AFRIQUE-FRANCE-MEMOIRE
Dakar, 17 avr (APS) – Le philosophe sénégalais, Souleymane Bachir Diagne, a souligné, vendredi, la nécessité de faire des ”recherches patientes, scientifiques et de provenances” des œuvres culturelles africaines pouvant être restituées au continent dans la foulée de l’adoption par l’Assemblée nationale française d’un projet de loi permettant de passer désormais par décret plutôt que par une loi spécifique toute nouvelle restitution.
‘’Il y a matière à faire des recherches patientes, scientifiques, de provenances. Toutes les œuvres ne sont pas des œuvres qui ont été arrachées par la violence’’, a-t-il notamment déclaré dans un entretien publié sur le site d’information de Radio France internationale.
Les députés français ont adopté ce lundi 13 avril un projet de loi qui permettrait de passer par décret plutôt que par une loi spécifique pour faciliter les restitutions d’œuvre pillées durant la colonisation. Le texte doit désormais être examiné par le Sénat français avant sa promulgation éventuelle.
‘’Il était temps. Ce texte lève une restriction qui permettait jusqu’à présent, devant des demandes de restitutions, de dire : +Écoutez, il y a un principe d’inaliénabilité, donc on ne touche pas, on ne soulève pas la question+. Maintenant, le champ est libre’’, a souligné M. Diagne.
Il est d’avis que des négociations peuvent s’engager entre des acteurs sur le terrain, entre un musée français, un musée africain ou des musées du Nord à un musée du Sud, à la condition d’établir une liste de demandes fondées aussi sur des recherches de provenance.
‘’Je ne vois pas des demandes énormes se profiler pour une raison très simple : les restitutions qui ont déjà eu lieu ont concerné des objets qui avaient été pillés à la suite d’expéditions coloniales extrêmement violentes’’, a-t-il averti, évoquant par exemple celle ayant mis fin au dernier royaume du Dahomey ou celle ayant saccagé et détruit Benin City avec les fameux bronzes du Bénin éparpillés un peu partout dans le monde.
Souleymane Bachir Diagne a insisté sur le fait que ces œuvres béninoises étant ”facile à identifier pouvaient à tout prix être évidemment restituées comme réparation”.
D’une manière générale, le philosophe sénégalais estime qu’il y a beaucoup d’autres œuvres qui se retrouvent dans les musées, et souvent d’ailleurs dans des réserves.
Un état de fait qui risque de balayer l’idée selon laquelle il y aurait à la faveur du vote de cette nouvelle loi, ‘’des listes en attente avec des milliers et des milliers d’objets présentés comme une forme, une sorte d’addition par les États africains’’.
‘’C’est là que s’engagent les négociations. Dire qu’il faut tout restituer, c’est tomber dans un identitarisme qui consisterait à dire en gros chacun chez soi, rentrez à la maison. Que toutes les œuvres qui ont été produites par des humains se retrouvent dans les aires culturelles qui les ont produites, et puis voilà’’, a-t-il dit.
Il assure qu’il existe aujourd’hui des musées universels qui ont vocation à présenter la créativité de l’humanité dans son ensemble.
Aujourd’hui, le Louvre est devenu un musée vraiment universel, où il n’y a pas simplement les œuvres de l’Europe ou des œuvres dont on estime qu’elles ont préparé la créativité européenne, comme les œuvres égyptiennes ou les œuvres de Mésopotamie, a-t-il fait valoir.
En définitive, Souleymane Bachir Diagne considère que la question de la restitution des œuvres n’est pas simplement un transvasement ou simplement un voyage retour des objets. ‘’L’art africain a été véritablement à l’origine de la grande révolution artistique du XXᵉ siècle. Il est tout à fait naturel que cet art africain ait toute la place qui lui revient dans les musées, dans les grandes capitales cosmopolites comme New York ou Paris ou Saint-Pétersbourg, etc’’, a-t-il ajouté.
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