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Dakar, 16 juin (APS) – Alors que l’examen du Certificat de fin d’études élémentaires (CFEE) débute ce mercredi, la suppression du concours d’entrée en classe de sixième dès cette année 2026, officialisée par le décret n°2026-1112 signé par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, suscite des réactions divergentes parmi les enseignants et les parents d’élèves.
Les acteurs disent ne pas top maîtriser les nouvelles modalités de passage en collège, mais restent surtout partagés. Ils se disent pour la plupart soulagés par l’idée d’en finir avec une sélection jugée ”injuste”, mais n’en nourrissent pas moins des inquiétudes concernant le niveau des élèves, en plus de voir la réforme se traduire par des classes surchargées.
Le décret en question crée officiellement le Certificat de fin d’études élémentaires (CFEE) et supprime le concours d’entrée en sixième.
Adoptée en Conseil des ministres le 6 mai dernier, cette réforme figure parmi les 32 mesures arrêtées lors du Conseil interministériel consacré à la préparation de la rentrée scolaire 2025-2026.
Désormais, l’accès en classe de sixième n’est plus conditionné à la réussite à un concours national. Le CFEE devient le diplôme qui sanctionne la fin du cycle élémentaire, avec une session normale et une session de rattrapage.
Dans des écoles élémentaires du quartier Médina, dans la capitale sénégalaise, parents et enseignants disent toutefois manquer d’informations précises sur les critères retenus pour le passage des élèves du cours moyen deuxième année (CM2) en sixième. Beaucoup évoquent une réforme sans explications suffisantes sur la prise en compte des moyennes, des notes de classe ou du diplôme lui-même.
Aux abords de l’école Alassane Ndiaye “Alou”, derrière le marché Tilène, Demba Sarr, parent d’élève et ancien instituteur, estime que la suppression du concours répond à un souci d’équité, ajoutant toutefois craindre une baisse du niveau des élèves et un manque d’infrastructures scolaires pouvant accueillir le nombre élevé d’admis attendus en classe de sixième.
L’entrée en sixième, “obstacle à la poursuite des études”
“Auparavant, beaucoup de très bons élèves restaient en rade malgré la moyenne, parce que tout dépendait du nombre de places disponibles. Le gouvernement veut donner des chances égales aux enfants”, explique-t-il.
Demba Sarr juge cependant la réforme “précipitée”. “Beaucoup de parents et même d’enseignants ne maîtrisent pas encore les contours de cette réforme. On ne sait pas clairement qu’est-ce qui sera pris en compte : les notes de composition, de devoirs ou d’examen”, dit-il.
M. Sarr redoute également un afflux massif d’élèves dans les collèges. “Les effectifs dans les classes de sixième risquent d’être pléthoriques alors que les infrastructures ne suivent pas, surtout dans certaines zones rurales où des établissements sont encore constitués d’abris provisoires”, note-il.
Dans le même établissement, M. Sène, instituteur en CM2 totalisant 26 années d’expérience, partage les mêmes interrogations sur les modalités de passage, tout en appelant à des mesures d’accompagnement.
‘’L’entrée en Sixième se faisait selon les places disponibles dans les collèges. Je ne dis pas que la réforme est mauvaise, mais elle exige un travail sérieux à la base’’, souligne-t-il.
L’enseignant regrette surtout l’absence d’orientations claires. ‘’Jusqu’à présent, les critères de passage ne nous ont pas été communiqués. CFEE avec moyenne, CFEE sans moyenne, moyenne sans CFEE : ces cas posent problème. Tous les paramètres auraient dû être réglés avant l’annonce’’ de la suppression du concours d’entrée en Sixième, pense-t-il.
Des enseignants approuvent la mesure
À quelques mètres de là, à l’école élémentaire Mour Diop, plusieurs enseignants expriment davantage leur adhésion à la réforme. Ibrahima Diop, enseignant en CM2, considère que le changement reste limité sur le plan pédagogique puisque les épreuves demeurent les mêmes.
“L’entrée en sixième était un concours organisé sur la base des épreuves du CFEE. La différence, c’est qu’on sélectionnait un nombre donné d’élèves selon les places disponibles. Aujourd’hui, le CFEE devient simplement un examen avec un seuil de points à atteindre”, explique-t-il.
Selon lui, le nouveau système est “plus pertinent”, car “désormais, l’élève qui obtient son CFEE et la moyenne passe en sixième, alors que retenir des enfants à cause d’un quota de places était plus compliqué”.
Son collègue Guissé, enseignant en CM2, dit soutenir depuis longtemps la suppression du concours d’entrée en sixième, qu’il jugeait peu cohérent sur le plan pédagogique.
“Avec l’ancien système, on faisait parfois passer des élèves qui n’avaient pas le niveau simplement pour remplir les places disponibles. Avec le CFEE, seuls les élèves ayant réellement le niveau pourront passer”, soutient-il.
S’appuyant sur les résultats en deçà des attentes de l’examen blanc national, il estime que la réforme pourrait même réduire les effectifs admis au collège. “Contrairement à ce que certains pensent, ce ne sera pas un passage massif. Désormais, il faudra obtenir la moyenne pour décrocher le diplôme”, affirme-t-il.
Chargé du volet pédagogique à l’école Mour Diop et enseignant en CE2, M. Traoré met surtout en avant la nécessité de valoriser le Certificat de fin d’études élémentaires et de lutter contre les abandons scolaires.
“J’ai déjà vu des élèves réussir l’entrée en sixième sans obtenir le CFEE. Pédagogiquement, cela n’avait pas de sens puisqu’ils passaient sans obtenir de parchemin”, fait-il observer.
Selon lui, la réforme permettra à davantage d’enfants de poursuivre leur scolarité. “Beaucoup d’élèves abandonnaient après plusieurs échecs au concours d’entrée en sixième. En milieu rural, cela touchait particulièrement les filles, qui quittaient parfois l’école pour le mariage”, témoigne-t-il.
Nouveaux critères d’accès en sixième
S’agissant des nouvelles modalités de passage en sixième, le directeur des examens et concours (DEXCO) du ministère de l’Éducation nationale, Papa Baba Diassé, a apporté des précisions.
Selon lui, tout élève ayant obtenu à la fois le CFEE et la moyenne passe naturellement en classe supérieure. Le candidat titulaire du CFEE sans obtenir la moyenne en classe passe également, tout comme celui qui obtient la moyenne sans réussir au certificat.
Les élèves n’ayant ni la moyenne ni le CFEE bénéficieront, eux, d’un dispositif de remédiation mis en place dans les inspections de l’éducation et de la formation (IEF), a-t-il indiqué.
À l’issue de cet accompagnement, les parents pourront ainsi inscrire leurs enfants soit dans les collèges, soit dans les centres de formation professionnels (CFP).
Cette réforme consistant à supprimer l’examen de l’entrée en sixième vise à garantir la scolarité obligatoire et à assurer à tous les enfants le droit de poursuivre leurs études jusqu’à l’âge de 16 ans, sans sélection précoce, a notamment fait savoir M. Diassé.
AUT: BAB/ABB/HB/OID/BK
