Campus UCAD : entre retour progressif à la normale et colère persistante des étudiants
Campus UCAD : entre retour progressif à la normale et colère persistante des étudiants

SENEGAL-UNIVERSITES-SOCIAL

Dakar, 26 fév. (APS) – Fermé à la suite des affrontements survenus entre forces de l’ordre et étudiants opposés à la réforme du système d’attribution des bourses, incidents ayant entraîné, le 9 février, la mort d’Abdoulaye Ba, 21 ans, étudiant en deuxième année de médecine, le campus social de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a partiellement repris vie jeudi, retrouvant par moments son animation habituelle, en dépit de la colère toujours vive chez certains pensionnaires.

Aux alentours de dix heures trente, des locataires des chambres de la cité universitaire font leur entrée par la porte principale qui, tenant en main leurs bagages, qui faisant rouler leurs trolleys.

Le dispositif sécuritaire est renforcé au portail. Il faut montrer sa carte d’étudiant pour accéder à l’intérieur du campus social.

L’entrée est interdite à toute personne étrangère à cet établissement d’enseignement supérieur, a constaté le reporter de l’APS, malgré un communiqué du directeur du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD) disant autoriser l’accès à toute personne sur présentation d’une carte d’identité.

Rencontré en dehors du campus social, El Hadj Diassé, étudiant en Master 2 au département d’anglais, salue la réouverture du campus. ‘’Cela permettra aux étudiants qui préparent des examens de pouvoir le faire de la meilleure façon possible’’, dit-il.

Faisant montre d’un sens de la solidarité, il dit penser à ses camarades qui étaient retournés dans leurs localités d’origine au moment de la fermeture du campus et qui, selon lui, ne pourront pas le regagner de sitôt. ‘’Après la fermeture, nombreux sont ceux qui sont retournés dans leurs villages faute de moyens de subsistance à Dakar. Ceux qui sont là sont soit des Dakarois, soit des étudiants vivant avec des parents ici’’, pense savoir El Hadj Diassé. 

À l’issue du Conseil d’administration du jeudi 19 février 2026, la direction du COUD avait pris la décision de réouvrir le campus de l’UCAD, ce jeudi 26 février 2026 dès 9 heures, à l’exception des pavillons B et F, qui ont subi des dégâts matériels, précisant que les six autres campus sociaux accueilleront les étudiants de manière progressive.

La bourse toujours sur les lèvres

El Hadj Diassé, pensionnaire de l’UCAD, a accueilli favorablement la mesure, mais souligne que la décision des autorités du COUD ne signifie pas la fin des revendications des étudiants qui tournent essentiellement autour des bourses.

C’est aussi l’avis de Fallou Fall, étudiant en troisième année de licence en physique-chimie. Selon lui, la réouverture du campus social est quelque chose de tout à fait normal, mais insiste-il : ‘’L’Etat doit impérativement remettre aux étudiants leurs rappels de bourses. C’est non négociable. Il est tout à fait normal et obligatoire pour nous de retourner dans les amphithéâtres car il y va de notre intérêt, mais si les autorités estiment que rendre l’accès au campus est synonyme de fin des combat menés jusqu’ici, ils font fausse route’’, martèle-t-il.

Du côté des autorités étatiques, aucune bourse n’est due aux étudiants. Intervenant, mardi, lors de la plénière de l’Assemblée nationale portant sur des questions d’actualité, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Daouda Ngom, a réitéré que l’Etat ne doit pas d’arriérés de bourses aux étudiants. 

Se voulant plus précis, il a expliqué qu’à cause du chevauchement des années universitaires, l’État leur payait seize mois de bourses au lieu de 12, raison pour laquelle le montant global annuel des bourses s’élève à 105 milliards de francs CFA, alors que le budget voté pour cela est de 70 milliards. D’où, selon le ministre, la réformé annoncée de la politique des bourses universitaires pour 2026, visant à aligner les paiements sur le calendrier académique (12 mois), valoriser le mérite et rationaliser les dépenses.

En attendant, les étudiants ne décolèrent pas et ne goutent pas à l’annonce faite par le Premier ministre d’ériger un commissariat de police au sein même de l’UCAD, la plus grande université du pays. ‘’Cette annonce me procure un sentiment de profond regret’’, déplore Omar Dièye, qui ne voit pas l’utilité d’une telle mesure.

Tout le contraire de sa camarade, Awa Sané, auditrice en master 2 option Ressources humaines. Selon elle, cette initiative du chef du gouvernement, qui n’est qu’au stade d’annonce, sera un bon remède à la prévention des violences en milieu universitaire.

‘’Les violences notées lors des grèves, élections nationales et d’amicales d’étudiants, ou autres mouvements de contestation sont excessives au sein de l’UCAD, d’où la nécessité d’implanter cette brigade. Une personne qui n’a rien à se reprocher n’a rien à craindre de la présence de la police dans son environnement’’, affirme-t-elle. 

KM/ABB/SMD