Par Alioune Diouf

Thiès, 24 mai (APS) – Pape Mamadou Ndao, journaliste à la radio régionale de la RTS de Thiès, à la fois acteur et observateur du milieu des écoles de football à Thiès depuis 18 ans, insiste sur l’importance d’une formalisation de ces structures, en vue d’une mise à niveau de la formation des techniciens s’activant dans un secteur qui reste encore très libéralisé.

Coach à Thiès étude et sports académie (Thesa, ex-Adolphe Mendy), une école de football située à la Cité Lamy, Pape Mamadou Ndao évolue depuis presque deux décennies dans ce milieu, où il a bénéficié de l’encadrement du coach Pape Sow, une icône en la matière, qui est l’actuel président de la Coordination départementale des écoles de football (CODEF).

Constatant une augmentation du nombre d’écoles de football qu’il trouve toujours ‘’insuffisant’’,  d’ailleurs, Pape Ndao pointe du doigt surtout le fait que nombre d’entre elles restent encore informelles. Ce qui déteint, à son avis, sur la qualité de la formation.

‘’Il y a beaucoup plus d’écoles de football. Maintenant, c’est dans l’organisation qu’il y a problème, parce que certains ne s’affilient pas à la CODEF, et ne passent pas non plus leur diplôme. Ils se contentent de deux ballons et de rassembler quelques jeunes pour s’autoproclamer écoles de football’’, a-t-il dit dans un entretien accordé à l’APS.

Une bonne maîtrise de la morphologie de l’enfant par exemple est nécessaire, pour lui faire faire des exercices compatibles avec son âge, fait-il valoir, relevant que dans la formation d’entraîneur, il est enseigné que ‘’l’enfant est par nature endurant, donc pas besoin de trop d’entraînements physiques.

Sans formation, il est impossible de maîtriser ces notions de base qui sont très déterminantes, laisse-t-il entendre. ‘’Donc, il est important que les écoles de football s’affilient et que les formateurs soient formés’’, dit-il, saluant en passant, l’‘’excellent travail’’ qu’abat la CODEF de Thiès, dont ‘’95, voire 99%’’ des encadreurs qui y sont affiliés, sont titulaires au minimum de la licence D (CAF).

Partisan d’une généralisation de la formation, il dit, par exemple, approcher un jeune qui entraîne des garçons entre 14 et 15 heures près de chez lui, pour l’encourager à adhérer à la CODEF.

”Tant qu’il n’intègre pas la CODEF, il va toujours penser bien faire, en passant de côté par rapport au timing, à la méthode, à l’heure. ‘’On ne peut pas faire faire des exercices d’un joueur en sénior à un enfant de 15 ans. Et ça, on a besoin d’être formé pour le savoir”, relève-t-il, non sans admettre qu’il y a un ‘’libéralisme total’’ dans ce sous-secteur des sports.

Les écoles de football sont aux centres et académies de football, ce que le préscolaire est aux écoles classiques. On y prépare les enfants à bas âge. ‘’Génération Foot, Diambars et Dakar Sacré-Cœur qui sont les meilleurs centres du pays, ne prendront jamais un enfant de six ans, en tout cas pas pour le moment, ils n’en ont pas besoin, parce que cela leur coûtera plus d’une dizaine d’années d’investissement pour que l’enfant puisse être apte à jouer en ligue 1 ou ligue 2, histoire de le vendre après’’.

Le principe est de laisser aux écoles de football la tâche de ‘’travailler les enfants jusqu’à 14-15 ans’’, pour ensuite en récupérer les meilleurs.

Ces recrues passent ‘’au maximum quatre ans’’ dans ces centres, avant de partir vers des clubs locaux ou étrangers. ‘’Ces centres-là sont juste un tremplin pour les jeunes, parce que les écoles de football n’ont pas les moyens de travailler avec Metz, le Réal de Madrid, le Paris Saint-Germain ou Lyon’’, relève Pape Ndao, qui ((administrait jusqu’à une période récente) un site dédié au sport.

Insistant sur le caractère très sélectif de ces centres, comparés aux écoles de football qui ratissent large, il note, par exemple, que ‘’quand Génération Foot organise un test à Thiès, il prend les deux meilleurs sur 50 participants’’. Il prend ainsi un ‘’produit presque fini qu’il va polir pour après le vendre’’.

La formation n’est pas que purement sportive, au sens physique du terme, mais aussi morale, civique, citoyenne.

‘’Sur les 30 jeunes encadrés par l’école de football sur l’année, même l’encadreur sait que moins d’un pourcent vont réussir, mais il va les encadrer quand même, (en alliant) sports et études’’, dit-il, précisant que ‘’l’objectif n’est pas d’avoir coûte que coûte un joueur professionnel, mais d’avoir un homme qui peut vivre dans la société’’.

Chaque lendemain de Korité et de Tabaski, la structure où il intervient fait des investissements humains. ‘’Nous désensablons les alentours de la mosquée, et en période de Pâques, nous regardons du côté de la chapelle du quartier, pour la nettoyer, si nécessaire’’, dit-il. L’idée est de montrer aux enfants qu’ils doivent s’investir au service de la communauté.

En plus d’être un entraîneur, l’encadreur d’une école de football doit être un ‘’papa’’, un ‘’bon psychologue’’, capable de détecter des comportements anormaux, signes de problèmes sociaux vécus par l’enfant. ‘’Il nous est arrivé de détecter des enfants qui ont été abusés sexuellement, alors que leurs parents n’étaient pas au courant’’, a-t-il ajouté.

”Focus sur le Sénégal”

Selon Ndao, l’école où il intervient compte parmi ses ex-pensionnaires un pilote dans l’armée de l’air et un professeur d’université. ‘’Ils ont compris qu’on ne forme pas des footballeurs, mais des hommes. Si tu ne réussis pas dans le football, tu réussis dans la vie, et pour cela, il faut allier sport et études’’.

”Les écoles de football ont besoin d’être accompagnées, non pas financièrement, mais sur le plan matériel, et c’est le Sénégal qui y gagnerait au-delà du football’’.

Pour lui, la Fédération et la Ligue régionale de football devraient appuyer ces formateurs qui sont ‘’extrêmement importants dans le football sénégalais’’, à l’image des écoles de football, devenues une ‘’base extrêmement solide pour supporter le football sénégalais’’

Pour lui, ce n’est pas anodin ni fortuit, si après tous les trophées remportés cette année par le pays, ‘’beaucoup de télévisions ont fait des focus sur le Sénégal, pas sur la ligue 1, mais soit sur Dakar Sacré-Cœur, Génération Foot ou les écoles de football’’.

Relevant que le noyau de l’équipe nationale du Sénégal, champion d’Afrique de 2022, compte ‘’beaucoup plus de joueurs formés dans le pays qu’ailleurs’’, il signale que cette formation a été assurée essentiellement par les écoles de football.

Quant aux joueurs du football local, ils viennent ‘’à cent pourcent du pays’’, et font leurs premières armes dans les écoles de football, avant que la ligue n’en choisisse les meilleurs produits.

Les juniors qui n’ont pas fait quatre ans dans les centres d’entraînement, étaient avant cela dans les écoles de football. ‘’Cela vient confirmer, voire conforter le travail abattu non pas sur l’année, mais pendant plusieurs décennies’’, note Pape Ndao, estimant qu’après de nombreux échecs, le Sénégal a finalement ‘’ compris qu’il nous fallait mettre l’accent sur la formation’’.

‘’Aujourd’hui, beaucoup de pays sont en train de prendre en exemple le modèle sénégalais, où les écoles de football jouent un rôle essentiel’’, se réjouit-il, non sans ajouter : ‘’Si un maillon du système joue un rôle essentiel, il faut l’entretenir’’.

ADI/ASB/OID/ASG

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