les populations qui a été faite par un sociologue.

Des habits d’enfants, des colliers de perle et une montre tirés de l’épave exposés au musée

‘’Tout ceci a donné le résultat qu’on voit aujourd’hui, c’est-à-dire la construction, les contenus et les projections. Parce que ce sont les contenus qui vont nous aider à nous projeter sur l’exploitation du mémorial et sa politique de développement’’, a t-elle dit.

L’administratrice Sokhna Gaye Fall a rappelé avoir piloté le projet avec l’architecte Seynabou Diop Ndiaye, qui a remporté le concours national lancé pour la conception du bâtiment, soulignant qu’elles ont travaillé et pensé le projet pendant dix ans, ce qui a abouti au résultat final.

Depuis son inauguration, le travail continue, car, a-t-elle relevé, une infrastructure de ce type a besoin de réfection par moments, ce qui demande des adaptations, surtout qu’elle est en bordure des eaux du fleuve.

A l’intérieur, le bâtiment est de ‘’type intelligent’’, avec une exposition digitale et une autre virtuelle où les visiteurs peuvent, à travers des lunettes, voir quelques éléments de l’épave. Il y a aussi des tableaux qui leur permettent de se promener au sein du bâtiment.

Comme dans tout musée, celui du bateau le Joola devra fonctionner selon trois axes que sont l’ouvrage, les collections et l’animation. L’exposition permanente va constituer la première collection avec des éléments tirés du bâtiment.

Sur les berges du Fleuve Casamance, le Musée Joola se dresse contre l'oubli d'un naufrage mémoriel

Le deuxième axe va concerner le naufrage, la vie à bord de bateau, qui était une ville flottante et tout ce qui s’y est passé, avant qu’on en arrive à l’accident.

‘’Pour le naufrage, on essaie vraiment de montrer comment la presse a relayé ce drame et tout ce qui a suivi cet événement douloureux. C’est une manière de dire qu’il faut qu’on reste dans le naufrage et qu’il y ait une projection dans le futur’’, confie-t-elle.

Les hélices récupérées de l’épave visibles depuis l’extérieur ont été retirées du bateau en août 2023, au large de Sanyang, en Gambie, à l’occasion d’une mission ”spéciale plongée”, selon l’affiche posée au bas des deux appareils.

Mme Fall explique qu’elles pèsent chacune 900 kg, nécessitant un travail de traitement d’appoint pour éliminer tout ce qui peut être virus pouvant causer des maladies.

Des habits d’enfants, des colliers de perles et autres objets, dont une montre d’homme sont exposés au sein du musée, qui montre aussi des témoignages de survivants de même que les cimetières dédiés au naufrage.

Pour son fonctionnement, le musée compte travailler avec les élèves, les jeunes, les enseignants et les chercheurs pour sa valorisation.

Pour rappel, le naufrage du bateau le Joola a fait officiellement 1863 morts, dont 971 personnes originaires de Ziguinchor et 14 nationalités différentes.

AT/ADL/HK/MTN