Plaidoyer pour une meilleure prise en charge des langues nationales dans le système éducatif
Plaidoyer pour une meilleure prise en charge des langues nationales dans le système éducatif

SENEGAL-CULTURE-EDUCATION

Dakar, 24 sept (APS)- Un atelier consacré à ”L’histoire, les usages et l’enseignement de la langue wolof au Sénégal”, s’est tenu, jeudi, à Dakar, à l’initiative Touba Taxawu Xam-Xam, une association engagée dans la promotion des langues nationales dans le système éducatif formel.

La rencontre scientifique abritée par la mosquée Massalikoul Djinane de Dakar, a réuni des chercheurs, des écrivains, des acteurs associatifs et des représentants du ministère de l’Éducation nationale autour de la place des langues nationales dans le développement, l’éducation et la cohésion sociale.

Elle s’inscrit dans le cadre du Mois national de l’alphabétisation, ont indiqué les initiateurs.

Les échanges ont porté notamment sur ”l’importance des langues nationales dans le développement du Sénégal, ainsi que sur les initiatives et projets visant à promouvoir le wolof dans l’éducation et les sciences”.

Membre du bureau de Touba Taxawu Xam-Xam, Abdoul Aziz Mbacké a souligné la nécessité de renforcer les initiatives de promotion des langues nationales dans le système éducatif.

‘Toutes les grandes nations utilisent leurs langues locales, leurs langues maternelles, leurs langues nationales pour l’enseignement et d’autres usages pour parvenir au développement”, a-t-il déclaré.

Il a estimé que la réflexion sur les langues nationales devait désormais déboucher sur ”une matérialisation davantage” de cette vision, à travers le développement de l’enseignement bilingue et l’utilisation des langues nationales dans les domaines des sciences.

Selon lui, l’État a déjà engagé plusieurs initiatives, faisant allusion à la mise en place de classes bilingues dans différentes régions du pays. M. Mbacké a toutefois appelé à une ‘’mobilisation accrue’’ des associations et des communautés pour accompagner cette dynamique.

”L’État ne peut pas tout faire”, a-t-il fait valoir, invitant les acteurs à renforcer le plaidoyer auprès des populations sur l’importance de l’utilisation des langues nationales dans l’éducation.

Abdoul Aziz Mbacké a aussi souligné  que leur association ambitionne de faire de Touba ”un laboratoire” pour le développement de l’enseignement bilingue, en particulier dans les établissements privés, où l’enseignement est principalement dispensé en français ou en arabe.

”À Touba, où le wolof est prédominant, notre ambition est que les écoles privées puissent également intégrer un enseignement bilingue”, a-t-il expliqué.

De son côté, l’écrivain et chercheur en littérature orale Massamba Guèye a salué la tenue de cette rencontre à la mosquée Massalikoul Djinane, qu’il considère comme un lieu de transmission du savoir et de la foi.

Il a insisté sur la nécessité de réunir autour de la question linguistique les auteurs, les chercheurs, les pouvoirs publics, les associations et le public.

‘’La langue fait partie de ce que la convention de 2003 de l’UNESCO appelle les éléments du patrimoine culturel immatériel, dont la sauvegarde est une obligation pour les États’’, a-t-il rappelé.

Pour M. Guèye, l’enseignement dans les langues nationales permet à l’enfant de mieux valoriser ses connaissances et de renforcer son sentiment de confiance dans ses capacités d’apprentissage.

”En sécurisant l’enseignement des langues nationales, on sécurise le savoir traditionnel et le savoir patrimonial”, a soutenu le conteur, estimant que les langues africaines doivent être reconnues comme des langues porteuses de savoirs.

Il a également relevé la nécessité de prendre en compte la diversité linguistique du Sénégal, tout en reconnaissant la place importante du wolof comme langue de communication dans le pays.

L’ancien ministre Mamadou Diop ”Decroix” a, pour sa part, évoqué les travaux de l’historien et anthropologue Cheikh Anta Diop qui atteste qu’”aucun pays ne s’est développé en se basant sur la langue d’autrui”.

Il a appelé les décideurs à faire preuve de volonté politique et à formuler des propositions concrètes pour renforcer la place des langues nationales dans le système éducatif.

D’autres participants ont, par ailleurs, plaidé pour la relance du Grand Prix du chef de l’État pour les langues nationales, dont la première édition avait été organisée en 2017.

Ils souhaitent également que les langues nationales soient davantage valorisées dans le système éducatif et placées à un niveau de considération comparable à celui du français.

Représentant le ministre de l’Éducation nationale, Seynabou Wade, directrice du Centre national de ressources éducationnelles, s’est félicitée de la tenue de l’atelier, estimant qu’il contribue à la promotion et à la vulgarisation des langues nationales, appelées, selon elle, à constituer ”le socle de notre éducation”.

Elle a assuré que l’État entend accompagner les acteurs engagés dans cette dynamique et a annoncé le retour du Grand Prix du chef de l’État pour les langues nationales.

La rencontre a également été marquée par la remise de distinctions à plusieurs personnalités en reconnaissance de leur contribution à la promotion des langues nationales, parmi lesquelles le professeur Cheik Aliou Ndao, Serigne Cheikhouna Lo, traducteur du Coran en wolof, et l’écrivain Boubacar Boris Diop.

MK/SMD/MTN